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Eudocie Makrembolitissa 1021/1037-1096

samedi 23 mai 2026, par lucien jallamion

Eudocie Makrembolitissa (1021/1037-1096)

Seconde épouse de l’empereur byzantin [1] Constantin X Doukas . À la mort de celui-ci en 1067, elle devint régente et épousa l’année suivante le général Romain Diogène qui devint co-empereur sous le nom de Romain IV Diogène .

Lorsque ce dernier fut capturé par le sultan Alp Arslan, Michel Psellos et Jean Doukas organisèrent un coup d’État qui renversa Romain IV, proclama Michel VII Doukas empereur et relégua l’impératrice-mère dans un couvent.

Michel VII fut à son tour renversé par Nicéphore Botaniatès qui songea à épouser Eudocie, mais porta finalement son choix sur l’impératrice Marie d’Alanie, épouse de son prédécesseur. Eudocie dut se retirer à nouveau dans un couvent où elle mourut.


Fille de Jean Makrembolitès et d’une personne dont le nom est inconnu mais qui était la sœur du patriarche Michel Cérulaire . Elle était également cousine de Constantin Cérulaire .

Elle avait épousé avant 1050 Constantin X en 1059 et était devenue bassilissa [2]. Le couple eut 7 enfants dont l’un mourut en bas âge et 2, naquirent après que Constantin fut devenu empereur.

Au décès de son époux, le 22 mai 1067, Eudocie assuma la régence au nom du coempereur Michel. Bien que Michel VII ait atteint l’âge légal pour régner seul, sa faiblesse de caractère inspirait déjà des craintes. Sa mère continua à administrer l’empire en tant que basillissa, conseillée par le césar Jean Doukas, frère de Constantin X, et le premier conseiller de l’empereur défunt, Michel Psellos

C’est probablement pour préserver les droits au trône de son fils aîné que Constantin X avait fait prêter serment à son épouse devant le patriarche, le synode et le sénat [3] de ne jamais se remarier. Toutefois, la sécurité de l’empire était en jeu : d’une part, les Turcs seldjoukides [4] s’étaient emparés de Césarée [5] et avaient pillé la région d’Antioche [6], menaçant l’ensemble des possessions byzantines en Anatolie [7], d’autre part, les derniers empereurs et, particulièrement, Constantin X, avaient laissé l’armée byzantine, autrefois puissante, se dégrader.


Réalisant à quel point elle avait besoin d’un militaire capable de redresser l’armée et de faire face aux invasions turques, elle parvint à convaincre le patriarche Jean VIII Xiphilin de la délier de son serment et de se prononcer publiquement en faveur d’un 2ème mariage pour le salut de l’État.

Or, justement, le général Romain Diogène, alors gouverneur de Sardica [8], se trouvait en prison, accusé d’avoir voulu usurper le trône aux dépens de Michel et Constance. Issu d’une ancienne famille de l’aristocratie militaire alliée à la plupart des autres grandes familles d’Asie Mineure, grand propriétaire terrien en Cappadoce [9], Romain Diogène avait commencé sa carrière sur la frontière danubienne et avait rapidement gravi les échelons de la hiérarchie militaire avant de devenir gouverneur de Sardica. Elle fit alors venir Romain Diogène qui attendait de comparaître devant elle pour le prononcé de la sentence et l’informa que non seulement il était libre, mais encore qu’elle désirait l’épouser et en faire le protecteur de Michel et Constance. Le mariage eut lieu le 1er janvier 1068 et Romain Diogène fut immédiatement proclamé coempereur sous le nom de Romain IV. Deux héritiers mâles naquirent de cette union en rapide succession : Léon Diogène en 1069 et Nicéphore Diogène en 1070.


De 1068 à 1071, Romain IV conduisit une série d’opérations militaires qui réussirent à contenir les Turcs, mais non à les repousser hors des frontières. Sur le plan intérieur, l’empereur prit une série de mesures qui contribuèrent à le rendre impopulaire. Il ne semble pas que l’impératrice ait été très heureuse auprès de cet époux qui passait le plus clair de son temps à la guerre et l’éloignait de plus en plus du pouvoir.

