lyas ibn Habib al-Fihri
Aristocrate arabe qurayshite de la famille des Fihrids ou Oqbids
Il est nommé Wali [1] de Tripolitaine [2] en 745 par son frère, Abd al-Rahman ibn Habib al-Fihri Émir d’Ifriqiya [3] de 745 à 755. Après avoir assassiné ce dernier, Ilyas ibn Habib al-Fihri devient lui-même Émir d’Ifriqiya de 755 à 756.
Son bisaïeul était Oqba ibn Nafi al Fihri : Général arabe Quraychite [4], fondateur de la ville tunisienne de Kairouan [5] et Wali d’Ifriqyia, envoyé en 670 à la tête des armées musulmanes par Muawiya 1er, calife [6] Omeyyade [7] de Damas [8], dans le but de conquérir et propager l’islam en Afrique du Nord. Son clan, qui s’installa à sa suite à Kairouan et bénéficia du double prestige lié à la fois à leur lignée Qurashite et à l’héroïsme de leur ancêtre, comptait parmi les principales familles Arabes du Maghreb [9].
Son grand-père était Abu Obeida ibn Oqba al-Fihri qui participa à la conquête de l’Andalousie en 711.
Son père, Habib ibn Abi Obeida était un général, conquérant du Souss [10], qui participa en 740 avec son fils Null Abd al-Rahman ibn Habib al-Fihri à une expédition maritime vers la Sicile [11] pour ce qui fut probablement la première tentative d’invasion à grande échelle de l’île.
En 745 des révoltes tantôt arabes et tantôt berbères [12] éclatent dans toute l’Ifriqiya contre le pouvoir de son frère. Tunis [13] se révolta sous le commandement de Orwa ibn ez-Zobeir es-Sadefi. Tabinas se révolta sous le commandement de Ibn el Attaf-Azdi. Béja est prise par le rebelle berbère sanhaja Thabit al-Sanhaji.
Pour mâter ces révoltes, Abd al-Rahman confia à Ilyas ibn Habib 600 cavaliers.
Ibn el Attaf-Azd, voyant l’armée d’Ilyas ibn Habib se rapprocher puis s’éloigner en direction de Tunis, décida de la poursuivre en précipitation de façon qu’elle soit prise en tenaille entre ses propres forces et celles Orwa ibn ez-Zobeir es-Sadefi défendant Tunis. Arrivé à l’endroit convenu, Ilyas ibn Habib reçoit alors l’ordre de son frère de faire faire demi tour à ses cavaliers, et d’attaquer de front l’armée de Ibn el Attaf-Azd dont l’armée s’était lancée à sa poursuite en ordre dispersé. C’est ainsi que le 10 septembre 747, Ilyas massacra l’armée rebelle de Tabinas.
Ilyas ibn Habib reçu cependant un second ordre, lui ordonnant de se précipiter sur Tunis, la garnison de la ville menée par Orwa ibn ez-Zobeir es-Sadefi s’attendant à voir arriver l’armée d’Ibn el Attaf-Azd dont il ne savait pas qu’elle avait été écrasée. Orwa ibn ez-Zobeir es-Sadefi fut défait et tué dans sa fuite, et sa tête fut envoyée à Abd al-Rahman.
En 747, Ilyas ibn Habib échoue à mâter dans sa wilaya la révolte ibadite [14].
Les Ibadites, inspirés par le succès de leurs frères à Hadramut et à Oman, se révoltèrent sous la conduite de leur imam al-Harith, et s’emparent d’une grande partie de la Tripolitaine entre Gabès [15] et Syrte [16]. Abd al-Rahman envoie ainsi en 748 une armée mâter la révolte ibadite et reconquérir la Tripolitaine, poussant ainsi les adeptes du ibadisme au sud dans le Djebel Nafusa [17].
À la chute du califat ommeyade en 750, son frère Abd al-Rahman se met à accueillir des réfugiés princiers de la famille ommeyyades, espérant nouer des alliances surtout matrimoniales avec ces princes au sang illustre. Ilyas ibn Habib se marie ainsi avec une princesse ommeyadde. Mais peu de temps après l’arrivée de ces réfugiés princiers, ceux-ci devinrent le centre des conspirations menées par les factions des familles arabes nobles de l’Ifriqiya. Craignant la concurrence de ces princes au sang illustre, Abd al-Rahman changea de comportement envers les Ommeyades. En 755, découvrant ce qu’il croyait être un complot impliquant deux princes Ommeyades, cousins de sa belle sœur, qu’il avait nommé à de hautes fonctions, il ordonna leur exécution.
