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Histoire de l’Europe au 16ème siècle

lundi 25 février 2013

Histoire de l’Europe au 16ème siècle

L’église avant la Réforme représente une sorte d’État parallèle aux États nationaux. Elle est un propriétaire terrien extrêmement riche, elle a ses tribunaux, exige des impôts.

La religion et la politique à cette époque sont une seule et même chose. Exiger une autre forme de religion, c’est exiger une autre société.

Si Luther et Calvin réussissent là où d’autres comme les cathares en France ou les Hussites en Bohème ont échoué, c’est que leurs idées d’individualisme, d’accès individuel à Dieu correspondent aux besoins de nouveaux groupes sociaux qui veulent une société plus dynamique et moins hiérarchique, et qui accusent l’église de concurrence déloyale.

En France, après la guerre de Cent ans, le fils de Louis XI, Charles VIII, épouse en 1491 la duchesse Anne de Bretagne. En Angleterre, la guerre civile des Deux Roses a pris fin et Henri Tudor devient roi. En Italie, les États sont pacifiés, et en Espagne règnent les rois catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon. L’Allemagne façonne l’Empire avec l’Autriche, la Bohême, les Pays Bas, l’Alsace et la Loraine, la Franche Comté et la Savoie, des États suisses et une partie de l’Italie du nord. Et l’Europe nordique est constituée du Danemark, de la Norvège et de la Suède.

L’Europe, qui compte environ 80 millions d’habitants paraît apaisée, connaît un commerce florissant, notamment anglais et italien, et où tous les pays sont chrétiens. Cependant des failles existent qui vont progressivement apparaître, grandir, faire de plus en plus l’objet de réflexions, de contestations, voire de conflits dans les États et entre eux. Dans le domaine politique, les deux grands personnages que sont l’empereur du Saint Empire et le pape connaissent des relations tendues dans la deuxième moitié du 15ème siècle et les ambitions d’autres rois, comme François 1er, feront basculer le pouvoir papal, particulièrement lors du concordat de 1516. Par ailleurs, l’Europe souffre de la multiplicité de ses États et, en conséquence, des différents modes de gouvernement.

Monarchies héréditaires en France, en Angleterre, en Castille et Aragon. Monarchies de forme élective en Pologne, Bohême, et dans le Saint Empire.

Oligarchies ou princes ecclésiastiques en Italie et en Allemagne.

Les grandes découvertes ont diminué les ressources de métaux précieux, de l’argent des mines d’Europe centrale, en même temps qu’augmente le besoin d’or et d’argent des États. Le commerce des épices se greffera aux découvertes et, alors qu’il deviendra plus tard important, il n’a pas constitué la première raison des départs. Vasco de Gama, Christophe Colomb, Americo Vespucci, Magellan autant de noms, d’aventures, de rêves autant également de découvertes qui transforment la vision du monde, quand on apprend qu’il existe d’autres pays et d’autres continents autant de jalousies entre rois, notamment entre espagnols et français, qui pousseront François 1er à envoyer Giovanni de Verrazano dans ce qui sera la Caroline du sud, puis Jacques Cartier qui découvrira le Saint Laurent. Ces découvertes auront de nombreuses et importantes conséquences. Tout d’abord les routes traditionnelles du commerce de la méditerranée se trouvent déplacées vers l’Atlantique et l’océan indien, et dés lors des ports sur l’Atlantique, français ou des États comme les Pays-Bas, verront leur développement et leur économie profondément modifiés. L’arrivée de l’or enrichit des pays, comme l’Espagne, et les nouvelles richesses comme les épices, le tabac et plus tard le maïs et le cacao, influeront également sur le commerce. Une autre conséquence est l’esclavage, et le commerce négrier qui commence dés la fin du 15ème siècle, dénoncé par Bartolomé de Las Casas, ne cessera de se développer au cours des siècles suivants.

Ces grands voyages de la fin du 15ème siècle et du début du 16ème siècle ont induit des progrès et des perfectionnements dans la navigation, ont fait progresser la rédaction et la compréhension des cartes, grâce notamment à Mercator. Ils ont en outre pu faire découvrir des produits exotiques qui deviendront quotidiens, avec en conséquence un impact non négligeable en politique et en économie. Et une autre circulation intervient, celle de la pensée. L’humanisme, cette explosion de la réflexion et de l’esprit, qui veut dépasser le mode de pensée médiéval, retrouver la notion d’individu, l’étude et l’authenticité d’un texte, va être personnifié par les grands noms de Leonard de Vinci, Michel Ange, Boccace, Pétrarque, ou Ronsard.

