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Al-Harith V ibn Jabalah ou Khalid ibn Jabalah

vendredi 12 août 2016

Al-Harith V ibn Jabalah ou Khalid ibn Jabalah (mort en 569)

Roi des Ghassanides d’environ 528 à 569

Cinquième roi des Ghassanides [1] portant ce nom, il joua un rôle important dans les guerres contre l’Empire sassanide et dans les affaires de l’Église monophysite syriaque [2]. Pour ses services rendus à l’Empire byzantin, il fut fait patrice et gloriosissimus, parmi les plus hautes dignités après celle d’Empereur.

Fils de Jabalah IV et frère d’Abu Karib, phylarque [3] de Palestine. Il devint roi des Ghassanides et phylarque d’Arabia Petrae [4] et de Palestine probablement en 528 après la mort de son père à la bataille de Thannuris.

Peu après vers 529, il fut élevé par l’empereur Justinien 1er, selon les mots de l’historien Procope, à la dignité de roi, devenant le commandant général de tous les alliés arabes de l’Empire [5] à l’est avec le titre de patrikios [6]. Sa véritable aire de contrôle doit cependant avoir été initialement limitée à la partie nord-est de la frontière byzanto-arabe.

À cette période, les Byzantins et leurs alliés arabes étaient en guerre contre l’Empire sassanide et leurs propres alliés arabes, les Lakhmides [7]. Par l’élévation d’Harith, Justinien tentait de créer un homologue au puissant chef lakhmide Mundhir qui contrôlait les tribus arabes alliées aux Perses.

À ce titre, Harith combattit au côté des Byzantins lors de toutes leurs guerres contre la Perse. Déjà en 528, il fut l’un des commandants envoyés dans une expédition punitive contre Mundhir. En 529, il réprima la large révolte des Samaritains [8] en Palestine, capturant 20 000 garçons et filles qu’il vendra comme esclaves. C’est peut-être l’intervention réussie de Harith dans ce conflit qui conduisit Justinien à le promouvoir au titre de phylarque suprême. Il est possible qu’il prit part avec ses hommes à la victoire byzantine de Dara [9] en 530.

En 531, il conduisit un contingent fort de 5 000 Arabes à la bataille de Callinicum [10]. Procope, un historien hostile au chef ghassanide, raconte que les Arabes, qui couvraient la droite des Byzantins, les trahirent et s’enfuirent, leur coûtant la bataille. Selon Jean Malalas , dont les témoignages sont généralement plus fiables, bien que quelques Arabes s’enfuirent en effet, Harith tint sa position.

L’accusation de trahison proférée par Procope semble être par ailleurs affaiblie par le fait que, contrairement à Bélisaire, Harith garda son commandement et fut actif lors d’opérations autour de Martyropolis [11] plus tard dans l’année.

En 537/538 ou 539, il entra en conflit avec Mundhir des Lakhmides au sujet de droits de pâturage sur des terres au sud de Palmyre [12], près de l’ancienne Strata Diocletiana [13].

D’après les récits de Tabari , plus tardifs, le roi ghassanide envahit le territoire de Mundhir et en rapporta un riche butin. L’empereur persan, Khosro 1er, utilisa ce conflit comme prétexte pour relancer les hostilités contre les Byzantins et une nouvelle guerre débuta en 540.

Dans la campagne de 541, Harith et ses hommes, accompagnés par 1 200 Byzantins sous les ordres des généraux Jean le Glouton et Trajan, furent envoyés par Bélisaire mener un raid en Assyrie. L’expédition fut couronnée de succès, pénétrant profondément dans le territoire ennemi et amassant un riche butin.

Cependant, à un certain point, le contingent byzatin fut renvoyé. Harith fut alors incapable de rencontrer ou informer Bélisaire de sa position. Pour Procope, ceci en plus de l’émergence d’une maladie au sein des troupes, força Bélisaire à battre en retraite. L’historien prétend de plus que tout ceci fut fait délibérément pour que les Arabes n’aient pas à partager leur butin. Cependant, dans son Histoire secrète, Procope donne une autre explication à l’inaction de Bélisaire, sans aucun rapport avec le roi des Ghassanides. Vers 544/545, Harith fut impliqué dans un conflit armé avec un autre phylarque arabe, al-Aswad.

Bien que les deux grands empires étaient en paix en Mésopotamie après la trêve de 545, le conflit entre leurs alliés arabes continua. Lors d’un raid, Mundhir captura l’un des fils d’Harith et le fit sacrifier. Peu après cependant, les Lakhmides subirent une lourde défaite lors d’une bataille rangée entre les deux armées arabes, mais les raids se poursuivirent en Syrie.

Lors de l’un de ces raids, en juin 554, Harith rencontra Mundhir à la décisive bataille de Yawm Halima, célébrée dans la poésie arabe préislamique, près de Chalcis [14]. Les Lakhmides furent vaincus, Mundhir tué sur le champ de bataille et Harith y perdit son fils aîné Jabalah.

