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Sac de Rome en 390 av. jc

samedi 18 avril 2026, par lucien jallamion

Sac de Rome en 390 av. jc)

Le sac de Rome de 390 av. jc selon la chronologie varronienne ou 387 av. jc selon la chronologie grecque, est la conséquence de la victoire des Gaulois sénons [1] menés par Brennus sur les troupes romaines lors de la bataille de l’Allia [2], succès militaire leur permettant d’investir la ville et d’exiger des Romains vaincus le paiement d’une lourde rançon.

Il s’agit pour les Romains d’un des épisodes les plus traumatisants de leur histoire. Les annalistes et historiens antiques tels que Polybe, Tite-Live, Diodore de Sicile ou Plutarque, qui écrivent près de 4 siècles plus tard, témoignent de la profondeur de ce traumatisme.

Les récits de la bataille de l’Allia et du sac de Rome ont été écrits des siècles après les événements, et leur fiabilité est discutée par les historiens modernes, qui ont montré que certaines parties du récit tenaient de la mythologie, et d’autres de transferts de l’histoire grecque. Cette narration tardive peut également expliquer les écarts entre Tite-Live et Diodore de Sicile en ce qui concerne le sac de la ville.


Le sac de Rome s’inscrit dans le cadre des invasions gauloises du Nord de l’Italie qui est donc à ce moment-là une zone de combats récurrents, où les migrants transalpins se heurtent aux Étrusques [3] et aux Vénètes [4]. Il est possible que ces mouvements d’invasion soient liés au plus vaste conflit qui oppose les Syracusains [5], Grecs de Sicile, au monde étrusque. Ainsi, les Gaulois intervenant en Italie, bousculant les Étrusques sur leurs terres, agissent dans l’intérêt du tyran [6] syracusain Denys l’Ancien, ce dernier aurait donc pu les enrôler à dessein.


Des troupes sénones dirigées par le chef gaulois Brennus traversent les Apennins [7] et assiègent la ville étrusque de Clusium [8]. Selon la tradition la plus courante, les habitants de Clusium décident de requérir l’aide des Romains. Ces derniers entament des négociations avec les Gaulois pour finalement les rompre et s’engager au côté des forces de Clusium lors d’une attaque. Le comportement des ambassadeurs romains constitue pour les Gaulois un casus belli. S’ensuit un échange diplomatique entre Rome et les Gaulois, dans lequel ces derniers demandent réparation. Le Sénat romain, en repoussant cet ultimatum, provoque l’envoi d’une expédition punitive.

La situation à Rome

Quelques années auparavant, en 396 av.jc, les Romains se sont emparés de la cité étrusque rivale de Véies [9], augmentant considérablement la superficie des terres sous leur contrôle. Rome n’a donc jamais été aussi puissante, d’un point de vue militaire comme économique, et semble alors invincible. L’invasion gauloise met un terme temporairement à cette suprématie et à cette expansion, représentant pour Rome un des plus grands dangers auquel la ville a dû faire face jusqu’alors.

L’année précédente, la tradition a opportunément envoyé l’ancien dictateur [10] Camille en exil dans la ville d’Ardée [11], lui évitant ainsi de prendre part à la déroute romaine face aux Gaulois. À l’origine de cet exil se trouve une accusation de détournement d’une partie du butin conquis lors de la prise de Véies. Les Romains doivent ainsi composer en l’absence de leur meilleur général et homme politique.


Un premier affrontement oppose les troupes romaines et les troupes gauloises de Brennus sur les rives de l’Allia, à seulement 16 kilomètres au nord de Rome. Les effectifs en présence sont estimés à 15 000 hommes du côté des Romains et 30 000 hommes du côté des Gaulois. Les Romains sont rapidement submergés, en raison notamment de leur infériorité numérique, d’une mauvaise préparation des troupes qui ne connaissent pas la stratégie de guerre gauloise, et dont les choix tactiques seront déjoués par les Gaulois. Les survivants se réfugient essentiellement à Véies, seuls quelques-uns parviennent à revenir à Rome. La déroute totale de l’armée romaine laisse Rome sans défense, sachant que pour réunir la plus grande armée possible, les Romains ont été contraints de dégarnir les défenses de la ville. La facilité avec laquelle la victoire sera remportée étonne les Gaulois, qui se méfient et soupçonnent les Romains de leur tendre un piège. Ils s’avancent alors vers Rome, mais avec prudence.