Poussé à la vengeance par sa femme, par le manque d’honneurs auxquels il avait droit et la décision d’Abd al-Rahman ibn Habib de désigner son fils Habib Wali de Cyrénaïque [18] successeur à l’Émirat d’Ifriqyia, Ilyas ibn Habib décide de profiter de l’agitation créée par l’annonce de la rupture de l’allégeance d’Abd al-Rahman envers le nouveau califat abbasside*, pour organiser son assassinat. Il sera principalement soutenu dans son entreprise par des familles nobles arabes de Kairouan, par son frère, Abd el-Wârith ibn Habib al-Fihri, et son oncle, Muhammad ibn Abi Obeida al-Fihri.
Apprenant l’existence de ce complot, Abd al-Rahman ordonne à son frère de s’éloigner et de se rendre à Tunis.
Prétextant alors venir dans ses quartiers personnels pour lui faire leurs adieux, Ilyas et son autre frère, Abd el-Wârith ibn Habib, poignardent Abd al-Rahman dans le dos pendant qu’il jouait avec ses enfants. Muhammad ibn Abi Obeida al-Fihri, leur oncle a très probablement été impliqué dans cet assassinat. Les assassins firent alors fermer les portes du palais pour s’emparer du fils de Abd al-Rahman, Habib ibn Abd al-Rahman al-Fihri, mais celui-ci put s’enfuir à Tunis auprès de son oncle paternel ‘Imrân ibn Habîb,
Ilyas ibn Habib se fit alors proclamer nouvel Émir d’Ifriqiya prenant ainsi la place de son frère. Il se lança cependant immédiatement à la poursuite de son neveu et engagea les hostilités avec son frère Imrân ben H’abîb qui l’avait recueilli. Les hostilités ne durèrent cependant pas, un accord ayant été conclu le 15 juin 755, aux termes duquel Habîb garderait Gafça, Kastîliya et Nefzâwa, ‘Imrân régnerait à Tunis, à Çatfoûra et dans la péninsule de Bâchoû, tandis qu’Ilyâs garderait le reste de l’Ifrîkiyya.
Le même jour Iliyas Ibn Habib rompt cependant l’accord et capture son frère, Imrân ibn Habib, avant de s’emparer de Tunis, mettant à mort plusieurs nobles arabes locaux.
Retourné à Kairouan, Iliyas ibn Habib fait porter au Calife Abbasside al-Mansour des promesses de soumission de manière à sécuriser sa prise de contrôle de l’Ifriqiya. Il revient également sur la décision de son frère selon laquelle la prière du vendredi ne serait plus faite au nom du Calife. En ce qui concerne sa famille, son frère, Imrân ibn Habib, est envoyé enchaîné en Andalousie et remis à la garde de leurs cousin, Yusuf ibn ’Abd al-Rahman encore Émir d’Andalousie [19].
Mais alors que son neveu, Habib ibn Abd al-Rahman al-Fihri, se préparait à embarquer vers l’Andalousie, les partisans de son père rassemblent une armée et le proclamèrent Émir d’Ifriqiya. Son armée s’empare alors de Tunis dès l’année suivante.
L’armée de Ilyas ibn Habib et de son neveu se rencontrent finalement aux environs de Laribus [20] vers décembre 755. Afin d’éviter la bataille, Habib ibn Abd al-Rahman al-Fihri provoque son oncle en duel. Pressé d’accepter par les commandants de son armée, Ilyas ibn Habib, est tué par son neveu. Habib ibn Abd al-Rahman al-Fihri est ainsi devenu le maître de l’Ifriqiya et rentre à Kairouan en exposant publiquement la tête de son oncle sur tout le trajet, en guise de trophée.
À l’annonce de la mort de Ilyas ibn Habib, ses partisans dont son frère Abd el-Wârith ibn Habib al-Fihri, et son oncle, Muhammad ibn Abi Obeida al-Fihri, fuient vers le sud, où ils trouvent refuge chez les berbères warfajuma.
En 757, les berbères warfajuma et leurs alliés sufrites [21] balayent le sud de la Tunisie et s’emparent de Kairouan, tuant Habib ibn Abd al-Rahman al-Fihri et mettant ainsi un terme à la domination de l’Ifriqiya par la famille Fihrid.
Profitant de la situation, les Ibadites qu’Abd al-Rahman avait chassé de Tripoli [22] sortirent de leur retraite. Ralliés par l’imam [23] Abu al-Khattab al-Ma’’afiri dans le Djebel Nafoussa, les Ibadites reprirent Tripoli et continuèrent leur course jusqu’à Kairouan qu’il reprirent aux Berbères en 758, établissent ainsi un imamat kharidjite en Ifriqiya.
