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Spytihněv 1er de Bohême

mercredi 11 février 2026, par lucien jallamion

Spytihněv 1er de Bohême (vers 875- 915)

2ème duc de Bohême de 894 jusqu’à sa mort

Issu de la dynastie des Přemyslides [1]. Fils aîné du duc Bořivoj 1er de Bohême , le premier souverain chrétien de Bohême, et de son épouse sainte Ludmila. À la mort de son père vers 889, Spytihněv est encore un enfant et le duché revint sous la juridiction du princeSvatopluk 1er, seigneur de la Grande-Moravie [2]. Spytihněv profite de l’anarchie qui suit la mort de son suzerain en 894 pour prendre le pouvoir et succéder à son père.

Peu après, la Bohême se détache de la Grande-Moravie et se rapproche de la Francie orientale [3], et tout particulièrement de la Bavière [4] voisine. Selon les Annales de Fulda [5], Spytihněv participe avec Viteslav représentant la dynastie des Slavnikides [6] en Bohême orientale [7] à la diète de Ratisbonne [8] en juillet 895 et prêta serment de fidélité au roi franc Arnulf. En même temps, il soumet l’Église de Prague au diocèse de Ratisbonne [9]. En 900, les armées de Bohême et de Bavière menaient une campagne contre les forces du prince Mojmír II , fils de Svatopluk 1er ; enfin, un accord a été conclu au cours de l’année suivante.

Après le décès d’Arnulf en 899, les Hongrois sous leur grand-prince Árpád menacent la frontière orientale du pays ; néanmoins, les forces de Spytihněv ont été en mesure de garder des envahisseurs à distance, même après que les Magyars [10] écrasèrent la Grande Moravie et mettent les forces de Léopold de Bavière en déroute dans la bataille de Presbourg en 907 [11]. Il profite au contraire des difficultés du roi Conrad 1er de Germanie, notamment avec les nobles lotharingiens [12] menés par le comte Régnier de Hainaut, pour refuser de payer le tribut. Pendant son règne, les Přemyslides ont su s’imposer comme la famille dominante en Bohême centrale.

Homme pieux comme son père, Spytihněv propage le christianisme. L’église Notre-Dame au château de Prague [13] édifiée par son père Bořivoj 1er de Bohême reçoit son tombeau et celui de son épouse. Son successeur, selon la règle du séniorat [14] en vigueur dans la dynastie, est son frère cadetVratislav, père du saint patron de la République tchèque, Venceslas 1er.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Francis Dvornik, Les Slaves histoire, civilisation de l’Antiquité aux débuts de l’Époque contemporaine, Paris, éditions du Seuil, 1970

Notes

[1] Les Přemyslides forment une dynastie princière puis royale qui a régné sur la Bohême et la Moravie du 9ème siècle/11ème siècle à 1306 et sur la Pologne de 1300 à 1306 ainsi que sur des duchés en Silésie jusqu’en 1521

[2] La Grande-Moravie était un royaume slave. De 833 jusqu’au début du 10ème siècle, il s’étendit sur les territoires des actuelles Tchéquie, Allemagne orientale, Slovaquie et Hongrie nord-occidentale, le sud de la Pologne avec la région de Cracovie et l’ouest de l’Ukraine avec la Galicie. Le premier usage du terme « Grande-Moravie » remonte à l’ouvrage de Constantin VII Porphyrogénète De Administrando Imperio (écrit vers 950). Le terme « Moravia » renvoyait non seulement à la région correspondant à l’actuelle Moravie mais aussi aux territoires autour de la rivière Morava ou de sa capitale appelée Morava, dont l’emplacement reste actuellement inconnu (peut-être se trouve-t-elle sous une grande ville actuelle telle Brno, Nitra ou Bratislava).

[3] La Francie orientale est la partie orientale de l’empire carolingien partagé lors du traité de Verdun en 843. Elle échoit à Louis le Germanique. Ce royaume comprenait la part orientale de l’ancienne Austrasie, la Saxe, la Thuringe et la Bavière. Le royaume des Francs orientaux ne gardera que sous les Carolingiens le nom de Francie qui sera dès l’origine également utilisé pour désigner deux régions : l’une originellement peuplée de Francs, la Francie du Rhin ou Lotharingie (« Rheinfranken »), l’autre colonisée par eux, la Francie du Main, ou Franconie (« Mainfranken »).

[4] Le duché de Bavière est une ancienne principauté allemande qui fut membre du Saint-Empire romain germanique puis rattaché à l’Électorat de Bavière. Sa capitale était la ville de Munich. Vers l’an 600, le territoire de l’actuel État libre de Bavière était occupé par trois tribus : les Baiern, qui ont donné leur nom au pays (Bavière se dit Bayern en allemand), les Francs et les Suèves. Tandis que l’actuelle Bavière du Nord tombait sous la souveraineté des Francs, les Alamans et les Bavarois formaient, au sud, des territoires souverains séparés par la rivière Lech. À ses débuts, le duché de Bavière s’étendait loin vers l’est et le sud, jusqu’à la Carinthie actuelle, en Basse-Autriche et en Haute-Italie. Mais le cœur du pays se situait sur le Danube. Aux 10ème et 12ème siècles, ces territoires ont donné naissance aux duchés de Bavière, de Carinthie et d’Autriche. Le principal siège ducal était Ratisbonne.

[5] Les Annales de Fulda comptent parmi les grands ensembles d’annales de l’époque carolingienne. Composées dans le royaume de Francie orientale, elles existent en versions en partie différentes et couvrent au maximum la période allant de 715 à 901. À partir de 830, elles font pendant aux Annales de Saint-Bertin, de Francie occidentale, et aussi à la Chronique de Réginon de Prüm.

