Le sac de Rome de 390 av. jc selon la chronologie varronienne ou 387 av. jc selon la chronologie grecque, est la conséquence de la victoire des Gaulois sénons [1] menés par Brennus sur les troupes romaines lors de la bataille de l’Allia [2], succès militaire leur permettant d’investir la ville et d’exiger des Romains vaincus le paiement d’une lourde rançon.
Il s’agit pour les Romains d’un des épisodes les plus traumatisants de leur histoire. Les annalistes et historiens antiques tels que Polybe, Tite-Live, Diodore de Sicile ou Plutarque, qui écrivent près de 4 siècles plus tard, témoignent de la profondeur de ce traumatisme.
Les récits de la bataille de l’Allia et du sac de Rome ont été écrits des siècles après les événements, et leur fiabilité est discutée par les historiens modernes, qui ont montré que certaines parties du récit tenaient de la mythologie, et d’autres de transferts de l’histoire grecque. Cette narration tardive peut également expliquer les écarts entre Tite-Live et Diodore de Sicile en ce qui concerne le sac de la ville.
Le sac de Rome s’inscrit dans le cadre des invasions gauloises du Nord de l’Italie qui est donc à ce moment-là une zone de combats récurrents, où les migrants transalpins se heurtent aux Étrusques [3] et aux Vénètes [4]. Il est possible que ces mouvements d’invasion soient liés au plus vaste conflit qui oppose les Syracusains [5], Grecs de Sicile, au monde étrusque. Ainsi, les Gaulois intervenant en Italie, bousculant les Étrusques sur leurs terres, agissent dans l’intérêt du tyran [6] syracusain Denys l’Ancien, ce dernier aurait donc pu les enrôler à dessein.
Des troupes sénones dirigées par le chef gaulois Brennus traversent les Apennins [7] et assiègent la ville étrusque de Clusium [8]. Selon la tradition la plus courante, les habitants de Clusium décident de requérir l’aide des Romains. Ces derniers entament des négociations avec les Gaulois pour finalement les rompre et s’engager au côté des forces de Clusium lors d’une attaque. Le comportement des ambassadeurs romains constitue pour les Gaulois un casus belli. S’ensuit un échange diplomatique entre Rome et les Gaulois, dans lequel ces derniers demandent réparation. Le Sénat romain, en repoussant cet ultimatum, provoque l’envoi d’une expédition punitive.
La situation à Rome
Quelques années auparavant, en 396 av.jc, les Romains se sont emparés de la cité étrusque rivale de Véies [9], augmentant considérablement la superficie des terres sous leur contrôle. Rome n’a donc jamais été aussi puissante, d’un point de vue militaire comme économique, et semble alors invincible. L’invasion gauloise met un terme temporairement à cette suprématie et à cette expansion, représentant pour Rome un des plus grands dangers auquel la ville a dû faire face jusqu’alors.
L’année précédente, la tradition a opportunément envoyé l’ancien dictateur [10] Camille en exil dans la ville d’Ardée [11], lui évitant ainsi de prendre part à la déroute romaine face aux Gaulois. À l’origine de cet exil se trouve une accusation de détournement d’une partie du butin conquis lors de la prise de Véies. Les Romains doivent ainsi composer en l’absence de leur meilleur général et homme politique.
Un premier affrontement oppose les troupes romaines et les troupes gauloises de Brennus sur les rives de l’Allia, à seulement 16 kilomètres au nord de Rome. Les effectifs en présence sont estimés à 15 000 hommes du côté des Romains et 30 000 hommes du côté des Gaulois. Les Romains sont rapidement submergés, en raison notamment de leur infériorité numérique, d’une mauvaise préparation des troupes qui ne connaissent pas la stratégie de guerre gauloise, et dont les choix tactiques seront déjoués par les Gaulois. Les survivants se réfugient essentiellement à Véies, seuls quelques-uns parviennent à revenir à Rome. La déroute totale de l’armée romaine laisse Rome sans défense, sachant que pour réunir la plus grande armée possible, les Romains ont été contraints de dégarnir les défenses de la ville. La facilité avec laquelle la victoire sera remportée étonne les Gaulois, qui se méfient et soupçonnent les Romains de leur tendre un piège. Ils s’avancent alors vers Rome, mais avec prudence.
