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Gilles Li Muisis

lundi 8 décembre 2025, par lucien jallamion (Date de rédaction antérieure : 13 juin 2012).

Gilles Li Muisis (1272-1352)

Chroniqueur et poète wallon

Miniature par Pierart dou Tielt illustrant l'Abbatum memoria de Gilles de Muisit. Source : wiki/ Gilles Le Muisit/ domaine publicAbbé de Saint-Martin à Tournai [1] en 1331, il fréquenta l’université de Paris [2] et devint intime de Dante. Il composa des poèmes religieux et moraux, plusieurs revues des "états", c’est à dire des conditions sociales, et une chronique en latin, qui témoignent d’un réalisme savoureux.

Il se signalera par des propos misogynes dans ses Annales où l’on peut lire : "Pleurer, parler, filer, femmes l’ont de nature" ou encore, " Assez plus que les femmes on doit hommes reprendre. Car ils doivent les femmes endoctriner et apprendre."

Dans sa chronique il évoqua la peste ou feu sacré ou il dénombrait, 25000 victimes alors que la ville ne devait pas en compter plus de 20000. Il évoque également la famine dans sa chronique comme dans cet extrait transposé en français contemporain : "La même année (1316), il y eut une telle pénurie de vin en France que l’on ne buvait à Tournai que des vins de Saint-Jean. Cette année-là aussi après la disparition du roi Louis, en raison des pluies torrentielles et du fait que les biens de la terre furent récoltés dans de mauvaises conditions et détruits en maints endroits, il se produisit une disette de blé et de sel telle que la rasière de sel était vendue 6 livres ; et la disette augmentait de jour en jour, vers le milieu l’année de 1316, la pénurie et la disette avaient augmenté et il y eut dans nos régions des intempéries et des désordres atmosphériques ; la rasière de blé se vendait 60 sous, la rasière d’avoine 27 sous, la rasière de pois 45 sous et encore à peine pouvait-on s’en procurer pour de l’argent. Et le peuple commença en bien des endroits à manger peu de pain, parce qu’il n’y en avait pas et beaucoup mélangeaient comme ils le pouvaient des fèves, de l’orge, des vesces et tous les grains qu’ils réussissaient à se procurer et ils en faisaient du pain qu’ils mangeaient. En raison des intempéries et de la famine intense, les corps commencèrent à s’affaiblir et les infirmités à se développer et il en résulta une mortalité si forte qu’aucun être alors vivant n’en avait jamais vu de semblable ou n’en avait entendu parler. Je certifie qu’à Tournai il mourait chaque jour tant de personnes, hommes et femmes, appartenant aux classes dirigeantes, moyennes et pauvres que l’air en était pour ainsi dire complètement corrompu et que les prêtres des paroisses ne savaient souvent de quel côté se tourner.

De pauvres mendiants mouraient en si grand nombre dans les rues, sur les fumiers et partout que les conseillers de la cité donnèrent l’ordre et confièrent le soin à certains de porter les corps pour les ensevelir en deçà de l’Escaut à Val de la Vigne et au-delà de l’Escaut dans un lieu appelé Folais, et pour chaque personne ensevelie un salaire déterminé était versé."

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Bernard Guénée, Entre l’Église et l’État : quatre vies de prélats français à la fin du Moyen Âge, Paris, NRF Gallimard, 1987

Notes

[1] L’abbaye Saint-Martin, située au cœur de la ville de Tournai, a pour origine un monastère fondé au 7ème siècle par saint Éloi pour évangéliser la région. Alors que les invasions normandes mettent fin provisoirement à la vie monastique, Odon de Tournai refonde le monastère à la fin du 11ème siècle. Il adopte la règle de saint Benoît pour sa communauté et est nommé abbé. L’abbaye prend alors rapidement un grand essor, en particulier grâce à son atelier de scribes et de copistes. À la fin du 13ème siècle, une petite centaine de moines gèrent un vaste domaine foncier et immobilier, avec une quarantaine de prieurés, des bois, une vingtaine de moulins et l’exercice de droit de justice en de nombreux endroits. Au début du 14ème siècle cependant, la mauvaise gestion ruine l’abbaye.

[2] L’université de Paris était l’une des plus importantes et des plus anciennes universités médiévales. Apparue dès le milieu du 12ème siècle, elle est reconnue par le roi Philippe Auguste en 1200 et par le pape Innocent III en 1215. Elle acquiert rapidement un très grand prestige, notamment dans les domaines de la philosophie et de la théologie. Constituée comme l’association de tous les collèges parisiens situés sur la rive gauche, elle assurait la formation de tous les clercs, c’est-à-dire de tous les cadres et agents administratifs des institutions royales (conseil d’État, parlements, tribunaux, cours des comptes, impôts, etc.) et ecclésiastiques (enseignement, hôpitaux, libraires, recherche, évêques, abbés).