L’imprimerie, qui apparaît avec ses caractères mobiles en plomb en 1460 à Mayence, avec Gutenberg, se propage rapidement. Elle est présente dans tous les grands centres européens à la fin du 15ème siècle. Désormais une autre étape est ouverte pour la diffusion des idées, la propagation de la pensée qui ne sera plus, progressivement, réservée à la seule élite. C’est dans cette Europe du 15ème siècle que le premier livre imprimé sorti de la presse de Gutenberg est la Bible.

Ainsi l’Europe se présente-t-elle, à la veille du 16ème siècle, dans ses zones d’ombre et de lumière, entre Europe nordique, centrale et méditerranéenne, dans une économie transformée par les découvertes de nouveaux mondes ou de nouvelles techniques, dans des conflits latents entre temporel et spirituel. Dans un monde majoritairement rural les villes se développent, qui sont Paris, Lyon, Londres, Anvers, Venise, Florence, Rome, Bruxelles ou Madrid. Toutes auront un rôle déterminant en politique comme en économie, comme en religion. Dans ce dernier domaine toutes les ‘idées nouvelles’ véhiculées par l’humanisme vivront et se diffuseront. La fin du 15ème siècle ouvre la voie à l’histoire moderne du 16ème siècle, tournant qui, en prenant racine dans les siècles précédents, donnera vie aux siècles suivants. Histoire moderne où rien ne se ressemblera plus, où les politiques se croisent, la géographie devient élastique, les certitudes vacillent. La religion va prendre une autre place, progressivement entre la politique et le social, la collectivité et l’individu, le savoir de l’élite et la foi des fidèles.

L’Europe de la seconde moitié du 15ème siècle et du 16ème siècle va connaître des bouleversements dans tous les domaines, et l’avènement de l’époque dit “moderne” ne se fera pas sans conflit. Globalement, dans tous les pays, les populations vivent sous le sceau de la paix. Elles sont terrorisées par la mort sous toutes ses formes, maladies, disettes, forte mortalité, guerres, et sont massivement rurales. Les villes abritent un monde instable, sont en général plus un grand ensemble de maisons qu’une entité bien définie. Au début du 15ème siècle, le nord ouest de l’Europe connaît un taux d’urbanisation d’environ 10 %, avec ces villes qui comptent toujours un marché, des artisans, une administration judiciaire et militaire. Les évolutions techniques touchent peu ce monde agricole alors que le perfectionnement de la navigation et les nouveaux équipements des fleuves vont favoriser tous les échanges commerciaux. Si l’agriculture progresse, elle touche davantage ceux qui entretiennent le commerce. Les paysans sont encore éloignés des circuits monétaires, quittent rarement leurs villages et profitent souvent peu des progrès, sauf dans des cas précis comme celui des moulins. Leur amélioration technique, notamment dans l’Europe du nord ouest, permettra à partir du 15ème siècle un progrès dans l’écrasement des céréales, ou dans les pressoirs à vin. Ces progrès permettront plus tard de nouvelles inventions et technologies en ouvrant la recherche et la réflexion sur les relations possibles entre technique et science. Parallèlement au commerce, la lettre de change qui, depuis le 13ème siècle évitait la monnaie métallique, va être à son tour remplacée par la monnaie “par endossements successifs”, garantie par plusieurs signatures. Il s’agit là d’un progrès essentiel dans la circulation de l’argent, celui d’une “monnaie par écriture”. Toujours au 15ème siècle naît le billet de banque, mais il devra attendre le 17ème siècle pour se généraliser. Enfin les Bourses, depuis le 14ème siècle, deviennent peu à peu des centres importants du circuit de l’argent. Ces circulations commerciales et humaines, dont celle des idées, sont favorisées par l’amélioration des voies de communication. Les ports sont importants mais aussi les gros bourgs et les nouvelles villes.

Là se condense le savoir, en le refusant ou en le diffusant. Car la fin du 15ème et le début du 16ème siècle se heurtent encore aux “anciennes” conditions économiques et sociales, et au monde moderne qui s’ouvre avec ses potentialités et son développement dans les domaines agricoles, techniques et financiers.