Selon Tite-Live, après le désastre de l’Allia, réalisant que la situation est devenue désespérée, les Romains abandonnent toute idée de défendre Rome. Une des premières mesures prises par les autorités romaines est de mettre en sûreté les objets sacrés de la ville, sous la garde des vestales [12] et des flamines [13]. Ils sont envoyés à Cæré [14], cité étrusque alliée, sous le commandement du plébéien [15] Lucius Albinius, accompagné d’une partie de la population romaine.
Pour ceux qui restent à Rome, il est décidé que tous les hommes en âge de se battre ainsi que les sénateurs dans la force de l’âge, accompagnés de leurs épouses et de leurs enfants, doivent se retrancher dans la citadelle de l’Arx [16] et sur le Capitole [17], positions fortifiées plus faciles à défendre. Les magistrats les plus âgés prononcent la formule de la devotio [18], par laquelle ils acceptent de se sacrifier et d’attendre l’arrivée des Gaulois, vouant leur propre personne et les ennemis aux dieux infernaux.
Les Gaulois entrent dans Rome 3 jours après la défaite romaine sur l’Allia. N’étant pas équipés de machines de siège, les Gaulois établissent le siège autour du Capitole et se mettent rapidement à piller le reste de la ville. Selon Tite-Live, le signal du pillage aurait été donné par une altercation entre un certain Marcus Papirius et un guerrier gaulois. Pour se défendre du guerrier qui lui tire la barbe, le Romain lui assène un coup sur la tête avec son sceptre d’ivoire, ce qui déclenche le massacre. Les Gaulois brûlent Rome et tuent les habitants demeurés sur place.
Camille, qui a échappé au désastre de l’Allia, tenu au courant des événements depuis Ardée, où il se trouve en exil, commence à rassembler une armée de secours, avec les survivants de l’Allia qui se sont retranchés dans Véies. Malgré leur défaite récente, ces derniers ont lancé des attaques contre des pillards étrusques venus rôder autour de Rome pour profiter de la situation.
Pendant ce temps, à Rome, les assiégeants gaulois tentent un assaut sur la citadelle romaine, mais l’attaque est repoussée. Plutarque ne mentionne pas clairement cet assaut. Les Gaulois semblent alors renoncer à mener une attaque frontale, et se préparent à un long siège. Toutefois, les Gaulois tentent un second assaut sous le couvert de la nuit. Celui-ci aurait été déjoué grâce aux oies sacrées de Junon [19], qui, par leurs cris, auraient éveillé l’attention de Marcus Manlius. Ce dernier empêche les assaillants de prendre pied au sommet de la colline, méritant ainsi le surnom de Capitolinus.
Durant le siège, le jeune pontife [20] Caius Fabius Dorsuo se fait également remarquer en n’hésitant pas à quitter le refuge du Capitole, traverser les lignes ennemies et rejoindre le Quirinal [21] pour y célébrer une cérémonie familiale. Les Gaulois, pris de stupeur face à cet acte de courage et de piété, l’auraient laissé passer. Les épisodes de Manlius et Fabius Dorsuo sont considérés aujourd’hui comme légendaires et sont l’occasion pour les auteurs antiques de mêler les dieux au conflit, et de montrer clairement qu’ils offrent leurs faveurs aux Romains.
Après 7 mois de siège, en proie à la famine, les assiégés finissent par négocier leur reddition contre le paiement d’une rançon fixée selon la tradition à 1 000 livres d’or, soit 330 kilogrammes. Le caractère peu glorieux de cet épisode est en partie atténué dans le récit traditionnel par l’attitude avide et provocante que les historiens antiques prêtent aux Gaulois et à leur chef Brennus. Lors de la pesée de la rançon, les Gaulois auraient utilisé des poids truqués. Aux protestations romaines, Brennus aurait répondu de manière éloquente en ajoutant son épée aux poids incriminés, se justifiant du droit des vainqueurs par la phrase Vae victis [22].
Les matrones sont contraintes de sacrifier leurs bijoux afin de payer la rançon, geste qui leur vaudra l’autorisation de se servir du chariot lourd [23] à l’occasion des fêtes.
Selon l’historien grec Polybe, ce sont les Gaulois qui négocient la levée du siège car les Vénètes envahissent leurs terres d’origine en Gaule cisalpine [24]. Pour Tite-Live, c’est une épidémie de peste qui contraint les Gaulois à interrompre le siège et à se retirer de Rome.