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L’histoire pour le plaisir

Guy Tachard

dimanche 28 juin 2026, par lucien jallamion

Guy Tachard (1648-1712)

Jésuite français-Mathématicien-Missionnaire au Siam et diplomate

Il fut plusieurs fois membre de délégations diplomatiques auprès du roi de Siam [1], Narai .

Guy Tachard entre au noviciat [2] des jésuites [3] le 20 septembre 1668, à Bordeaux [4]. Durant sa formation il enseigne la grammaire et la rhétorique [5] au collège de Pau [6] de 1672 à 1676. À la fin de ses études de théologie faites à Bordeaux, il est ordonné prêtre en 1679.

En 1681, il suit un cours de science maritime. À la fin de sa 3ème année fait à Poitiers [7], il réside quelque temps à Paris de 1683 à 1685 y préparant la publication de son dictionnaire français-latin pour le duc de Bourgogne.

Tachard suivit ensuite avec 5 autres jésuites le chevalier de Chaumont Alexandre de Chaumont , l’abbé de Choisy François-Timoléon de Choisy et Claude de Forbin , pour recueillir sur ce pays toutes les notions qui seraient utiles pour le commerce, la politique et la religion. Les envoyés de Louis XIV furent fort courtoisement reçus par le roi de Siam, Narai, qui autorisa les jésuites à prêcher le christianisme.

Tachard resta au Siam tandis que les autres jésuites, continuent vers la Chine où ils arrivent en février 1688 pour fonder la mission jésuite en Chine.

Séduite par le Grec Constantin Phaulkon , la mission française composée de Chaumont, Choisy et Tachard, revient en France sur les 2 navires “l’Oiseau” et “la Maligne” avec à bord l’ambassadeur de Siam, Kosa Pan, qui apportait une proposition d’alliance éternelle entre la France et le Siam.

Tachard est d’abord envoyé en Europe pour y chercher des missionnaires, qu’il conduit en Asie en mars 1687. L’expédition, composée de 5 navires de guerre emportant 1300 personnes commandés par l’amiral Desfarges , ramenait chez elle les ambassadeurs siamois, et embarquait une nouvelle mission dirigée par Simon de La Loubère et Claude Céberet du Boulay , directeur de la Compagnie des Indes orientales [8]. Le compositeurDestouches accompagnait également Tachard.

Cette mission eut peu de succès en dehors de la réaffirmation du traité de 1685. Le débarquement des troupes françaises à Bangkok et Mergui a conduit à de forts mouvements nationalistes dirigés par Phra Petratcha , pour finalement aboutir à la révolution de 1688 [9]. Le roi Narai meurt, Phaulkon est exécuté et Petratcha devient roi.

Tachard, avec le titre d’ambassadeur extraordinaire pour le roi de Siam, et accompagné d’Ok-khun Chamnan, reçoit du roi Narai la mission d’accompagner, comme interprète, les ambassadeurs qu’il envoie à Louis XIV et au pape Innocent XI.

De retour au Siam, Tachard y trouve la mission à peu près ruinée à la suite de la révolution. Il se rend alors avec ses confrères à Pondichéry [10], mais doit revenir en France sans avoir eu la permission d’entrer dans le pays d’où il fut chassé par les Hollandais en 1693.

En 1699 Tachard revient au Siam et rencontre Kosa Pan , ministre des Affaires étrangères et du Commerce, et le roi Petratcha, mais la rencontre fut purement formelle et ne mena à rien.

Puis il passe dans le Bengale [11] et meurt en 1712 à Chandernagor [12] d’une maladie contagieuse.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Raphaël Vongsuravatana, Un jésuite à la Cour de Siam, Éditions France-Empire, 1992

Notes

[1] Le Siam est l’ancien nom de la Thaïlande. Le royaume de Siam a été fondé en 1350 par le roi Ramathibodi 1er. Ses capitales successives furent Ayutthaya (1350/1767), Thonburi (1767/1782), puis Bangkok (à partir de 1782). Le pays a pris le nom de Thaïlande en 1939, après la prise du pouvoir par le général Plaek Phibunsongkhram.