D’autres découvertes vont encore accélérer le processus de déséquilibre. La conception médiévale d’un univers unique et clos, dont la terre était le centre, est tombée. Copernic émet l’idée du système solaire qui sera confirmée et développée par Galilée. Tout alors sera remis en question avec ces nouvelles perspectives qui ouvrent le chemin d’une autre pensée, intellectuelle et religieuse. L’alchimie, l’astrologie et la magie séviront toujours, mais l’astronomie, les mathématiques et bientôt l’anatomie et la mécanique seront présentes. Dans ce contexte général, les populations, les pays vont évoluer selon les rois, les princes, les empereurs, les théologiens. Tous les pays d’Europe sont liés à l’Église et rien ne se fait sans l’accord ou le désaccord du pape. Car l’Église est puissante pour tous, rassurante pour certains, redoutable pour d’autres. Si des mouvements ou des réactions existent, ce sont encore des contestations mais non des révoltes, et l’Église les condamne quand elle le juge opportun.

Ainsi le mouvement vaudois, à la fin du 12ème et au début du 13ème siècle semblera-t-il cesser avec l’excommunication de Pierre Valdo. Ce dernier est un des premiers qui remis en cause certains principes de l’Église. Au début du 13ème, d’autres se soulèveront en Allemagne, Flandre, Espagne et Italie. Les bûchers où montent ces martyrs font penser que cette crise est passée mais les Vaudois resteront présents et on retrouvera des disciples de ce courant au 15ème et 16ème siècles.

Ainsi les critiques faites à l’Église avaient déjà eu lieu. Le décalage entre le clergé et ses abus ou son ignorance, les demandes ou attentes des fidèles dans leurs superstitions et leur terreur de la mort, comme des sorcières, était connu. Le culte des saints pour pallier le manque de réponses et se rassurer face à la mort ou à la colère de Dieu s’est développé. L’absence des hommes d’Église dans les lieux où on les attendrait, paroisses, abbayes, cathédrales, le cumul des charges ecclésiastiques, le Grand Schisme qui déséquilibre l’Église et qui fait croire que ce Schisme interdit l’entrée au Paradis, les courants millénaristes qui reparaissent avec la peur de la fin des temps et la certitude de l’arrivée de l’Antéchrist. Tout s’est conjugué pour achever de terroriser les populations dans toute l’Europe.

Ce déséquilibre est donc général, l’attente est partagée mais rien de positif ni rassurant ne paraît pouvoir exister, jusqu’au Concile de Latran qui se tient de 1512 à 1517.

Tous les pays d’Europe sont traversés par ces diverses évolutions et contestations, dont les représentants seront partout, et pour certains se rencontreront. Malgré les différences de gouvernements, de lois, de traditions, les acteurs de ces mouvements n’auront toujours qu’une seule conduite qui, pour certains, les condamnera. Le 16ème siècle reste en outre une période essentielle dans l’évolution des politiques européennes, toutes engagées dans des articulations d’intérêts réciproques ou d’alliances, les monarchies scandinaves au nord, l’exemple atypique de la Pologne à l’Est, les villes–états en Italie sous domination relative de l’Empereur, la France et l’Angleterre face à la toute puissance du Saint Empire.

Au 15ème et 16ème siècles, la France est la plaque tournante pour toute l’Europe. 2 personnages, entourés de disciples et d’amis, vont s’avérer être essentiels au tournant du siècle. Guillaume Briçonnet et Lefèvre d’Étaples.

Né à Paris, Guillaume Briçonnet fait ses premières études au Collège de Navarre. En 1489, il devient évêque, abbé en 1493, chanoine de l’église de Paris en 1503, s’installe au ministère bénédictin de Saint Germain des Prés à Paris, enfin il est évêque de Meaux en 1515. Cette ville, centre de tissage, compte de nombreuses filatures dont les ouvriers et artisans voient mal les abbayes autour de Meaux sans abbé, le clergé mal formé, et aspirent à des réformes dans l’Église. Outre ses charges ecclésiastiques, Guillaume Briçonnet va cumuler les fonctions politiques. De 1495 à 1507, il est président à la Chambre des Comptes, de 1499 à 1521 conseiller au Parlement de Toulouse. Puis il assistera aux États du Languedoc avant d’être à partir de 1516, ambassadeur auprès du pape Léon X, et sera présent aux conclusions du Concordat de Bologne la même année. Le nombre de ses charges ne laisse pas l’évêque de Meaux dans une satisfaction passive, mais bien au contraire l’incite à repenser le fonctionnement de l’Église et aiguise sa réflexion. Conscient du besoin de réformes, Briçonnet insiste d’abord sur la nécessité d’une présence régulière et attentive des hommes d’Église auprès des fidèles. Il souhaite une formation du clergé, un enseignement plus tourné vers la prédication, l’usage du français dans la liturgie, le retour à l’Évangile.