Selon Tite-Live, après le désastre de l’Allia, réalisant que la situation est devenue désespérée, les Romains abandonnent toute idée de défendre Rome. Une des premières mesures prises par les autorités romaines est de mettre en sûreté les objets sacrés de la ville, sous la garde des vestales [12] et des flamines [13]. Ils sont envoyés à Cæré [14], cité étrusque alliée, sous le commandement du plébéien [15] Lucius Albinius, accompagné d’une partie de la population romaine.


Pour ceux qui restent à Rome, il est décidé que tous les hommes en âge de se battre ainsi que les sénateurs dans la force de l’âge, accompagnés de leurs épouses et de leurs enfants, doivent se retrancher dans la citadelle de l’Arx [16] et sur le Capitole [17], positions fortifiées plus faciles à défendre. Les magistrats les plus âgés prononcent la formule de la devotio [18], par laquelle ils acceptent de se sacrifier et d’attendre l’arrivée des Gaulois, vouant leur propre personne et les ennemis aux dieux infernaux.

Les Gaulois entrent dans Rome 3 jours après la défaite romaine sur l’Allia. N’étant pas équipés de machines de siège, les Gaulois établissent le siège autour du Capitole et se mettent rapidement à piller le reste de la ville. Selon Tite-Live, le signal du pillage aurait été donné par une altercation entre un certain Marcus Papirius et un guerrier gaulois. Pour se défendre du guerrier qui lui tire la barbe, le Romain lui assène un coup sur la tête avec son sceptre d’ivoire, ce qui déclenche le massacre. Les Gaulois brûlent Rome et tuent les habitants demeurés sur place.


Camille, qui a échappé au désastre de l’Allia, tenu au courant des événements depuis Ardée, où il se trouve en exil, commence à rassembler une armée de secours, avec les survivants de l’Allia qui se sont retranchés dans Véies. Malgré leur défaite récente, ces derniers ont lancé des attaques contre des pillards étrusques venus rôder autour de Rome pour profiter de la situation.

Pendant ce temps, à Rome, les assiégeants gaulois tentent un assaut sur la citadelle romaine, mais l’attaque est repoussée. Plutarque ne mentionne pas clairement cet assaut. Les Gaulois semblent alors renoncer à mener une attaque frontale, et se préparent à un long siège. Toutefois, les Gaulois tentent un second assaut sous le couvert de la nuit. Celui-ci aurait été déjoué grâce aux oies sacrées de Junon [19], qui, par leurs cris, auraient éveillé l’attention de Marcus Manlius. Ce dernier empêche les assaillants de prendre pied au sommet de la colline, méritant ainsi le surnom de Capitolinus.

Durant le siège, le jeune pontife [20] Caius Fabius Dorsuo se fait également remarquer en n’hésitant pas à quitter le refuge du Capitole, traverser les lignes ennemies et rejoindre le Quirinal [21] pour y célébrer une cérémonie familiale. Les Gaulois, pris de stupeur face à cet acte de courage et de piété, l’auraient laissé passer. Les épisodes de Manlius et Fabius Dorsuo sont considérés aujourd’hui comme légendaires et sont l’occasion pour les auteurs antiques de mêler les dieux au conflit, et de montrer clairement qu’ils offrent leurs faveurs aux Romains.


Après 7 mois de siège, en proie à la famine, les assiégés finissent par négocier leur reddition contre le paiement d’une rançon fixée selon la tradition à 1 000 livres d’or, soit 330 kilogrammes. Le caractère peu glorieux de cet épisode est en partie atténué dans le récit traditionnel par l’attitude avide et provocante que les historiens antiques prêtent aux Gaulois et à leur chef Brennus. Lors de la pesée de la rançon, les Gaulois auraient utilisé des poids truqués. Aux protestations romaines, Brennus aurait répondu de manière éloquente en ajoutant son épée aux poids incriminés, se justifiant du droit des vainqueurs par la phrase Vae victis [22].

Les matrones sont contraintes de sacrifier leurs bijoux afin de payer la rançon, geste qui leur vaudra l’autorisation de se servir du chariot lourd [23] à l’occasion des fêtes.

Selon l’historien grec Polybe, ce sont les Gaulois qui négocient la levée du siège car les Vénètes envahissent leurs terres d’origine en Gaule cisalpine [24]. Pour Tite-Live, c’est une épidémie de peste qui contraint les Gaulois à interrompre le siège et à se retirer de Rome.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Dominique Briquel, La prise de Rome par les Gaulois, lecture mythique d’un événement historique, Paris, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2008, 450 p. (ISBN 978-2-84050-580-8).