Notes
[1] Wali. C’est le titre que portaient au Moyen Âge les gouverneurs arabes de al-Andalus, ainsi que ceux de la Sicile avant l’instauration de l’émirat.
[2] La Tripolitaine est une région historique de la Libye dont le nom, qui signifie « trois villes » en grec ancien, vient de Oea, Leptis Magna et Sabratha, les trois villes les plus importantes de la région depuis l’Antiquité. La Tripolitaine a ensuite donné son nom à Tripoli, appellation moderne d’Oea.
[3] L’Ifriqiya, est une partie du territoire d’Afrique du Nord pour la période du Moyen Âge occidental, qui correspond aux provinces d’Afrique romaine dans l’Antiquité tardive. Le territoire de l’Ifriqiya correspond aujourd’hui à la Tunisie, à l’est du Constantinois (est de l’Algérie) et à la Tripolitaine (ouest de la Libye). C’est sous ce nom que ce territoire est connu au moment de l’arrivée des Arabes musulmans et de la résistance qui leur est opposée par les populations berbères païennes, chrétiennes ou juives. Le continent, qui était auparavant nommé « Libye » par Hérodote tire son nom de cette dénomination que les Romains imposèrent par leur conquête.
[4] la tribu la plus puissante de la Mecque
[5] Kairouan, dont le nom signifie étymologiquement « campement », est une ville du centre de la Tunisie et le chef-lieu du gouvernorat du même nom. Elle se situe à 150 kilomètres au sud-ouest de Tunis et cinquante kilomètres à l’ouest de Sousse. Elle est souvent considérée comme la quatrième ville sainte de l’islam. Jusqu’au 11ème siècle, la ville a été un important centre islamique de l’Afrique du Nord musulmane, l’Ifriqiya. Avec sa médina et ses marchés organisés par corporations à la mode orientale, ses mosquées et autres édifices religieux
[6] Le terme calife, est une romanisation de l’arabe khalîfa, littéralement « successeur » (sous-entendu du prophète), titre porté par les successeurs de Mahomet après sa mort en 632 et, pour les sunnites, jusqu’à l’abolition de cette fonction par Mustafa Kemal Atatürk en 1924. Les ibadites ne reconnaissent plus aucun calife depuis 657. L’autorité d’un calife s’étend sur un califat. Il porte aussi le titre de commandeur des croyants, titre aboli chez les chiites après la mort d’Ali. Les critères de choix sont différents entre les chiites et les sunnites mais le porteur du titre a pour rôle de garder l’unité de l’islam et tout musulman lui doit obéissance : c’est le dirigeant de l’oumma, la communauté des musulmans.
[7] Les Omeyyades, ou Umayyades sont une dynastie arabe de califes qui gouvernent le monde musulman de 661 à 750. Ils tiennent leur nom de leur ancêtre Umayya ibn Abd Shams, grand-oncle de Mahomet. Ils sont originaires de la tribu de Quraych, qui domine La Mecque au temps de Mahomet. À la suite de la guerre civile ayant opposé principalement Muʿāwiyah ibn ʾAbī Sufyān, gouverneur de Syrie, au calife ʿAlī ibn ʾAbī Ṭalib, et après l’assassinat de ce dernier, Muʿāwiyah fonde le Califat omeyyade en prenant Damas comme capitale, faisant de la Syrie la base d’un Califat qui fait suite au Califat bien guidé et qui devient, au fil des conquêtes, le plus grand État musulman de l’Histoire.
[8] Damas est l’une des plus anciennes villes continuellement habitées. Elle est aussi la ville la plus peuplée de la grande Syrie (Assyrie) (des traces archéologiques remontent au 4ème millénaire av. jc). Elle est citée dans la Bible, dans le livre de la Genèse, et plusieurs fois dans les Livres des Rois et des Prophètes. Damas connut l’influence de nombreuses civilisations dont celles des Assyriens, Perses, Grecs, Séleucides, Romains, Arabes et Turcs. De la fin du 12ème siècle av. jc à 734 av. jc, elle est la capitale du royaume d’Aram-Damas. Elle fut l’un des berceaux du christianisme et vit saint Paul prononcer ses premières prédications, notamment dans la maison d’Ananie, où celui-ci a ouvert une église domestique dès l’année 37. Cette dernière est la plus vieille de Syrie (aujourd’hui dans le quartier chrétien de Bab Touma). En 635, Damas se soumit aux musulmans et devint la capitale de la dynastie des Omeyyades de 661 à 750. Avec l’adoption de la langue arabe, elle devint le centre culturel et administratif de l’empire musulman durant près d’un siècle. Par la suite, elle demeura un foyer culturel majeur et un pôle économique de premier plan profitant de sa situation géographique privilégiée, à la croisée des chemins de La Mecque, l’Afrique, l’Anatolie, la mer Méditerranée et l’Asie (route de la soie en direction de la Chine et du commerce des épices avec l’Inde).
