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La Convention cède la place au Directoire

dimanche 29 juin 2014, par ljallamion

La Convention cède la place au Directoire

Portraits des Directeurs. Gravure coloriée anonyme. Bibliothèque Nationale. Paris

Le 3 brumaire An IV [1] à lieu la création de l’Institut de France. Après la fondation de l’Institut par l’article 298 de la Constitution du 5 Fructidor an III [2], c’est l’organisation de l’Institut même qui est arrêtée. Trois classes sont créées, celle de sciences physiques et mathématiques, celle de littérature et de beaux-arts, celles de sciences morales et politiques. Il faudra plusieurs lois encore, jusqu’à l’ordonnance royale du 26 octobre 1832 pour que cette institution prenne la forme définitive qui est la sienne depuis lors.

Le 26 octobre 1795, la Convention cède la place au Directoire. Elle vote une amnistie générale pour les faits relatifs à la Révolution. Seuls en sont exclus les émigrés, les déportés, les accusés de Vendémiaire et les faussaires. Ayant renversé Robespierre le 9 thermidor an II [3], les conventionnels modérés, ou Thermidoriens, mettent fin à la Terreur.

Ils votent la Constitution du 5 Fructidor de l’an III [4] qui sépare très strictement les pouvoirs législatif, la confection des lois, et exécutif, l’exécution des lois et le gouvernement du pays.

Le pouvoir législatif est confié à un Corps législatif constitué de 2 assemblées : le Conseil des Cinq-Cents et le Conseil des Anciens, au nombre de 250, ainsi nommés parce qu’ils doivent avoir plus de 40 ans. Les Cinq-Cents doivent se contenter de faire des propositions de lois et les Anciens de voter sur ces propositions pour les transformer en lois.

Les 2 assemblées sont destinées à se neutraliser l’une l’autre et à éviter le retour de la dictature comme à l’époque de la Convention montagnarde.

Elles sont renouvelables par tiers tous les ans. Leur mode d’élection ne relève que de très loin des règles démocratiques usuelles. A la base, dans les cantons, les hommes de plus de 21 ans qui paient un impôt élisent un électeur pour 200 citoyens. Ces électeurs doivent avoir 25 ans et justifier d’un revenu conséquent.

C’est à eux qu’il appartient de désigner les futurs membres des assemblées ainsi que les juges des tribunaux civils, le Président du Tribunal criminel et les membres du Tribunal de Cassation et les membres des administrations départementales.

Le pouvoir exécutif est confié à un Directoire de 5 membres âgés d’au moins 40 ans. Chaque année, l’un d’eux est changé par tirage au sort ! Les Directeurs sont désignés par les Anciens sur une liste de 10 candidats proposés par les Cinq-Cents. Ils n’ont aucun pouvoir sur les assemblées.

Pour se garantir contre les colères de la population parisienne, les Thermidoriens enlèvent à la capitale son maire unique et le remplacent par un conseil de 5 membres. Ils divisent qui plus est le territoire parisien en 8 municipalités, ancêtres des futurs arrondissements.

Enfin, les Thermidoriens, soucieux de préserver leurs acquis et de se prémunir contre l’émergence d’une majorité de députés royalistes, décident par un décret complémentaire que les 2/3 des futurs députés devront être choisis parmi les anciens conventionnels ! Elles valent au futur régime l’opposition résolue des royalistes et des Jacobins.

Dans les 5 années qui séparent la chute de Robespierre du coup d’État de la dictature de Bonaparte, les Thermidoriens de la Convention et du Directoire accomplissent une œuvre colossale à l’intérieur.

Malgré les faiblesses politiques inhérentes à sa Constitution et l’extrême corruption de ses représentants, le Directoire trouve l’occasion de fonder un nouveau système d’unités de mesure, de réformer la société, égalité devant la loi, suffrage universel, liberté de la presse, de croyance et de pensée, suppression des corporations, abolition de l’esclavage, droit au divorce, mais aussi suppression des droits féodaux, séparation des pouvoirs, de l’église et de l’état, l’éducation, école publique, écoles Normale Supérieure et Polytechnique.

Le Directoire envoie par ailleurs une délégation en Inde, auprès du sultan de Mysore, ennemi des Anglais, et des corps expéditionnaires en Irlande et en Égypte.

Le Directoire va néanmoins sombrer, victime de l’impopularité, d’une part en raison d’une crise économique qui frappe la France comme l’ensemble de l’Europe, d’autre part en raison de son incapacité à faire face à une 2ème coalition militaire contre la France.

Depuis la formation en 1793 d’une première coalition européenne, la France révolutionnaire avait du lutter contre l’ensemble des monarchies alliées sous la bannière du Royaume-Uni, de l’Autriche et de la Russie. D’une part l’idéologie véhiculée par les gouvernements républicains paraît dangereusement subversive aux souverains étrangers, d’autre part les ambitions territoriales de la France sont inacceptables pour les autres puissances d’Europe.