Notes

[1] Les Sénons étaient un des nombreux peuples celtes basés en Gaule. Ils occupaient la région du Sénonais, s’étendant sur une partie des départements actuels de l’Yonne et de Seine-et-Marne. Ils donnèrent leur nom à la ville de Sens qui était leur capitale sous le nom d’Agendicum. Durant le Haut Empire, la cité des Sénons faisait partie de la province de Gaule lyonnaise.

[2] La bataille de l’Allia se déroule le 18 juillet 390/389 selon la chronologie varronienne ou 387/386 av. jc selon la chronologie grecque et oppose les Gaulois Sénons de Brennus aux troupes de la République romaine sur les rives de l’Allia, un affluent du Tibre, à seulement 16 kilomètres de Rome. Les Gaulois remportent une victoire écrasante qui leur ouvre la route de Rome. Les Romains ont tout juste le temps de mettre en sûreté à Cæré les vestales et les flamines qui emportent les objets sacrés. Quelques jours plus tard, Rome est investie par les Gaulois et mise à sac.

[3] L’Étrurie était le territoire des Étrusques. Il correspond à l’actuelle Toscane, s’étendant durant la période de son expansion maximum, au-delà de l’Apennin tosco-émilien jusqu’à la plaine du Pô et son embouchure, à Hadria, port antique qui donna son nom à la Mer Adriatique. Au sud, le territoire étrusque s’étendait au-delà de Rome (comprise), jusqu’à Capoue

[4] Les Vénètes sont un des peuples de Gaule celtique. Leur territoire occupait approximativement le royaume du Bro Waroch créé plus tard, au 5ème siècle, futur pays de Vannes et département du Morbihan. Le peuple des Vénètes, dont la capitale se situa probablement à Locmariaquer jusqu’au 1er siècle av. J.-jc, est notamment connu parce que cité par Jules César dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules en tant que peuple rebelle à l’empire romain.

[5] Syracuse fut fondée au 8ème siècle av. jc par des colons grecs venant de Corinthe. Elle est aujourd’hui la principale ville de la province de Syracuse. Cicéron la présenta comme la plus grande et la plus belle des villes grecques.

[6] Dans la Grèce antique, un tyran était un homme qui disposait d’un pouvoir assuré par la force ; ce pouvait être un ancien magistrat, parfois même un esclave, arrivé au pouvoir après un coup d’État, par ruse plus que par violence. Les tyrans ne prirent jamais officiellement le titre de tyran, et il n’y eut pas de titre général et officiel pour les désigner, c’est pourquoi on leur donne le nom dont leurs ennemis les stigmatisaient.

[7] Les Apennins (ou l’Apennin) sont une chaîne de montagnes de la ceinture alpine qui parcourent l’Italie et Saint-Marin sur mille kilomètres du nord au sud, à travers quinze des vingt régions italiennes.

[8] auj. Chiusi

[9] Puissante cité étrusque située à la frontière sud de l Étrurie, dans la campagne falisque, à 16 km au nord de Rome sur le territoire de la commune de Formello. Elle était considérée comme la plus riche des villes de la Ligue étrusque.

[10] Le dictateur est, durant la République romaine, un magistrat extraordinaire qui détient les pleins pouvoirs (imperium) pour un mandat qui ne peut, à l’origine, excéder six mois. Selon la tradition, le titre a été institué en 501 av. jc pour répondre à une situation d’urgence militaire, mais un magister populi (littéralement « maître du peuple ») existe déjà sous la Royauté romaine.

[11] Ardea (en français Ardée) est une ville italienne, située dans la ville métropolitaine de Rome Capitale dans la région Latium en Italie centrale.

[12] Une vestale est une prêtresse de la Rome antique dédiée à Vesta, divinité italique dont le culte est probablement originaire de Lavinium et qui fut ensuite assimilée à la déesse grecque Hestia. Le nombre des vestales en exercice a varié de quatre à sept. Choisies entre 6 et 10 ans, elles accomplissaient un sacerdoce de trente ans durant lequel elles veillaient sur le foyer public du temple de Vesta situé dans le Forum romain. Durant leur sacerdoce, elles étaient vouées à la chasteté, symbole de la pureté du feu.

[13] Les flamines (singulier flamen en latin) sont des prêtres romains voués au culte d’un seul dieu. Sous la République, ils sont au nombre de 15 (3 flamines majeurs et 12 flamines mineurs), choisis pour certains par le grand pontife, élus par la plèbe pour d’autres. Ils vouent alors leur vie à un dieu particulier. Ils jouissaient d’un grand prestige, mais étaient l’objet de nombreux interdits. Le flaminat désigne la dignité de flamine. Avec l’apparition du culte impérial, le nombre de flamines se multiplie à Rome et dans les municipalités de l’Empire. La montée du christianisme ne provoque pas la disparition des flamines, qui subsistent localement même après la chute de l’Empire romain d’Occident. Les flamines conservaient chez eux la flamme sacrée, symbole de leur fonction.