Mais le concordat de 1516 lie le roi à l’Église, et, avec ses fonctions, l’évêque de Meaux ne peut ni le remettre en cause ni se déjuger. Et cela d’autant plus que François 1er sous l’influence de sa sœur Marguerite d’Angoulême, n’est pas hostile aux réformes et a laissé se développer le cénacle de Meaux. En outre, dés 1517, le roi a demandé à Guillaume Budé de créer un Collège des savants pour qu’y soient enseignées les langues anciennes. Ce Collège verra le jour en 1529 avec les lecteurs royaux et sera à l’origine du Collège de France. Enfin en 1522 le roi a favorisé la publication du Nouveau Testament par Lefèvre d’Étaples, et dans l’Église, François 1er a encore souhaité réunir des conciles dans toutes les provinces ecclésiastiques du royaume. Mais si 1515 et 1516 ont été des dates fastes pour François 1er, 1525 est l’échec cuisant de Pavie. Aux conséquences de politique extérieure se mêlent celles de politique intérieure. En effet, profitant de la captivité du roi en Espagne, les théologiens de Paris attaquent les humanistes chrétiens, le Parlement de Paris intente un procès à Guillaume Budé, fait arrêter Louis de Berquin, interdit la traduction de la Bible en français, et les conciles provinciaux refusent de diffuser ces mêmes Écritures aux fidèles. Marguerite d’Angoulême, devenue Marguerite de Navarre par son remariage avec Henri III d’Albret, a du quitter la cour en 1527, et Guillaume Briçonnet, dans cette conjoncture, se retrouve isolé à Meaux dont l’exemple ne peut plus être suivi, le groupe du cénacle ayant été dispersé depuis 1525. François 1er, rentré en France en 1526, pris entre les guerres avec Charles Quint et la question non résolue des réformes religieuses demandées, hésite encore, alors que les idées, les propositions de Martin Luther sont connues depuis les années 1525 et commencent à se propager. Cette hérésie pour beaucoup, risque donc de toucher à la fois les hommes d’Église et les fidèles dans une proportion et avec une rapidité que les autorités ecclésiastiques commencent à craindre. Alors éclate en 1528 la première affaire des Placards, puis la seconde, beaucoup plus importante en 1534.

Les conséquences de la répression anti-huguenote à cette affaire sont religieuses, sociales avec le premier grand exil des huguenots, et politiques, face aux pays nordiques qui optent pour Luther. Guillaume Briçonnet meurt en 1534, redevenu l’homme de l’Église catholique qu’il avait été avant l’expérience du cénacle de Meaux. L’Histoire gardera de lui l’image de l’homme de la pré Réforme, de la Réforme et de la Contre-Réforme. Dés 1521, date de la condamnation de Luther, il avait choisi le retour à l’Église et avait en 1523 révoqué Guillaume Farel qui avait du quitter Meaux pour Paris.

Celui dont la devise est « connaître l’Évangile, suivre l’Évangile, faire connaître l’Évangile » et dont le nom latinisé Fabri donnera celui de ses élèves,les fabristes, traverse avec Guillaume Briçonnet l’épisode du cénacle de Meaux et l’affaire des Placards. Né à Étaples vers 1450, Jacques Lefèvre d’Étaples enseigne à Paris la philosophie au collège du cardinal Lemoine, opposé à la scolastique de la Sorbonne. A sa grande érudition, Lefèvre d’Étaples joint une grande piété et un goût prononcé du texte original et de l’exégèse. Ses oeuvres témoignent de cette connaissance des Écritures et de sa volonté de partager son savoir. En 1509, s’étant attaché à l’étude des Psaumes, il en publie des commentaires, comme il publie en 1512 des commentaires sur les épîtres de Saint Paul. En 1522, d’autres commentaires encore sont publiés, sur les quatre évangiles, traduits en français avec des annotations pour le grec en face du texte de la Vulgate. Cette même année, François 1er donne son accord pour que soit traduit l’ensemble du Nouveau Testament en français, mais aux frais de sa mère Louise de Savoie, sa sœur Marguerite d’Angoulême, et Guillaume Briçonnet. Lefèvre d’Étaples faisait partie depuis 1523 du cénacle de Meaux et y restera jusqu en 1525, date de la fin du cénacle. En 1527, les derniers commentaires paraissent sur les épîtres dernières. C’est l’ultime ouvrage signé de sa main, l’heure est à la prudence face au danger politico-religieux après Pavie, et s’il continue d’écrire, il ne signera plus. En 1525, le grand humaniste s’était exilé à Strasbourg, rappelé un an plus tard par François 1er à Blois où le roi le charge de l’instruction des enfants royaux et de la gestion de sa bibliothèque. En 1530, il se retire à Nérac où il meurt en 1536. Jacques Lefèvre d’Étaples a sans doute représenté l’un des plus grands humanistes chrétiens, a créé le mouvement fabriste, a cheminé en pensée et en théologie avec Luther qu’il n’a jamais rencontré, mais qui connaissait l’humaniste français. Lefèvre d’Étaples est un des personnages clefs de cette période qui devait aboutir à la Réforme.