[9] Le Maghreb est une région située en Afrique du Nord, partie occidentale du monde arabe correspondant à l’espace culturel arabo-berbère, comprise entre la mer Méditerranée, la bande sahélienne et l’Égypte (non compris dans les limites).
[10] Le Souss est une région historique et géographique du Maroc, qui constitue une partie de la région administrative de Souss-Massa-Draa. Le Souss est une région amazighophone du Sud-Ouest du Maroc, dont la capitale est Agadir. Les autres villes importantes sont Inezgane, Tiznit, Tafraout, Taroudant, Taghazout, Aït Melloul, Biougra, Aït Baha, Sidi Ifni, Bouizakarne. Un bassin très bien irrigué a fait du Souss l’une des régions les plus fertiles du Maroc pendant des siècles, connue depuis au moins le 11ème siècle pour la culture et l’exportation du sucre. La région connut un règne indépendant des Almohades sous l’égide des Ben Yedder entre 1252 et 1354. L’âge d’or du Souss se situe aux alentours du 17ème siècle pendant l’ère du royaume de Tazeroualt, quand la région entière a bénéficié de l’autonomie et a profité de l’exploitation commerciale du transport de l’or saharien et de la vente du sucre aux commerçants portugais, hollandais et anglais. Le commerce extérieur, à cette époque, se faisait à partir de la baie d’Agadir, située à 10 km au nord de l’embouchure de l’oued Souss.
[11] La Sicile est la plus grande île méditerranéenne. Avec une superficie de 25 708 km², c’est la région la plus étendue de l’Italie et son territoire est constitué de neuf anciennes provinces à leur tour partagées en 390 municipalités. Elle est également la seule région italienne à compter 2 des 10 villes les plus peuplées du pays : Palerme et Catane. Son chef-lieu est Palerme.
[12] La grande révolte berbère de 739/740 à 743, s’est déroulée durant le règne du calife omeyyade Hicham ibn Abd al-Malik et marque la première sécession réussie du califat omeyyade. Échaudés par des prédicateurs puritains kharijites, les berbères se révoltent contre leurs gouverneurs arabes omeyyades qui leur impose le régime du dhimmi qui se traduit notamment par l’imposition de lourdes taxes. La révolte est d’abord menée par Maysara, un chef berbère de la tribu des Imteghren, dans l’actuel Maroc, duquel les Omeyyades sont rapidement expulsés, puis se répand dans le reste du Maghreb et à travers le détroit de Gibraltar à al-Andalus. Les Omeyyades ont cependant réussi à empêcher le cœur de l’Ifriqiya (actuelle Tunisie, est-algérien et ouest-libyen) et d’al-Andalus (actuelle péninsule ibérique) de tomber entre les mains des rebelles. Mais le reste du Maghreb n’a jamais été récupéré. Après avoir échoué à s’emparer de Kairouan, les armées rebelles berbères se sont dissoutes et le Maghreb occidental s’est fragmenté en une série de petits états berbères indépendants, dirigés par des chefs tribaux et des imams kharijites.
[13] Tunis est la ville la plus peuplée et la capitale de la Tunisie. Elle est aussi le chef-lieu du gouvernorat du même nom depuis sa création en 1956. Située au nord du pays, au fond du golfe de Tunis dont elle est séparée par le lac de Tunis, la cité s’étend sur la plaine côtière et les collines avoisinantes. Son cœur historique est la médina. Bourgade modeste placée dans l’ombre de Carthage, Kairouan puis Mahdia, elle est finalement désignée comme capitale le 20 septembre 1159, sous l’impulsion des Almohades, puis confirmée dans son statut sous la dynastie des Hafsides en 1228 et à l’indépendance du pays le 20 mars 1956.
[14] une secte puritaine kharijites qui avait acquis de plus en plus de soutien dans les villes de Djerba et de Tripoli, et parmi les Berbères des contrées environnantes
[15] Gabès est une ville du sud-est de la Tunisie et le chef-lieu du gouvernorat du même nom.