Aussi, lorsque celui-ci fut capturé par le sultan Alp Arslan lors de la bataille de Manzikert en octobre 1071 [10], Eudocie reprit le pouvoir en compagnie de Michel VII sous le regard attentif du césar Jean Doukas et de Michel Psellos, précepteur de Michel VII. Alp Arslan ne garda toutefois Romain IV prisonnier que le temps de négocier un traité de paix dont l’une des clauses était le paiement d’une rançon de 1 500 000 nomismata payables immédiatement et de 360 000 nomismata payables annuellement. Un peu plus d’une semaine après sa capture, Romain put reprendre le chemin de Constantinople [11].

Mais lorsque l’on apprit dans la capitale que l’empereur n’était pas mort et que de surcroît il avait l’intention de reprendre le trône, Jean Doukas dépêcha une armée qui força Romain à se retirer dans la forteresse de Tyropoion et de là à Adana [12] en Cilicie [13]. Une seconde tentative sous le commandement d’ Andronic Doukas (fils du césar Jean Doukas) réussit à le capturer l’année suivante. Sur le chemin du retour, l’ex-empereur fut aveuglé sur ordre de Jean Doukas et exilé dans l’ile de Proti [14] sur la mer de Marmara [15].


À Constantinople, la confusion régnait. Si on s’entendait sur le fait que Romain ne devait pas reprendre le trône, on ne s’accordait pas sur la personne devant lui succéder. Certains auraient voulu voir Eudocie reprendre le pouvoir, d’autres favorisaient Michel, peut-être avec ses frères comme coempereurs. D’autres enfin penchaient en faveur de Jean Doukas.

Ce fut celui-ci qui prit la décision finale, non toutefois en sa propre faveur. Ses partisans étant trop peu nombreux, il fit le pari de soutenir le parti de Michel VII, jeune homme malléable qu’il pourrait aisément contrôler une fois sa mère éloignée. La garde varègue [16] lui étant acquise, il divisa celle-ci en deux groupes. Le premier, occupant le palais impérial, proclama Michel empereur, pendant que le deuxième s’emparait des appartements de l’impératrice et arrêtait celle-ci. L’impératrice fut ainsi contrainte de se retirer dans un couvent qu’elle avait fondé près de l’Hellespont [17] en l’honneur de la Théotokos [18]. Le même sort attendait la belle-sœur de l’ancien empereur Isaac Comnène. Michel VII fut officiellement couronné à Sainte-Sophie [19] par le patriarche ; la famille Doukas avait repris le pouvoir.


Le règne de Michel VII ne dura que quelques années de 1071 à 1078 et fut désastreux tant sur le plan intérieur qu’extérieur. En 1078, il fut contraint d’abdiquer et de laisser le trône à son frère Constance qui le transmit immédiatement à Nicéphore III Botaniatès, jusque-là stratège [20] du thème des Anatoliques [21].

Désireux de se donner une certaine légitimité, Nicéphore fit revenir Eudocie d’exil et offrit de l’épouser. Ce plan se heurta toutefois à l’opposition du césar Jean Doukas, toujours hostile à la noblesse militaire, et Nicéphore épousa plutôt l’impératrice Marie, la femme de son prédécesseur, bien que ce dernier fût encore en vie.

Eudocie se retira alors à nouveau et c’est comme religieuse qu’elle mourut peu de temps après l’accession au pouvoir d’Alexis 1er en 1081.


On a attribué à Eudocie un recueil historique et mythologique intitulé Ἰωνιά [22]. Il est préfacé d’une adresse à son époux, Romain Diogène et l’œuvre est décrite comme une collection généalogique de dieux, de héros et d’héroïnes, ainsi que de fables se rapportant à eux, compilée à partir des anciens et contenant diverses notes provenant de différents philosophes. Le recueil est maintenant considéré comme une compilation du 16ème siècle, faussement attribuée à Eudocie et dû à un contrefacteur, Constantin Palaeocappa , vers 1540, qui aurait puisé dansDiogène Laërce et la Souda [23].