[6] Les Slavniks ou Slavnikides était une dynastie du duché de Bohême au cours du 10ème siècle. Le centre de la principauté semi-indépendante était le gord de Libice, situé à la confluence des rivières Cidlina et Elbe. Les Slavníks rivalisèrent avec la dynastie des Přemyslides pour le contrôle de la Bohême et finirent par succomber à eux après le massacre des Slavníks en 995, leur membre le plus notable étant saint Adalbert de Prague. Il existe un débat académique sur la question de savoir si la dynastie peut être identifiée aux Croates blancs.

[7] La Bohême est une région historique d’Europe centrale, actuellement l’une des composantes de la Tchéquie avec la Moravie et une petite fraction de la Silésie. Elle tire son nom français des Celtes boïens et du germanique heim (ancien français ham ou hameau).

[8] Ratisbonne, est une ville allemande, située dans le Land de Bavière et baignée par le Danube. Elle est située à 88 kilomètres de Nuremberg et à 103 kilomètres de Munich, proche de la République tchèque. La ville est le chef-lieu du district du Haut Palatinat et du Landkreis de Regensburg. Après des troubles intérieurs en 1500, le Roi des Romains et futur empereur Maximilien 1er intervint et appliqua une constitution (la Regimentsordnung) à la ville. Modifiée en 1514, elle reste formellement valable jusqu’en 1803. En 1519, lors d’un pogrom, la communauté juive, la plus grande d’Allemagne à l’époque, fut chassée de la ville. Les habitants profitèrent de la transition de pouvoir après la mort de Charles Quint pour détruire l’ancien quartier juif.

[9] Le diocèse de Ratisbonne est un diocèse catholique d’Allemagne, situé en Basse Bavière. Il a son siège à la cathédrale Saint-Pierre de Ratisbonne, et est suffragant de l’archidiocèse de Munich et Freising. Créé en 739 par saint Boniface, il constitua une principauté ecclésiastique du Saint Empire romain germanique et resta suffragant de l’ancien archidiocèse de Salzbourg, jusqu’à ce qu’il fut médiatisé en 1803.

[10] Les Magyars ou Hongrois sont à l’origine un groupe ethno-linguistique finno-ougrien originaire d’Asie centrale et dont les migrations successives, d’abord vers l’Oural, ensuite vers la mer Noire (pays d’Etelköz, l’actuelle Ukraine) ont finalement abouti à la création du « pays magyar » (Magyarország), c’est-à-dire la Hongrie. Des débats historiographiques récurrents évoquent l’existence de « Magyars orientaux » (keleti Magyarok) dans le Caucase et en Asie centrale. De nos jours, le qualificatif « magyar » est souvent utilisé comme un ethnonyme, pour désigner la catégorie ethnique dans son sens historique (avant la création de l’État hongrois) ou dans son sens socio-culturel, pour désigner les Magyars d’outre-frontières, à savoir les minorités de langue hongroise dans les pays frontaliers de la Hongrie. En hongrois, le qualificatif magyar est également utilisé dans un sens politique, pour désigner tout ce qui est relatif à la Hongrie comme État-nation moderne et par extension tous les citoyens hongrois, quelles que soient leurs origines socio-culturelles.

[11] La bataille de Presbourg ou bataille de Pressburg se déroula à partir du 4 juillet 907 entre les Magyars et les Francs orientaux. Elle dura trois jours.

[12] La Lotharingie désigne le royaume de Lothaire II du latin Lotharii Regnum, arrière-petit-fils de Charlemagne. Il fut constitué en 855. Après sa mort, elle fut l’enjeu de luttes entre les royaumes de Francie occidentale et de Francie orientale, avant d’être rattachée au Saint Empire romain germanique en 880. Il devint un duché au début du 10ème siècle. Dans la deuxième moitié du 10ème siècle, le duché fut scindé en un duché de Basse Lotharingie et un duché de Haute Lotharingie, qui deviendra la Lorraine.

[13] Le château de Prague est le château fort où les rois de Bohême, les empereurs du Saint-Empire romain germanique, les présidents de la République tchécoslovaque, puis de la Tchéquie, siègent ou ont siégé. Les joyaux de la couronne de Bohême y sont conservés. Le Livre Guinness des records l’a classé comme étant le plus grand château ancien du monde ; il a en effet une emprise au sol de 570 mètres de long sur 130 de large. Situé sur la colline d’Opyš et dominant la Vieille Ville de Prague et Malá Strana, cet ensemble monumental émerge d’une couronne de jardins et de toits et déploie sa longue façade horizontale d’où jaillissent les tours de la cathédrale Saint-Guy et de la basilique Saint-Georges.

[14] Le séniorat est, en droit des successions, une loi coutumière appliquée par la plupart des dynasties magyares et slaves du haut Moyen Âge, selon laquelle la couronne va au membre le plus âgé et/ou le plus compétent de la famille régnante. Le successeur est habituellement désigné du vivant du roi en exercice. Cela a donné lieu à des querelles intestines sanglantes qui ont décimé la dynastie Piast en Pologne, des Árpád en Hongrie, les Riourikides du Rus’ de Kiev et celle des Přemyslides en Bohême, ce qui explique qu’il a été habituellement remplacé par la primogéniture. La succession de la dynastie ottomane est devenue une succession par séniorat à partir du règne du sultan Soliman II. Cette règle est toujours en vigueur au sein des prétendants au trône de la dynastie déchue. À partir de la mort du roi Abdelaziz en 1953, la succession de la dynastie saoudienne était régie par la règle de séniorat. Cette règle a pris fin en pratique avec la déchéance du prince héritier Moukrine en 2015 au profit de son neveu.