En novembre 563, Harith se rendit à Constantinople et y rencontra l’empereur Justinien afin de discuter de sa succession et des raids contre ses domaines conduits par le nouveau chef des Lakhmides, ‘Amr III , qui était en fait soudoyé par Justinien.

Quand Al-Harith mourut en 569 lors d’un tremblement de terre, son fils al-Mundhir lui succéda. Décidant d’en tirer avantage, le nouveau roi des Lakhmides Qabus lança une attaque, mais fut battu.

Contrairement à ses suzerains byzantins, Harith était un monophysite [15] convaincu qui rejetait le concile de Chalcédoine [16]. Durant son règne, il soutint les tendances anti-chalcédoniennes en Syrie, présidant les conciles d’Église et s’engageant en théologie, et contribua activement au renouveau de l’Église monophysite au cours du 6ème siècle.

En 542, après deux décennies de persécutions qui ont décapité le clergé monophysite, il demanda à l’impératrice Théodora, dont les penchants monophysites étaient bien connus, d’autoriser la consécration de nouveaux évêques. L’impératrice accéda à la demande et fit consacrer comme évêques Jacques Baradée et Théodore. Jacques s’avéra être un leader tout à fait capable, convertissant des païens et étendis et renforçant grandement l’organisation de l’Église monophysite.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Al-Harith ibn Jabalah »

Notes

[1] un peuple arabe pré-islamique vivant à la frontière est de l’Empire byzantin

[2] L’Église syriaque orthodoxe est une Église orthodoxe orientale autocéphale. Elle fait partie de l’ensemble des Églises des trois conciles (ou orthodoxes orientales). Le chef de l’Église porte le titre de Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, avec résidence à Damas. Du fait des querelles « christologiques » et des schismes qui s’ensuivirent, le titre de Patriarche d’Antioche se trouve porté également par quatre autres chefs d’Église.

[3] Phylarque est un titre grec signifiant « chef de tribu ». Dans la démocratie athénienne, les phylarques sont des magistrats militaires. Il existe un phylarque par tribu de l’Attique, on en dénombre donc 10, qui commandent les cavaliers de leur tribu. Entre le 4ème siècle et le 7ème siècle, dans le Bas-Empire romain et l’Empire byzantin, ce titre est donné aux principaux princes des alliés arabes de l’Empire en orient (en équivalence du mot « cheikh »), qu’ils soient ou non installés au sein des frontières de l’Empire. De 530 à environ 585, les phylarques individuels étaient subordonnés à un phylarque suprême de la dynastie Ghassanide.

[4] La province romaine d’Arabie ou Arabie pétrée est créée en 106 par la conquête du royaume nabatéen (dont la capitale est Pétra) qui fut un des derniers royaumes du Moyen-Orient sous protectorat romain. Débouché des caravanes venues du Sud arabique ou du golfe Persique, il occupait une région importante pour les liaisons stratégiques des Romains entre l’Égypte d’une part, la Judée et la Syrie d’autre part. La province d’Arabie malgré sa création tardive fut bien intégrée à l’empire et sa région a gardé des traces archéologiques importantes de la présence romaine.

[5] fœderati

[6] patricie et phylarque des Sarrasins

[7] Les Lakhmides sont une tribu pré-islamique arabe du sud de l’Irak alliée des Perses, avec pour capitale Al-Hira. Rivaux des Ghassanides, ils faisaient partie de l’Église de l’Orient. Par contre, les souverains lakhmides ne sont pas chrétiens, à l’exception du dernier, An-Nu’man III, exécuté en 602 par les Perses. Ils sont longtemps au service de la politique perse de contrôle des tribus arabes de leur empire. Leurs revenus viennent des bénéfices commerciaux, du butin de leurs expéditions principalement contre les tribus arabes et les autres populations des confins du Shâm, et du tribut versé par les tribus arabes soumises. Après la conquête arabe, l’établissement militaire permanent des conquérants se fait à Kûfa, 6 km au nord est d’Hîra. Alî, émir de Hîra y est assassiné, selon les sources arabes. Les descendants des Lakhmides sont la famille princière Arslan. C’est une famille druze qui a toujours occupé le Mont-Liban.

[8] Les Samaritains sont un peuple peu nombreux se définissant comme descendant des anciens Israélites, et vivant en Israël et en Cisjordanie. On appelle parfois leur religion le samaritanisme. Ils sont dotés d’une histoire écrite, attestée au 1er millénaire av. jc en Samarie. Ils ont dominé cette région jusqu’au 6ème siècle, dans le nord de l’actuel Israël. Leur religion est fondée sur le Pentateuque, comme le judaïsme. Cependant, contrairement à celui-ci, ils refusent la centralité religieuse de Jérusalem. Bien qu’ils soient apparus avant le développement du judaïsme rabbinique et que cette différence ne soit donc pas à l’origine de leur divergence, ils n’ont pas de rabbins et n’acceptent pas le Talmud du judaïsme orthodoxe. Les Samaritains refusent également les livres de la Bible hébraïque postérieurs au Pentateuque (Livres des prophètes et livres hagiographes). Ils ne se considèrent pas comme Juifs, mais comme des descendants des anciens Israélites du royaume antique de Samarie.