L’un des amis de Lefèvre d’Étaples, sans être français, aura marqué la France et l’Europe par sa personnalité et son humanisme inégalable, Érasme, Desiderius Erasmus comme il choisira de s’appeler. De son vrai nom Gérard, fils de Gérard du nom de son père, Gérard de Praët, naît à Rotterdam. Ses premières études se font à Gouda, puis il est enfant de chœur à la cathédrale d’Utrecht, puis à Deventer. Orphelin, il doit suivre le séminaire de Bois- le- Duc où il est destiné à l’Église. Après hésitations et refus, il se décide à entrer au couvent des Augustins de Stains où il prononcera ses vœux. Contrairement à ses condisciples, il se plaît à étudier les textes anciens et apprend le latin. Cette dernière qualité le fait nommer pour accompagner l’évêque de Cambrai à Rome, voyage qui n’aura pas lieu mais donne l’occasion à cet évêque d’apprécier le jeune homme et de l’ordonner prêtre en 1492. En 1496, le même protecteur aide Érasme à aller à Paris, mais là, le jeune homme se heurte à la scolastique et préfère rentrer à Cambrai puis en Hollande.

Il repart pour la France, à Orléans notamment, avant de se rendre en Angleterre où il séjourne de 1497 à 1499. Il publiait alors déjà des ouvrages en latin. A Londres, le jeune humaniste fréquente les collèges d’Oxford et Cambridge, rencontre Thomas More. De retour en France, il est à nouveau à Paris à Orléans, puis encore à Louvain ou Rotterdam. Il retourne bientôt à Cambridge où son goût et ses talents pour le grec le mènent à enseigner cette langue au fils de Jacques III d’Écosse. En 1506, il est à nouveau à Paris d’où il repart pour Lyon, puis l’Italie, où, à Turin, il est nommé docteur en théologie. Puis ce sera Bologne, Florence, Venise qui l’accueillent et où il rencontre Aldo Manuce. 2 ans plus tard, il est à Padoue, Sienne et Rome. Le pape Jules II le libère de ses vœux et l’autorise à ne porter que l’habit laïc.

En 1509, Érasme retourne en Angleterre, où il est reçu par Henri VIII, et c’est de cette époque que date la rédaction de son ouvrage “L’éloge de la folie”. En 1517 il quitte l’Angleterre pour l’Allemagne puis Bâle pour y revenir de 1515 à 1516. Son “Nouveau Testament”, qu’Érasme veut voir différent de la Vulgate, paraît en 1516. A cette date, un grand personnage entre dans la vie de l’humaniste, Charles Quint. Érasme, appelé à la cour, est nommé conseiller du roi et, malgré cette charge, s’efforcera de rester dans le domaine des idées et non dans celui de la politique. En vérité, il reste attaché à l’idée que la chrétienté doit rester une réalité politique, proche en cela du principe d’un empire qui pourrait faire régner la paix par la religion catholique. Érasme va donc préférer poursuivre son œuvre d’humaniste et d’auteur. Toujours en 1516, il publie à Louvain son “Instituti principi christiani”. Le dernier séjour d’Érasme en Angleterre est en 1517 avant qu’il ne s’installe à Bâle en 1521. Il quitte cette ville en 1525 pour Fribourg mais y revient pour la publication de plusieurs de ses ouvrages. Il quitte Bâle en 1529 en désaccord avec Luther, et encore davantage en 1530 avec la Confession d’Augsbourg. De retour à Bâle en 1535, Érasme se prépare à voyager encore, tout en travaillant encore à ses ouvrages, dont une publication sur Origène qu’il ne terminera pas. La maladie l’emporte en 1536. Considéré, comme Lefèvre d’Étaples, comme un des grands humanistes, Érasme s’est distingué par son érudition, ses écrits et son pacifisme. Écrivain, traducteur, fin connaisseur du grec, philologue et pédagogue, il était également théologien. Dans cette dernière discipline, Érasme s’illustre à la fois par son modernisme humaniste et par son refus des querelles. Si “L’éloge de la folie” est une critique sans concession, pleine d’humour et d’ironie, de l’Église du moment, de son clergé ignorant, de ses fidèles superstitieux ou terrorisés, de ses théologiens scolastiques, il sait aussi aller en profondeur soit dans les œuvres antiques, soit dans l’étude du christianisme, dont les Pères de l’Église et les traductions du Nouveau Testament. Ses nombreuses œuvres témoignent de cette démarche et de cette volonté de partage du savoir qui le caractérisait.

