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Anastase le Bibliothécaire

dimanche 8 février 2026, par lucien jallamion

Anastase le Bibliothécaire (vers 815-880)

Moine et lettré important

Abbé de Sainte-Marie du Trastévère [1] sous le pape Nicolas 1er, puis bibliothécaire du pape sous le pape Adrien II. Il donne d’importantes traductions à partir du grec.

Il est identifié, selon le récit d’Hincmar de Reims dans les Annales de Saint-Bertin [2] de 868, à l’antipape Anastase III, élu en 855 contre Benoît III.


Il est un neveu d’ Arsène évêque d’Orte et légat pontifical [3].

Anastase apprend le grec des moines byzantins [4] et a une éducation peu commune pour son époque, puisqu’il semble être l’ecclésiastique le plus érudit de Rome du 9ème siècle.

Pendant le pontificat de Nicolas 1er Anastase est abbé de Sainte-Marie du Trastevere, de l’autre côté du Tibre [5] et est employé par le pape pour diverses missions. Il est également un auteur actif et traduit des ouvrages de langue grecque en latin. Dont, la biographie de Jean l’Aumônier qu’il dédie à Nicolas 1er.

Le successeur de Nicolas, Adrien II, le nomme bibliothécaire de l’Église romaine, un poste important qui lui donne beaucoup d’influence à la cour pontificale.

En 869, il est mandaté par Louis II le Jeune, empereur d’Occident, comme envoyé à Constantinople [6], avec 2 hommes de rang élevé de l’Empire carolingien, pour négocier le mariage entre Léon VI le Sage, fils aîné de l’empereur byzantin Basile 1er, et Ermengarde fille unique de Louis II.

Quand les émissaires arrivent à Constantinople, le quatrième concile de Constantinople [7] est encore en session, et Anastase, qui assiste à la dernière session en février 870, défend avec zèle la cause du pape et rend beaucoup de services à la légation du pape. Sur le chemin du retour, les légats du pape sont agressés et les actes du concile sont volés. Toutefois, ils ont donné la plupart des déclarations d’obédience des évêques grecs à Anastase, qui a également une copie des actes et est donc en mesure d’apporter ces documents au pape. Sur ordre du pape, il les traduit en latin.

Le successeur d’Adrien II, Jean VIII, a également de l’estime pour Anastase. Il le confirme dans son poste de bibliothécaire, le charge d’affaires importantes et l’encourage à poursuivre son œuvre littéraire. Anastase est en correspondance avec le patriarche byzantin déchu, Photios 1er de Constantinople et cherche à servir de médiateur entre le patriarche et le pape et à apaiser la controverse sur le Saint-Esprit [8].

En août 879, Zacharias d’Anagni devient bibliothécaire de l’Église romaine, de sorte que Anastase doit être mort peu de temps avant cette date.


Si le passage dans les annales d’Hincmar de Reims est authentique, le bibliothécaire Anastase est la même personne que le prêtre romain Anastase, qui en 874 devint prêtre titulaire de Saint-Marcel [9].

Cet Anastase fuit Rome en 848 et réside dans différentes villes. En raison de sa fuite, il est excommunié par le synode romain en 850, puis, comme il ne revenait pas, il est frappé d’anathème et est déposé par un autre synode de 853.

Après la mort du pape Léon IV en 855, Anastase est élu pape par le parti impérial, mais l’élection légitime désigne le pape Benoît III.

Pendant le pontificat de Adrien II, Anastase est impliqué dans de graves ennuis : en 868 un proche parent, un frère, Eleuthère enlève la fille du pape et peu après, la tue ainsi que sa mère. Le meurtrier est exécuté et Anastase, considéré comme l’instigateur du meurtre, est excommunié et déposé. Vivant à la cour impériale, il recherche l’intervention de l’empereur pour se disculper devant le pape.


Anastase traduit du grec en latin les actes du deuxième concile de Nicée [10] et du quatrième concile de Constantinople ainsi que plusieurs légendes de saints, et d’autres écrits.

Il a également compilé un travail historique, “Chronographia tripartita”, à partir des écrits grecs de Théophane, Nicéphore, et Georges le Syncelle et a fait une collection de documents concernant les affaires du pape Honorius 1er. Plusieurs de ses lettres ont été préservés.

Contrairement à la légende, il n’a pas écrit le Liber Pontificalis [11] qui lui était imputé auparavant. Il semble avoir travaillé avec d’autres à la révision de “la Vie de Nicolas 1er”.