De son premier mariage avec Constantin X Doukas, Eudocie eut 6 enfants.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Georges Ostrogorsky (trad. de l’allemand), Histoire de l’État byzantin, Paris, Payot, 1983, 649 p. (ISBN 2-228-07061-0).

Notes

[1] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[2] impératrice

[3] Le Sénat byzantin ou Sénat de l’Empire romain d’Orient était la réplique, à Constantinople, du Sénat de Rome. Il fut fondé au 4ème siècle par l’empereur Constantin lorsque la capitale de l’empire fut transférée de Rome à Constantinople et survécut jusqu’au 13ème siècle bien que ses pouvoirs, déjà limités au départ, aient pratiquement disparu à la fin.

[4] Les Seldjoukides, sont les membres d’une tribu turcique qui a émigré du Turkestan vers le Proche-Orient avant de régner sur l’Iran, puis sur un vaste domaine comprenant l’Irak actuel, et l’Asie Mineure, entre le milieu du 11ème siècle et la fin du 12ème siècle.

[5] Kayseri est une ville de Turquie, préfecture de la province du même nom, située dans la région de Cappadoce au pied du mont Erciyes. La ville se situe à 320 km de la capitale Ankara et 770 km d’Istanbul. Elle est anciennement connue sous le nom de Césarée de Cappadoce ou Mazaca.

[6] Antioche, ou Antioche-sur-l’Oronte afin de la distinguer des autres Antioche plus récentes, est une ville historique originellement fondée sur la rive gauche de l’Oronte dans la Syrie historique et qu’occupe la ville moderne d’Antakya, en Turquie. C’était l’une des villes d’arrivée de la route de la soie.

[7] L’Anatolie ou Asie Mineure est la péninsule située à l’extrémité occidentale de l’Asie. Dans le sens géographique strict, elle regroupe les terres situées à l’ouest d’une ligne Çoruh-Oronte, entre la Méditerranée, la mer de Marmara et la mer Noire, mais aujourd’hui elle désigne couramment toute la partie asiatique de la Turquie

[8] aujourd’hui Sofia , Bulgarie

[9] La Cappadoce est une région historique d’Asie Mineure située dans l’actuelle Turquie. Elle se situe à l’est de la Turquie centrale, autour de la ville de Nevşehir. La notion de « Cappadoce » est à la fois historique et géographique. Les contours en sont donc flous et varient considérablement selon les époques et les points de vue.

[10] La bataille de Manzikert eut lieu le 26 août 1071. L’armée byzantine de l’empereur Romain IV Diogène y fut mise en déroute par celle du sultan seldjoukide Alp Arslan près de la ville de Manzikert [ou Mantzikert], actuellement Malazgirt, en Turquie, au nord du lac de Van. Cette défaite fragilisa considérablement l’empire byzantin dans la région.

[11] onstantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[12] Adana est une ville de Turquie, préfecture de la province du même nom, située à 30 kilomètres de la côte méditerranéenne. La ville comprend quatre districts, Yüreğir, Çukurova, Sarıçam et Seyhan. Pour les Turcs, la ville est associée à la gastronomie, notamment le kebab, le şalgam suyu (jus de navet) et les oranges, un climat chaud et la culture du coton.

[13] La Cilicie est une région historique d’Anatolie méridionale et une ancienne province romaine située aujourd’hui en Turquie. Elle était bordée au nord par la Cappadoce et la Lycaonie, à l’ouest par la Pisidie et la Pamphylie, au sud par la mer Méditerranée et au sud-est par la Syrie. Elle correspond approximativement aujourd’hui à la province turque d’Adana, une région comprise entre les monts Taurus, les monts Amanos et la Méditerranée.

[14] Proté, aujourd’hui Proti (ou Prodano) est une île grecque, située au nord de Sphactérie, tout près de la côte de Messénie, face à Marathopoli. Elle est restée une île déserte (à l’exception d’un petit couvent), comme au temps de Thucydide, qui est, semble-t-il, le seul historien ancien qui en fasse mention.

