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L’histoire pour le plaisir

Maion de Bari

lundi 21 mars 2022, par ljallamion

Maion de Bari (vers 1115-1160)

Le royaume de Sicile en 1154Né à Bari [1], il est le troisième grand amiral du royaume normand de Sicile [2] sous le règne du roi Guillaume 1er. En tant qu’Ammiratus Ammiratorum [3], il fut de 1154 à 1160, l’un des personnages les plus puissants du royaume.

Les origines de Maion de Bari sont obscures. Selon certains historiens, il appartenait à une famille bourgeoise d’origine grecque, tandis que pour d’autres il était d’origine latine.

Maion est le fils d’un certain Léon de Reiza marchand d’huile à Bari et de Curaza. Néanmoins Léon de Reiza fut un personnage assez important à Bari où il exerçait la fonction de juge entre 1119 et 1155.

Maion, qu’on sait assez cultivé, dut recevoir une éducation fort complète. S’intéressant aux choses de l’esprit et se piquant d’écrire, il composa pour son fils une Expositio orationis Dominicae [4], et demanda au lettré Henricus Aristippus dit Henri Aristippe, archidiacre [5] de Catane [6], de traduire le philosophe grec Diogène Laërce.

Sous le règne du roi Roger II de Sicile de 1130 à 1154, Maion de Bari entre en fonction dans les bureaux de la chancellerie royale. En 1144, il est mentionné comme scrinarius( [7] puis, gagnant les faveurs du roi, il est nommé vicecancellarius [8] en 1151. Peu après, à une date inconnue, il est nommé cancellarius [9] par le roi Roger II. En juin 1154, sous le règne du roi Guillaume 1er de Sicile, on le trouve revêtu de la dignité d’Émir des Émirs du royaume, succédant à Georges d’Antioche .

Étienne, frère de Maion, joua à la même époque un rôle important dans le royaume, occupant notamment le poste de catépan [10] d’Apulie [11] et obtenant le titre d’amiratus [12]. Son beau-frère, Simon le Sénéchal occupa la fonction de maître justicier d’Apulie et de la Terre de Labour [13].

Devenu le personnage le plus puissant du royaume normanno-sicilien après un roi oisif, aimant peu se montrer en public et vivant retiré dans ses palais, il met en place une politique basée sur la machination et la tromperie pour réprimer l’autonomie des barons principalement ceux du continent qui s’opposent à la centralisation du pouvoir palermitain et qui le haïssent.

Maion avait notamment éloigné les nobles du gouvernement, préférant s’appuyer sur la classe dont il était sorti, tout en confiant à divers membres de sa famille des charges importantes. Cette politique est telle qu’elle déchaîne une violente révolte d’une grande partie de l’aristocratie du royaume, semant de graves troubles dans le royaume, principalement en Apulie et en Terre de Labour.

En 1155/1156 déjà, les barons, soutenus notamment par le pape Adrien IV, hostile au roi Guillaume 1er, se révoltèrent mais furent durement réprimés. L’un des chefs des barons révoltés, le comte Godefroi de Montescaglioso [14], oncle de Tancrède de Lecce , futur roi de Sicile, qui cherchait à éliminer Maion et le roi Guillaume 1er lui-même, eut les yeux arrachés en 1156. Maion fit arrêter les femmes et les filles des rebelles et les fit enfermer dans son harem. Quelques années plus tard, plusieurs nobles complotèrent de nouveau contre lui.

Maion est assassiné dans Palerme [15] le 10 novembre 1160 par Mathieu Bonnel, l’un des chefs des conjurés.

La foule, témoignant sa joie, vient se presser autour de son corps ensanglanté ; le cadavre du grand émir, jeté au milieu de la rue, sera piétiné et traîné dans la ville.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du livre de Léon-Robert Ménager, Amiratus-᾽ÁμηϱᾶϚ. L’Émirat et les origines de l’amirauté (XIe-XIIIe siècles), Paris 1960

Notes

[1] Bari est une ville italienne, chef-lieu de la ville métropolitaine de Bari et de la région de Pouilles, sur la côte adriatique. Bari est connu pour être la ville où se trouvent les reliques de saint Nicolas. Ce privilège a fait de Bari et de la basilique de Bari l’un des centres importants de l’Église orthodoxe en Occident. Bari a une forte tradition marchande et est depuis toujours un centre névralgique du commerce et des échanges politico-culturels avec l’Europe et le Moyen-Orient. Son port est actuellement le plus grand port de passagers de la mer Adriatique.