Enfin, Anastase le Bibliothécaire traduit pour Charles II le Chauve des récits sur saintDémétrios de Thessalonique et sur saint Denis de Paris.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Anastasius Bibliothecarius »

Notes

[1] La basilique Sainte-Marie-du-Trastevere est l’une des plus anciennes églises de Rome, située dans le quartier du Trastevere. D’abord baptisée titulus Callixti car construite sous le pape Calixte 1er, avec l’accord de l’empereur Sévère Alexandre, elle fut probablement le premier lieu de culte chrétien officiellement ouvert au public. Elle est reconstruite sous Jules 1er puis sous le pontificat d’Innocent II où elle fut décorée des mosaïques actuelles.

[2] Les Annales de Saint-Bertin sont une suite d’annales de l’époque carolingienne, couvrant la période allant de 741 à 882. La partie 741-829 n’est essentiellement que le texte des Annales regni Francorum (qui existe en versions un peu différentes) ; la partie 830-882, dont le récit est centré sur la Francie occidentale, est complémentaire, pour cette période, des Annales de Fulda, qui concernent la Francie orientale.

[3] Le légat apostolique ou plus communément légat du pape, ou légat pontifical, est un représentant extraordinaire du pape chargé d’une mission spécifique, généralement diplomatique. Il se distingue en cela du nonce apostolique qui est un ambassadeur permanent du Saint Siège auprès des gouvernements étrangers.

[4] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[5] Le Tibre est un fleuve italien qui se jette dans la mer Tyrrhénienne. C’est le plus long fleuve d’Italie après le Pô et l’Adige. Il traverse notamment la capitale italienne, Rome, à l’histoire de laquelle il est étroitement lié.

[6] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[7] Le quatrième concile de Constantinople est, pour l’Église catholique, le 8ème concile œcuménique. Il s’est tenu en 869 à Constantinople pour mettre fin au schisme entre le patriarcat de Rome et les autres patriarcats

[8] Le Saint-Esprit, ou Esprit saint, ou encore Esprit, est dans plusieurs religions un aspect ou un agent de Dieu qui communique avec les humains ou agit sur eux. Dans le judaïsme, la Ruah, ou « Souffle » de Dieu, intervient dès le premier chapitre de la Genèse, lors de la création du monde. La Ruah continue à se manifester dans l’ensemble de la Bible hébraïque. Dans le Nouveau Testament, écrit en grec de la koinè, le mot utilisé est pneuma, qui signifie « souffle » et correspond à l’hébreu ruah ; mais on trouve aussi, selon le contexte, le mot « Paraclet ». Pour le christianisme, le souffle divin, ou Saint-Esprit (Spiritus sanctus en latin), est l’une des trois personnes de la Trinité, ainsi que le symbole de Nicée-Constantinople l’a formulé au 4ème siècle. Il est fêté lors de la Pentecôte. L’Esprit saint apparaît également dans les écrits pré-islamiques et dans le Coran (en arabe : Ruh).

[9] L’église San Marcello al Corso est une église catholique de Rome située sur la Piazza di San Marcello, une petite place juste à côté de la via del Corso (Rome), l’ancienne via Lata antique, qui relie la Piazza Venezia et la Piazza del Popolo (Rome), dans le rione de Trevi, à environ 250 mètres au nord de la Piazza Venezia. C’est le titre cardinalice de San Marcello, dont le cardinal prêtre est actuellement le cardinal Giuseppe Betori, archevêque de Florence, l’église de l’ordre des Servites de Marie et une station lors du Carême.

[10] Le deuxième concile de Nicée est un concile œcuménique qui eut lieu en 787. Convoqué par l’impératrice Irène, il avait pour objectif de mettre un terme au conflit politico-religieux provoqué par l’iconoclasme. Le concile a affirmé la nécessité de vénérer les images et les reliques : l’honneur n’est pas rendu aux images, ni aux reliques mais, à travers elles, à la personne qu’elles représentent.

[11] Le Liber Pontificalis (« Livre Pontifical ») est un catalogue chronologique de tous les papes et évêques de Rome, compilé à Rome dans des milieux proches de la curie à partir du 6ème siècle et qui s’arrête au 9ème siècle. C’est une source de l’histoire du haut Moyen Âge ; ses données doivent être reçues avec prudence, surtout pour la période antérieure à sa première rédaction qui reflète surtout l’état des connaissances de ceux qui l’ont écrit.