[14] Cerveteri est une commune de la ville métropolitaine de Rome Capitale dans le Latium en Italie. C’est l’antique cité étrusque de Chisra ou Cisra (Cære pour les Romains). Elle est connue pour ses tombeaux étrusques, principalement regroupés dans la nécropole de Banditaccia – dont la remarquable « tombe des Reliefs ».

[15] La plèbe est une partie du peuple (populus) romain, c’est-à-dire les citoyens romains, distincts des esclaves. La plèbe ou les plébéiens se définit par opposition aux patriciens. Dans le langage courant, la plèbe désigne le peuple par opposition aux élites de pouvoir.

[16] La colline de l’Arx est la partie nord-est de la colline du Capitole, séparée de la partie méridionale, du Capitolium proprement dit, par une dépression, l’intermontum. Cette partie nord de la colline est aussi nommée l’Arx Capitolin. Elle s’élève à environ 48 mètres au-dessus du niveau de la mer, et sa surface couvre approximativement un hectare. L’Arx est l’endroit le mieux protégé de Rome, d’où l’on pouvait guetter l’arrivée d’éventuels ennemis. La citadelle s’appuyait sur un roc taillé à pic. Les Sabins s’en emparèrent grâce à la trahison de Tarpeia (d’où le nom de la roche Tarpéienne, d’où étaient jetés certains condamnés à mort), mais elle est restée inviolée lors de l’invasion des Gaulois de Brennus : une légende raconte que les oies du temple de Junon Moneta réveillèrent Marcus Manlius Capitolinus, qui empêcha les Gaulois de s’emparer du site, dernier bastion de la résistance romaine. Quand l’armée était convoquée, un étendard rouge flottait sur la citadelle. D’autre part, l’Arx était le lieu où officiaient les Augures, ils prenaient les auspices depuis l’Auguraculum. On y cueillait les herbes sacrées nécessaires pour les rites des Fétiaux. Mais le seul sanctuaire important de l’Arx était le temple de Junon Moneta, à l’emplacement précis duquel s’élève aujourd’hui la basilique Santa Maria in Aracoeli, sur le Capitole, ainsi que l’atelier monétaire installé à côté, lui devant son nom. Elle préserva une importance militaire jusqu’au 1er siècle av. jc, bien qu’il n’y ait jamais eu de garnison permanente.

[17] Le Capitole est l’une des sept collines de Rome. C’est le centre religieux de la ville avec le temple consacré à la triade Jupiter, Junon et Minerve. Par extension chaque cité romaine se doit d’avoir son Capitole.

[18] La devotio était, sous la Rome antique, une forme spéciale de vœu, par lequel il est fait abandon aux dieux infernaux de personnes ou de choses expressément désignées, sans que l’auteur du vœu se charge d’accomplir lui-même la consécration ou sacrifice des personnes et choses « dévouées »

[19] Oies du Capitole désigne un événement historique mythifié, dans lequel des oies ont donné l’alerte contre une attaque nocturne gauloise. Présents dans la plaine du Pô depuis le 6ème siècle av. jc, où ils ont fondé Milan, des Gaulois font une incursion au sud et mettent Rome à sac et l’incendient. Des Romains sont réfugiés dans la citadelle du Capitole que les Gaulois tentent, en 390 av. jc selon Tite-Live, de prendre par surprise, de nuit. Des oies donnent l’alerte et sauvent temporairement le peuple romain.

[20] Le terme pontife, du latin pontifex, est utilisé dans la Rome antique pour désigner les membres de l’un des quatre collèges sacerdotaux de la religion romaine, le collège pontifical.

[21] Le Quirinal est la plus élevée et la plus septentrionale des sept collines de Rome. Il est situé de nos jours dans le rione de Trevi.

[22] Vae victis est une expression latine signifiant « Malheur aux vaincus », prononcée par le chef gaulois Brennos (ou Brennus), qui avait vaincu Rome. De nos jours, cette expression s’emploie pour rappeler que le vaincu est à la merci du vainqueur, surtout pendant les négociations qui suivent le combat.

[23] pilentum

[24] La Gaule cisalpine est la partie de la Gaule qui couvrait l’Italie du Nord. Elle était ainsi nommée par les Romains en raison de sa position en-deçà des Alpes (par opposition à la Gaule transalpine, s’étendant au-delà).