[2] Dans toutes les traditions religieuses, occidentales, comme orientales y compris non chrétiennes le noviciat est une période d’initiation et de probation (incluant des « épreuves ») à la vie religieuse stable. Par extension, dans la tradition catholique, il a pris le sens canonique de lieu (bâtiment) où se fait cette initiation

[3] La Compagnie de Jésus est un ordre religieux catholique masculin dont les membres sont des clercs réguliers appelés « jésuites ». La Compagnie est fondée par Ignace de Loyola et les premiers compagnons en 1539 et approuvée en 1540 par le pape Paul III.

[4] Bordeaux est une commune du Sud-Ouest de la France. Capitale de la Gaule aquitaine sous l’Empire romain pendant près de 200 ans. Au début du 5ème siècle, Bordeaux fut prise par les Wisigoths, puis par les Francs de Clovis un siècle plus tard. Au plus tard après la division de la partie du royaume de Caribert de Paris, en 567, Bordeaux appartenait à la Neustrie. Après le mariage du roi neustrien Chilperic, la ville, ainsi que Cahors, Béarn et Bigorre, furent cependant offerts en guise de dot à son épouse Galswinthe. Ces villes étaient situées stratégiquement dans la région du beau-père Athanagild, le roi des Wisigoths. Après que Chilpéric eut ordonné l’assassinat de sa femme, cet héritage est passé au royaume d’Austrasie, selon un règlement d’un Malberg convoqué par Gontran, roi de Bourgogne. Finalement, en 573, Chilpéric, avec son fils Clovis en tant que commandant de l’armée, tente de reprendre les villes. Bien que la conquête de Bordeaux ait réussi à court terme, les troupes de Clovis furent de nouveau expulsées un mois plus tard par le margrave austrasien Sigulf. À la fin du 7ème siècle, Bordeaux devient la capitale du duché d’Aquitaine.

[5] ] la rhétorique est d’abord l’art de l’éloquence. Elle a d’abord concerné la communication orale. La rhétorique traditionnelle comportait cinq parties : l’inventio (invention ; art de trouver des arguments et des procédés pour convaincre), la dispositio (disposition ; art d’exposer des arguments de manière ordonnée et efficace), l’elocutio (élocution ; art de trouver des mots qui mettent en valeur les arguments → style), l’actio (diction, gestes de l’orateur, etc.) et la memoria (procédés pour mémoriser le discours).

[6] Pau est une commune du sud-ouest de la France, préfecture du département des Pyrénées-Atlantiques. La ville se situe au cœur de l’ancienne principauté souveraine du Béarn, dont elle est la capitale depuis 1464. La cité occupe une position d’interface entre plaine et montagne, un carrefour où se rejoignent la vallée du gave de Pau, la plaine du Pont-Long et les chemins transpyrénéens. Jusqu’à la période romaine, cette zone conserve une fonction de lande exploitée extensivement par des occupants transhumants. C’est au 12ème siècle que les plus anciennes traces de la cité paloise apparaissent, les seigneurs de Béarn faisant construire un château pour surveiller un gué stratégique sur le gave. Déterminés à contrôler une terre vitale pour leurs activités pastorales, les premiers Palois sont en grande partie originaires d’Ossau. La ville et son château prennent une nouvelle dimension comme siège des souverains de Navarre au 16ème siècle, devenant un centre politique et intellectuel de premier plan. L’histoire de Pau est durablement marquée par la naissance du futur Henri IV en 1553 dans le château royal. Avec la fin de l’indépendance béarnaise en 1620, Pau perd de son influence mais reste à la tête d’une province largement autonome jusqu’à la Révolution.

[7] Poitiers est une commune du Centre-Ouest de la France, chef-lieu et siège de la préfecture du département de la Vienne. Capitale de la région culturelle et historique du Poitou En 1360, à la suite du traité de Brétigny, la ville, comme tout le Poitou, passe aux mains des Anglais. Du 22 au 25 septembre 1361, John Chandos, lieutenant du roi Édouard III d’Angleterre et connétable d’Aquitaine, chargé d’appliquer le traité dans les provinces cédées à l’Angleterre, prend possession de la ville et de son château. Le maire Jehan Barré lui en remet les clefs. Jean Chandos les lui rend, puis il reçoit les serments de fidélité au roi d’Angleterre des principales personnalités de la ville. Il met en place une nouvelle administration de la province, sous l’autorité de Guillaume de Felynton, chevalier anglais, comme sénéchal du Poitou. Le 7 août 1372, grâce à quelques bourgeois infiltrés dans la ville, du Guesclin se fait ouvrir les portes de Poitiers et reprend la ville aux Anglais par surprise. Pour consolider cette conquête militaire, Charles V par son édit de décembre 1372 accorde la noblesse au 1er degré aux maires de Poitiers. Poitiers est alors la première ville du royaume de France où une dignité devient anoblissante. Les maires étaient élus pour deux ans.