Sous le régime antérieur de la Convention, les ressources rassemblées par Lazare Carnot, “l’organisateur de la victoire”, combinées à l’enthousiasme des volontaires de l’an II, avaient permis des succès militaires impressionnants. La République française avait accédé ainsi à ses “frontières naturelles” sur les Alpes et le Rhin par absorption de la Savoie, la Belgique et la Rhénanie. Désireuse de conserver les gains territoriaux de la Révolution, la Convention avait voté l’annexion de la Belgique avant de se séparer. Cette mesure avait été aussitôt ressentie comme une provocation par les Anglais.

Le 31 octobre 1795 Constitution du Directoire. Les cinq directeurs choisis par le Conseil des Cinq-Cents sont Barras, Reubell, La Révellière-Lépeaux, Letourneur et Sieyès. Ce dernier refuse le poste parce que la Constitution qu’il a lui-même proposée à la Convention a été écartée. Lazare Carnot sera nommé à sa place quelques jours plus tard. Point commun des directeurs. Ils sont tous régicides. Tous ont participé à la chute de Robespierre. Tous sont républicains. Leur nomination rend effective la mise en place de la Constitution de l’An III, dont le texte a été approuvé le 23 septembre précédent par plus de un million de oui contre 50 000 non.

Le 18 décembre 1795 à lieu la libération de Madame Royale. L’orpheline du Temple, fille de Louis Capet et nièce de l’empereur d’Autriche, âgée de 16 ans, tient lieu de monnaie d’échange. Elle sort de la prison du Temple pour être échangée à la frontière contre l’ex-ministre de la Guerre Beurnonville, les ambassadeurs Maret et Sémonville, et Drouet, l’ancien maître de postes qui a permis l’arrestation du roi à Varennes.

En Juin 1796 à lieu la création du ministère de la Police.

Le 9 septembre 1796 à lieu le complot babouviste. Les directeurs Carnot et Letourneur n’attendaient que cela. Depuis 2 semaines, ils savaient qu’un complot se tramait. Les Jacobins, autour de leur chef Gracchus Babeuf, voulaient renverser le Directoire. Le chef du camp de Grenelle, le marquis de Foissac-Latour, fut prévenu de ce que les babouvistes avaient décidé de s’introduire dans son camp pour rallier les soldats à leur cause. Dans la nuit du 8 au 9, les choses se passèrent comme prévu. Les Jacobins sont bel et bien venus, la mutinerie s’est levée en chantant La Marseillaise. Un régiment de dragons s’est abattu sur les manifestants et les a dispersés. En ce 9 septembre, le Directoire dispose du prétexte dont il avait besoin pour en finir avec l’opposition des Jacobins. Les arrestations commencent.

Le 16 octobre 1796 à lieu la condamnation et l’exécution de Marie-Antoinette. A 11 heures, elle monte sur la charrette. Elle porte une robe blanche et est coiffée d’une bonnette très commune. Elle a refusé de se confesser à l’abbé constitutionnel Girard. A 12 h 15, le couperet tombe sur la tête d’une reine âgée de 37 ans.

Le 18 fructidor an V [5], un piège se referme sur les députés qui arrivent aux Tuileries. Pendant la nuit, le général Augereau les a fait cerner par ses troupes. Pichegru et Boissy d’Anglas sont arrêtés.

Barras triomphe. 177 députés sont éliminés. Par ce coup d’Etat, Barras met fin aux tensions qui ont opposé le Directoire aux Conseils.

Le Directoire détache l’Autriche de son alliance avec l’Angleterre en lui imposant en octobre 1797 le traité de Campoformio. Il met fin à la première coalition et tente de consolider les conquêtes de la Révolution en établissant un glacis de républiques sœurs dans tous les azimuts Batave, Cispadane et Transpadane puis Cisalpine, Cisrhénane, bientôt Romaine, Parthénopéenne et Helvétique. Mais ces succès liguent à nouveau contre la France un nombre considérable d’ennemis intérieurs et extérieurs.

Le Conseil des anciens se permet un coup d’Etat légal le 22 floréal an VI [6] en invalidant les élections de germinal dans 48 départements. Ceci permet d’écarter des députés babouvistes, robespierristes et terroristes et autorise l’entrée dans les conseils de 200 candidats favorables au Directoire.

Plus grave encore, l’incroyable expédition d’Égypte entreprise au printemps 1798 éloigne des forces précieuses et les meilleurs généraux de la République, mais surtout, elle indispose 2 nouvelles puissances majeures que la France n’avait jamais eu à combattre, la Sublime Porte [7] et l’empire du nouveau tsar Paul 1er. La diplomatie et les subsides britanniques aboutissent début 1798 à une 2ème coalition. Celle-ci réunit l’Empire ottoman, ceux d’Autriche et de Russie, les royaumes de Bavière, des Deux Siciles, du Portugal, de Suède et les États Pontificaux, mais elle consacre la défection des royaumes d’Espagne, de Hanovre, de Saxe et de Prusse.

C’est ainsi que la première République Française se trouve confrontée à la guerre étrangère sur tous les fronts, à l’émigration des cadres aristocratiques, à la révolte intérieure en Bretagne, Vendée, Midi, Corse et extérieure par la rébellion à Saint-Domingue et à la faillite économique.

Notes

[1] 25 octobre 1795

[2] 22 août 1795

[3] 27 juillet 1795

[4] 22 août 1795

[5] 4 septembre 1797

[6] 11 mai 1798

[7] l’empire turc