Luther lui-même avait eu connaissance des œuvres de l’humaniste hollandais et européen, même si le désaccord entre les deux hommes devait aller grandissant, jusqu’à la rupture de la Confession d’Augsbourg.

Luther considérait Érasme comme trop prudent, et Érasme n’appréciait guère la virulence de Luther et surtout, derrière la combativité du réformateur allemand, sa théologie. Une marque de ce profond désaccord se trouve dans la correspondance échangée entre les deux théologiens de 1519 à 1527 et dans les ouvrages que chacun d’eux écrit.

Voyageur infatigable et émissaire européen de l’humanisme, Érasme a été connu en Espagne également. On pourra parler d’un courant érasmien grâce à ses oeuvres traduites en castillan, qui connaissaient un grand succès. Cependant, dés la condamnation de Luther, en 1521, une répression anti-érasmienne a lieu.

Un procès se tiendra à Valladolid, qui durera 6 semaines et dont le jugement ordonnera que, sans être traités d’hérétiques, des écrits traduits en castillan seront interdits, et d’autres, en latin, devront être expurgés.

Ainsi l’Espagne aura-t-elle été touchée par Érasme à travers ses ouvrages. Au nord de l’Europe, les monarchies scandinaves du Danemark, de la Suède et de la Norvège sont gouvernées très différemment. Au Danemark Christian II a épousé Isabelle, sœur de Charles Quint, après un conflit avec un grand seigneur, Gustave Vasa soutenu par la République de Lübeck et toute la Hesse. Fait prisonnier par Christian II, il s’échappera et sera roi de Suède. Christian II abdiquera et se retirera en Hollande, son oncle Frédéric 1er lui succèdera. Confronté à une puissante aristocratie, le Danemark restera une monarchie importante du nord de l’Europe. Christian III, successeur de Frédéric 1er fait entrer la Norvège comme partie du Danemark par une charte royale de 1536. Mais les norvégiens contrairement au danois ont une société civile qui peut contrôler tous les pouvoirs et sera à l’origine de l’arrivée du développement et de l’acceptation de la réforme luthérienne à la suite des danois. En Suède, Gustave Vasa régnera jusqu’en 1560 en libérant son pays des partis et de l’influence de la noblesse, et fera accepter les idées de Luther, en conservant pour la couronne les biens ecclésiastiques sécularisés en 1527.

Sous son règne, le pays est réorganisé et enrichi, et devient une puissance nordique. La caractéristique de ces trois pays est la lutte pour le contrôle de la Baltique, centre commercial des plus importants alors, le pouvoir de la noblesse toujours prête à intervenir dans les affaires royales, et la présence efficace des populations toujours prêtes elles aussi à interférer dans la politique.