[15] La mer de Marmara, autrefois appelée la Propontide, est une mer située entre l’Europe orientale et l’Asie Mineure et qui communique avec les Dardanelles au sud-ouest et le Bosphore au nord-est. Par ces détroits, elle constitue une mer transitoire entre la mer Égée (mer Méditerranée) et la mer Noire. La mer de Marmara s’étend sur une superficie de 11 500 km² et a une profondeur maximale de 1 261 mètres. Elle est bordée au nord et au sud par la Turquie et est située sur une faille responsable de nombreux et dramatiques séismes.

[16] La garde varangienne ou garde varègue formait un corps d’élite de l’armée byzantine. Les Varègues apparurent dans le monde byzantin en 839 quand l’empereur Théophile négocia avec eux pour obtenir quelques mercenaires pour son armée. Bien que les Rus’ eussent le plus souvent des relations pacifiques avec les Byzantins, les raids varègues depuis le nord n’étaient pas rares. Ces attaques eurent lieu en 860, 907, 911, 941, 945, 971 et finalement en 1043. Ces raids n’eurent d’autre succès qu’une renégociation des traités de commerce ; militairement, les Varègues étaient toujours vaincus par l’armée de Constantinople, qui utilisait le feu grégeois. La classe gouvernante des deux villes-États puissantes de Novgorod et Kiev finit par devenir varègue, et les Byzantins purent bientôt acheter les services d’une force mercenaire officielle, qui devint la garde varègue. Ceci advint en 988, quand le prince de Kiev, Vladimir 1er se convertit à l’orthodoxie. En échange de la main de la sœur de Basile II, Anne, Vladimir donna 6 000 Varègues comme garde personnelle. Cette unité, s’ajoutant à la liste des tagmata, fut l’un des éléments les plus efficaces et loyaux de l’armée byzantine, comme le rapporte la chronique d’Anne Comnène pendant le règne de son père Alexis 1er.

[17] Les anciens grecs désignaient le détroit sous le nom d’Hellēspontos qui fut latinisé en Hellespont. Le détroit des Dardanelles est un passage maritime reliant la mer Égée à la mer de Marmara. Originellement, le terme de Dardanelles et d’Hellespont désignait les régions situées de part et d’autre du détroit. Par extension, le mot désigne aujourd’hui le détroit lui-même. La possession de ce détroit, comme de celui du Bosphore, permet le contrôle des liaisons maritimes entre la mer Méditerranée et la mer Noire. Le détroit est long de 61 km, mais large de seulement 1,2 à 6 km, avec une profondeur maximale de 82 m pour une moyenne de 55 m.

[18] Mère de Dieu

[19] Ancienne église chrétienne de Constantinople du vie siècle, devenue une mosquée au 15ème siècle sous l’impulsion du sultan Mehmet II. Elle est édifiée sur la péninsule historique d’Istanbul. Depuis 1934, elle n’est plus un lieu de culte mais un musée. Depuis 2020 de nouveau une mosquée

[20] Dans l’Empire byzantin, à partir du 7ème siècle, un stratège est le commandant d’un thème et de son armée. Il est le détenteur des pouvoirs civils et militaires au sein de cette province.

[21] Les Anatoliques ou le thème des Anatoliques sont un thème de l’Empire byzantin situé en Asie Mineure (Turquie actuelle). Après la division de l’Opsikion au milieu du 8ème siècle, il devient le plus important des thèmes de l’empire. Le thème des Anatoliques, qui couvre les régions antiques de Lycaonie, de Pisidie, d’Isaurie, ainsi que des parties de celles de Phrygie et de Galatie abrite l’armée d’Orient (Anatolē), qui lui donne son nom. Sa capitale est vraisemblablement Amorium, en tout cas jusqu’à son sac par les Arabes en 838.

[22] Collection ou Champ de violettes

[23] La Souda est une encyclopédie grecque de la fin du 9ème siècle. C’est un ouvrage de référence, en particulier pour les citations, très souvent utilisé dans les travaux portant sur l’Antiquité.