[9] La bataille de Dara a eu lieu à la frontière des empires byzantin et sassanide au niveau de la ville fortifiée de Dara en 530. Elle débuta par les tirs des archers perses. Des lanciers et la cavalerie lourde chargèrent le flanc droit des forces byzantines, puis le gauche. Les cavaliers byzantins furent repoussés par ces charges. Cependant les archers montés Huns de Bélisaire avaient profité des charges ennemies pour les encercler. La cavalerie perse fut défaite et les fantassins au vu de cette perte s’enfuirent. Bélisaire refusa de les poursuivre.

[10] La bataille de Callinicum opposa l’armée de l’empire byzantin sous le commandement du général Bélisaire à celle des Perses Sassanides dirigée par Sepahbod Azarethes le 19 avril 531 dans le cadre de la guerre d’Ibérie. Bélisaire avait été engagé dans des escarmouches avec les forces persanes à la suite de la bataille de Dara en vue d’une mise en déroute. Néanmoins, la victoire revint aux Perses à Callinicum ce qui conduit au retrait des deux armées.

[11] Silvan appelée Np’rker est le chef-lieu de l’arrondissement de même nom dans la province de Diyarbakır en Turquie. À l’époque byzantine elle était connue sous le nom de Martyropolis. Silvan a été identifié par plusieurs spécialistes comme l’un des deux emplacements possibles (l’autre étant Arzan) de Tigranakert (Tigranocerta), l’ancienne capitale du royaume d’Arménie, qui a été construit par le roi Tigrane le Grand et nommé en son honneur. Les sources chrétiennes (syriaques, arméniennes et grecques) sur la fondation de Martyropolis sont nombreuses. Elle aurait été fondée sur l’emplacement d’un « grand village » appelé Maïferqat (en arménien Np’rkert) par l’évêque Marutha qui avait obtenu l’autorisation du roi de Perse Yazdgard 1er à la fin du 4ème siècle. L’évêque rapporte les dépouilles des chrétiens victimes des persécutions en Perse. C’est ce qui lui vaut son nom de Martyropolis. La ville prend de l’importance comme ville frontière sous Théodose II. Elle est prise par le Sassanide Kavadh Ier en 502. Les fortifications de la ville sont renforcées par l’empereur byzantin Justin 1er ce qui n’empêche pas que la ville retombe aux mains des Sassanides en 589. Les byzantins récupèrent la ville deux ans après et la gardent jusqu’en 639

[12] Palmyre est une oasis du désert de Syrie, à 210 km au nord-est de Damas, où se situe un site historique très riche en ruines archéologiques, et la ville moderne de Tadmor. Palmyre était un point de passage sur une des deux routes (ou pistes) antiques - conçues pour faciliter la traversée du désert - menant de Sippar (ou Abu Habbah) à Qatna (en Syrie), laquelle route se divisait en plusieurs sous-branches pour finalement aboutir aux ports Phéniciens, à Damas, en Palestine, et également en Égypte. Les auteurs du deuxième livre des Chroniques dans la Bible attribuent la construction de Palmyre au roi Salomon.

[13] La Diocletiana Strata, « route de Dioclétien », est une route fortifiée antique, construite le long de la frontière du désert de l’est, le limes Arabicus de l’Empire romain, sous l’empereur Dioclétien, dans le cadre d’un effort important de fortification. Les routes de type strata sont bordées d’une série de forts rectangulaires, quadriburgia, à environ une journée de marche (environ 20 miles romains) les uns des autres. Cette route part de la rive sud du fleuve de l’Euphrate et rejoint Palmyre, Damas, et le nord de l’Arabie.

[14] Chalcis est la principale ville de l’île et du district régional d’Eubée, en Grèce, située sur le détroit de l’Euripe. Elle est le siège d’un dème (municipalité) et d’une éparchie de l’Église de Grèce : la Métropole de Chalcis. Autrefois importante cité antique, c’est aujourd’hui un centre agricole et agro-alimentaire.

[15] Le monophysisme est une doctrine christologique apparue au 5ème siècle dans l’Empire byzantin en réaction au nestorianisme, et ardemment défendue par Eutychès et Dioscore d’Alexandrie. Elle affirme que le Fils n’a qu’une seule nature et qu’elle est divine, cette dernière ayant absorbé sa nature humaine.

[16] Le concile de Chalcédoine est le quatrième concile œcuménique et a eu lieu du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l’église Sainte-Euphémie de la ville éponyme, aujourd’hui Kadıköy, un quartier chic de la rive asiatique d’Istanbul. Convoqué par l’empereur byzantin Marcien et son épouse l’impératrice Pulchérie, à partir du 8 octobre 451, le concile réunit 343 évêques (un record) dont quatre seulement viennent d’Occident. Dans la continuité des conciles précédents, il s’intéresse à divers problèmes christologiques et condamne en particulier le monophysisme d’Eutychès sur la base de la lettre du pape Léon 1er intitulée Tome à Flavien (nom du patriarche de Constantinople, destinataire de la lettre du pape).