Un autre pays est à retenir et qui jouera un rôle important au 16ème siècle, la Pologne. En effet, le pays devait se conformer à la Diète, toute puissante depuis 1504, où le roi ne pouvait rien discuter ni décider sans l’accord des sénateurs et nonces, pour tout ce qui touchait au droit privé et à la liberté publique. Durant tout le 16ème siècle, les questions sociales polonaises touchaient la bourgeoisie des villes, riche bien que minoritaire, les paysans étaient encore comptés dans les troupeaux et les objets dépendant des seigneurs. Ces derniers, souvent grands propriétaires, étaient puissants financièrement et politiquement. A la fin de la dynastie des Jagellons, princes d’origine lituanienne qui gouvernaient la Pologne, les grands seigneurs établissent une théorie pour sauvegarder l’idée de liberté et d’égalité des nobles. Décision est prise d’élire désormais eux–mêmes leur roi par acclamation. Ainsi en 1572 les nobles polonais devaient-ils élire Henri de Valois, le futur Henri III, frère de Charles IX. Cette élection devait avoir des conséquences importantes lors du premier siège de La Rochelle de 1572 à 1574. En effet, ces conséquences religieuses faisaient lever le siège de La Rochelle, les polonais agissant grâce au principe de tolérance choisi par eux qui étaient confrontés aux différentes religions du catholicisme, de l’orthodoxie, du luthéranisme et de l’Islam, toutes à leurs frontières. Cette tolérance devait être érigée en principe de droit dans la Résolution de la Confédération de Varsovie en 1573. Plus au Sud, l’Italie se démarque par une politique temporelle et/ou spirituelle. En effet l’Italie du centre et du nord avait, avant le 15ème siècle, une politique spécifique.

Faisant partie du Saint Empire, elles n’en subissaient pas le pouvoir, sauf en cas de guerre. Les cités alors, dés le 12ème siècle, s’étaient organisées comme des entités politiques individuelles et autonomes. Elles connaissaient des conflits d’influences, d’intérêts ou de personnalités, sans oublier les partisans du pape, les guelfes et ceux de l’empereur, les gibelins. A la fin du 15ème siècle, Florence notamment est une sorte de puissance, particulièrement sous l’influence des grandes familles comme les Aldizzi ou les Médicis.

L’expulsion des Médicis, avec l’influence de Savonarole, puis leur retour avec le pape Léon X feront de Florence un duché puis le grand duché de Toscane en 1569. Mais ce sont les guerres d’Italie qui lient le plus le pays à la France. Les prétentions françaises sur l’Italie seront revendiquées par les rois successifs : Charles VIII, Louis XII, François 1er, et Henri II, qui mèneront ces guerres de 1454 à 1559, date des traités de Cateau-Cambrésis. En abdiquant, Charles Quint partage le Saint Empire entre ses fils, Philippe II régnera sur l’Espagne et Ferdinand 1er sur l’empire allemand.

La France qui a perdu la plupart des régions convoitées, Savoie, Piémont, Bresse, Corse et Milanais, va être prise en tenaille dans la seconde moitié du 16ème siècle entre l’Europe nordique luthérienne, le Saint Empire au nord et au sud, gouverné par les fils de Charles Quint, et l’Italie où la puissance des papes est incontestée.

En France, en 1500, le roi est Louis XII, qui a épousé en 1499 la duchesse Anne de Bretagne, veuve de Charles VIII. Cette même année, François, comte d’Angoulême et cousin du roi, seul héritier du trône à 5 ans, est titré duc de Valois. A cette époque, vont entrer en scène les nouveaux souverains qui régneront toute la première moitié du 16ème siècle, les rois nordiques, le roi d’Angleterre Henri VIII, Charles de Habsbourg, futur Charles Quint. Le jeu des alliances politiques et privées jouera également un rôle important, dont le remariage de Louis, veuf d’Anne de Bretagne avec la sœur d’Henri VIII, Marie d’Angleterre, en 1514. Un an plus tard, Louis XII meurt, et, n’ayant que deux filles, Claude et Renée, a comme successeur François d’Angoulême, qui devient François 1er et régnera de 1515 à 1547, selon la loi salique qui écartait les femmes du trône. Cette loi n’existait ni en Angleterre, ni en Castille ni en Navarre. Chef de guerre, protecteur des populations et de l’intégrité du royaume, le roi de France est également garant d’un État de droit. Parmi les règles immuables de la monarchie française, une nouvelle règle est imposée qui déterminera la politique religieuse de la France au 16ème siècle et jusqu’en 1789. Le roi chrétien doit être sacré et de droit divin. Avec la rupture luthérienne, puis calviniste, en France, il sera donc exigé que le roi soit catholique et non pas huguenot. Ce sera le problème du choix de l’abjuration d’Henri IV en 1593 car, légitimé roi de France par Henri III, mais huguenot, il devra se démettre de la couronne en restant protestant ou se soumettre en abjurant. Ainsi, resté roi de France et de Navarre, Henri IV pourra mettre un terme aux guerres civiles religieuses par l’édit de Nantes en avril 1598 et aux guerres politiques avec l’Espagne à Vervins en mai 1598. Les rois de France du 16ème siècle seront donc des Valois, jusqu’aux derniers qui vont régner, dés après Louis XII, de François 1er à Henri III. La fin du siècle voit le changement de dynastie avec les Bourbons et Henri de Navarre dés 1589.