[2] Le royaume de Sicile, également appelé royaume normand de Sicile, est créé en 1130 par Roger II sur l’île de Sicile, la Calabre, les Pouilles, et Naples. Ce royaume traverse plusieurs phases marquées par les dominations successives des Normands, des Souabes (autre nom pour la dynastie des Hohenstaufen, descendants de Frédéric de Souabe), des Angevins et des Aragonais. Le royaume de Sicile a dans le passé recouvert plusieurs zones géographiques différentes au fil du temps. Le royaume de Sicile ne s’est pas limité à la seule île de Sicile. Il a été l’objet de convoitises de la part des plus grandes familles européennes, qui se sont battues pour s’en assurer la possession. L’histoire du royaume a été particulièrement mouvementée, marquée par des assassinats, des guerres de succession, des séparations. Les rois de Sicile n’ont donc pas tous régné sur un territoire identique. On a même pu parler, lors des périodes au cours desquelles les royaume de Sicile et de Naples ont été réunis, de Royaume des Deux-Siciles

[3] Émir des Émirs

[4] Exposition de l’oraison dominicale

[5] Un archidiacre est un vicaire épiscopal à qui l’évêque confie certaines fonctions administratives pour un groupe de paroisses.

[6] Catane est une ville de la province du même nom en Sicile en Italie. C’est la deuxième ville la plus peuplée de l’île derrière Palerme. Le 4 février 1169, un séisme provoqua la mort de milliers de personnes. L’empereur Frédéric II fit construire le Castello Ursino (fort militaire) entre 1239 et 1250. La ville subit des destructions lors de la guerre des Vêpres siciliennes en 1282. À partir de 1282, sous l’influence aragonaise, Catane devint la capitale du royaume de Sicile. En 1376, les reliques de sainte Agathe furent déposées dans la cathédrale de Catane. La première université sicilienne fut fondée à Catane en 1434.

[7] archiviste

[8] vice-chancelier

[9] chancelier

[10] Le katepánō ou catépan est une fonction et un rang militaire important dans la hiérarchie byzantine. Le terme a été latinisé pour donner le mot de capetanus/catepan et sa signification pourrait avoir été associée à celle du mot italien capitaneus (qui vient du mot latin caput ou « tête dirigeante »). Ce terme hybride a donné naissance au mot français « capitaine » et à son équivalent dans les autres langues (Captain, Capitan, El Capitan, Il Capitano...).

[11] Ancien nom de la région des Pouilles, en Italie.

[12] émir

[13] La Terre de Labour est un territoire italien, une région historique aujourd’hui située dans le Latium et en Campanie. Son nom vient de Liburia (d’après le nom du peuple antique des Leborini ou Liburi), terme qui désignait le territoire autour d’Aversa. Sous l’Antiquité, une grande partie de la Terre de Labour était appelée Campania felix (« Campanie heureuse »), en raison de l’opulence et de la productivité de la région, et dont la ville principale était Capoue (le terme même de Campanie dérive de Capuania). Auguste l’inclut dans la Regio I « Latium et Campanie ». Sous les Lombards, la région fit partie de la principauté de Capoue. Sous la domination normande, Roger II de Sicile divise ses territoires en trois provinces : Apulie, Calabre et Terre de Labour (Liburia ou Liboriae). Sous Guillaume le Mauvais, la province comprenait la province de Caserte ; au sud Naples, Nola et une partie de la province de Bénévent ; au nord la vallée du Garigliano et la moyenne-vallée du Liri ; à l’est Monteroduni, Venafro et une partie du Samnium.

[14] Montescaglioso est une commune italienne dans la province de Matera dans le Basilicate.elle abrite la magnifique abrassia saint Michel archange. Situé a quelque km de matera.

[15] Palerme est une ville italienne, chef-lieu et plus grande ville de la région Sicile Elle se situe dans une baie sur la côte nord de l’île.