[8] La Compagnie des Indes orientales – plus précisément Compagnie française pour le commerce des Indes orientales – est une entreprise coloniale française crée par Colbert en 1664 dont l’objet était de « naviguer et négocier depuis le cap de Bonne-Espérance presque dans toutes les Indes et mers orientales », avec monopole du commerce lointain pour cinquante ans. Plus que sa rivale anglaise, elle forme une véritable puissance dans l’océan indien entre 1720 et 17401, puis devient centrale dans les grandes spéculations boursières sous Louis XVI. Sa création avait pour but de donner à la France un outil de commerce international avec l’Asie et de concurrencer les puissantes Compagnies européennes fondées au 17ème siècle, comme la Compagnie anglaise des Indes orientales et surtout la Compagnie hollandaise des Indes orientales. Cependant, la guerre d’usure avec les Hollandais puis le choc frontal avec les Anglais en Inde conduira à sa perte, après seulement un siècle d’existence.

[9] La révolution siamoise de 1688 est un soulèvement populaire majeur dans le royaume siamois d’Ayutthaya (actuelle Thaïlande) conduisant au renversement du roi siamois pro-français Narai. Phetracha, auparavant l’un des conseillers militaires de confiance de Narai, profite de la maladie du vieux Narai et tue l’héritier chrétien de Narai, ainsi qu’un certain nombre de missionnaires et l’influent ministre des Affaires étrangères de Narai, l’aventurier grec Constantin Phaulkon. Phetracha épouse ensuite la fille de Narai, monte sur le trône et poursuit une politique visant à évincer l’influence française et les forces militaires du Siam. L’une des batailles les plus importantes est le siège de Bangkok en 1688, lorsque des dizaines de milliers de forces siamoises passent quatre mois à assiéger une forteresse française dans la ville. À la suite de la révolution, le Siam rompt ses liens importants avec le monde occidental, à l’exception de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, jusqu’au XIXe siècle.

[10] Pondichéry ou Puducherry est une ville du Sud-Est de l’Inde, capitale du territoire de Pondichéry et principale ville du district de Pondichéry, enclavée au Tamil Nadu. Ce fut la capitale de l’Inde française.

[11] Le Bengale désigne aujourd’hui une zone géographique de l’est du sous-continent indien partagée entre l’Inde et le Bangladesh. Le nom de Bengale n’a pas recouvert exactement la même zone au fil des siècles. Cette zone recoupe également plus ou moins l’aire de distribution de la langue bengali. Au total, le Bengale historique couvre une superficie d’environ 250 000 kilomètres carrés, et de nos jours, l’État du Bangladesh recouvre plus de 50 % de la superficie du Bengale historique.

[12] Chandernagor est un des anciens Établissements français de l’Inde et le seul à être situé à l’intérieur des terres dans le territoire du Bengale. Les quatre autres comptoirs, dont Pondichéry, possédaient une façade maritime. En 1674, la Compagnie Française des Indes de l’Ouest envoie le gentilhomme Duplessis pour acheter un terrain, 20 arpents pour 401 roupies, ajouter une roupie à une somme porte chance en Inde sur le Hûghlî un bras du Gange. Il négocie avec Ibrahim Khan, le nabab du Bengale et construit un bâtiment, au nord de la ville actuelle. Mais bientôt, les Hollandais, installés à peu de distance, obtiennent, au moyen de cadeaux, les bonnes grâces du nabab et les Français abandonnent la zone, en 1677, pour manque de profit. Le deuxième contact a lieu en 1684, lorsqu’un vaisseau chargé de marchandises parti de Pondichéry à destination de l’île de Joncelang aujourd’hui l’île de Phuket en Thaïlande, est pris dans une tempête, se déroute et atteint le Hûghlî. Le marchand Bertrand qui était sur le bateau rentre à Pondichéry en 1685 et se voit confier la mission de retourner au Bengale. Il atteint Balasore, parcourt le pays et rend un rapport à la Compagnie Française des Indes de l’Ouest extrêmement favorable au commerce dans le Bengale.