Les Bourbons régneront alors jusqu’en 1789. Pour l’heure, François 1er engage l’avenir du royaume de France en recoupant son histoire avec celle de l’Europe. Le roi, arrivé sur le trône de France en 1515, mène des politiques extérieure et intérieure liées à la religion. Deux faits importants ont alors lieu. Tout d’abord Ferdinand II d’Aragon meurt et lui succède Charles de Luxembourg, prince des Pays Bas et devenu Charles Quint en 1519. Le principal adversaire de François 1er est entré en scène. Le second personnage à qui le roi de France va s’opposer est le pape Léon X. En 1516, François 1er appose sa signature ainsi que le pape au Concordat de Bologne. Annulant la “Pragmatique Sanction”, signée par Charles VII, qui datait de 1438, le concordat de 1516 donne au roi de France de grands pouvoirs. Désormais ce dernier nomme les membres du clergé, accorde des lettres d’investiture spirituelle, dicte les conditions d’aptitude : par exemple, un futur évêque doit être âgé d’au moins 27 ans, être licencié en théologie, docteur en droit canon et civil. Pour les monastères et prieurés, tout supérieur doit avoir au moins 23 ans, appartenir à l’ordre et justifier de qualités morales et intellectuelles. Enfin le roi détient le droit sur les universités qui l’avaient jusque là, de nommer les supérieurs des abbayes.

Face à ces droits nombreux et importants laissés au roi, le pape voit les siens restreints, dont la suppression de privilèges pontificaux, notamment financiers. Enfin, les provinces comme la Bretagne et la Provence, n’étant pas françaises en 1438, n’étaient pas incluses dans ce concordat. Malgré des oppositions du Vatican, de l’Église en France, des universités, le concordat de 1516 est enregistré par le Parlement en 1518. En outre, en 1530, le roi était autorisé par le même Parlement à user de son droit de nomination pour s’attacher la noblesse. François 1er, en signant le concordat, donne aux rois de France un pouvoir politique, religieux très grand, fait oublier le concile de Latran qui n’avait pu aboutir, et peut désormais régner en souverain temporel et spirituel, en premier monarque absolu.

L’événement majeur, comme suite logique de cette politique et les incertitudes créées par les idées luthériennes. En 1534, “l’affaire des Placards” de Meaux qui devait être sanctionnée par la marque au fer fouge d’une fleur de lys sur le front des accusés, tandis que le chanoine de la cathédrale et l’un de ses amis, Denis de Rieux étaient condamnés à être traînés sur la claie, puis brûlés en place publique. En octobre 1534, on affiche encore des placards. Les affiches antipapistes sont nombreuses et virulentes, placardées à Paris, puis à Orléans, Tours, Blois et Amboise. Devant ce mouvement extrémiste, et apparemment organisé, le roi qui a signé le concordat, et qui était jusqu’à présent hésitant sinon compréhensif sous l’influence de sa soeur Marguerite d’Angoulême, doit choisir et juger. Le roi catholique opte définitivement et fermement pour le catholicisme, ordonne une répression qui est la première grande persécution dans le royaume et le premier exil de ceux qu’on appelle luthériens. Le premier édit général pour une répression antiprotestante date de 1539, il accorde aux dénonciateurs le quart des biens confisqués à ceux qui ont été dénoncés et seront jugés et condamnés au bûcher. Dés lors, la répression devient officielle et irréversible, et les affrontements n’iront qu’en empirant. Quand il meurt en 1547, François 1er laisse à son fils Henri II, héritier du trône, une France concordataire de sa seule volonté, en guerre avec Charles Quint et bientôt Elizabeth 1ère qui succèdera à son père Henri VIII. Le 16ème siècle, dans sa seconde moitié, voit Henri II puis ses fils régner sur la France. Sous le règne de Charles IX, placé sous la tutelle de sa mère Catherine de Médicis, aura lieu en 1572 le grand massacre protestant de la Saint Barthélemy. Henri III, le dernier Valois ne verra pas la fin des guerres de religion, qui depuis 1562 ne cesseront qu’en avril 1598 avec Henri IV, le premier Bourbon.

Incontestablement, les jeux politiques ont lieu entre la France, l’Angleterre et le Saint Empire romain germanique.

P.-S.

Source : extrait de Histoire de l’Europe de Nicole Vray, Docteur ès-Lettres