[16] Le golfe de Gabès, appelé auparavant Syrte mineure (Minor Syrtis) ou Petite Syrte, est un golfe situé sur la côte est de la Tunisie. D’un diamètre d’environ 90 kilomètres, il s’étend entre la localité de Chaffar (gouvernorat de Sfax) et l’est-nord-est de l’île de Djerba (Ras Tourgueness).
[17] Le djebel Nefoussa, est un massif montagneux situé dans le Nord-Ouest de la Libye, à proximité de la Tunisie, peuplé des Infusen, une communauté berbère de confession musulmane ibadite.
[18] La Cyrénaïque est une région traditionnelle de Libye dont le nom provient de la Cyrénaïque antique, province romaine située autour de l’ancienne cité grecque de Cyrène. Ce territoire fait aujourd’hui partie de la Libye.
[19] L’Andalousie est une région située dans le sud de l’Espagne. Elle constitue l’une des dix-neuf communautés autonomes du pays. Dans l’Antiquité, l’Andalousie est peuplée par les Ibères, les Phéniciens (venus de l’actuel Liban), les Carthaginois (anciens habitants de l’actuelle Tunisie) et les Tartessiens. L’Andalousie reçoit des colonies grecques et des comptoirs phéniciens. Elle est ensuite sous l’obédience des Carthaginois, des Ibères, puis des Romains. Dans ce territoire se sont également établis les Vandales et Wisigoths, puis les Arabes et les Berbères.
[20] Laribus est une cité antique située dans le gouvernorat du Kef, au nord-ouest de la Tunisie. Elle est également connue sous les noms d’Alorbos ou Lares, de sa dénomination latine Colonia Aelia Augusta Lares. Elle se situe sur la route romaine reliant Carthage et Theveste (actuelle Tébessa en Algérie), entre Sicca (Le Kef) et Zama. Sur cette route, les Romains ont installé vingt stations, Laribus se trouvant sur le mille romain 117. À une vingtaine de kilomètres (entre six et dix milles) se situent plusieurs autres anciennes villes : Sicca et Zama, mais aussi Althiburos ou Obba (Dahmani), un centre de la culture d’un safran comparable à celui d’Espagne
[21] Les sufrites sont les pratiquants d’une tendance de l’islam liée au kharidjisme (les historiens arabes le classent dans ce mouvement, mais d’autres le classent comme un mouvement de révolte). Au cours de l’histoire, plusieurs peuples ont été sufrites, mais les pratiques variaient. Au Maghreb, les Berbères zénètes pratiquaient le sufrisme, intimement lié à leur mouvement de révolte contre les pouvoirs arabes de l’époque (Abbassides, Omeyyades, etc.). Les sufrites choisissent leurs propres chefs, et autorisent le mariage et l’héritage avec les autres communautés musulmanes ou non (chrétiens, juifs, etc.). Ils professent aussi l’union avec des mères polythéistes non juives ou non chrétiennes ce qui est interdit en islam. Selon Tibgurin, les autres tendances de l’islam ne toléraient pas le sufrisme
[22] Le nom de la cité proviendrait du grec Tripolis. Elle aurait été nommée ainsi du fait de sa séparation en trois parties distinctes par les commerçants venant de Tyr, Sidon et Aradis. À partir de 1070, Tripoli est sous la domination de la famille Banû ’Ammâr, qui s’est rendue indépendante des califes fatimides d’Égypte. En 1102, lors de la première croisade, la ville est assiégée par Raymond IV de Saint Gilles et défendue par le cadi Fakhr al-Mulk ibn-Ammar. Le siège dure près de 10 ans, infligeant de lourds dégâts à la ville, qui tombe aux mains des croisés en 1109. Elle est ensuite, durant le temps des croisades, la capitale du comté de Tripoli, l’un des principaux États francs du Levant.
[23] Un imam est une personne qui dirige la prière en commun. C’est de préférence une personne qui doit être instruite en ce qui concerne les rites et la pratique au quotidien de l’islam. Pour les chiites, tenant d’une tradition cléricale de l’islam, l’imam est le guide spirituel et temporel de la communauté islamique. Chez les duodécimains, ils portent souvent le titre de mollah ou d’ayatollah et, de ce fait, celui d’imam est plus usité dans le sunnisme. Dans les autres communautés chiites, l’imam est le seul guide. Dans le cadre du sunnisme, on peut comparer la fonction d’imam à celle du pasteur ou de prédicateur protestant. En effet, l’imam ne fait pas partie d’une structure hiérarchique : il est désigné par la communauté elle-même et ne prétend à aucun lien privilégié avec Dieu. Il peut être licencié s’il n’accomplit pas sa mission.