Publius Furius Philus
Homme politique de la République romaine
Fils de Spurius Furius Philus. Les Furii Phili étaient apparemment des patriciens [1] appartenant à la gens des Furii [2].
En 223 av. jc, il est le premier membre de sa famille à accéder au consulat. Mais la démission des 2 consuls élus en 223 av. jc est demandée pour un problème de procédure à caractère religieux, la prise des auspices [3] à leur entrée en fonction s’étant révélée défavorable. Si Philus démissionne immédiatement, Caius Flaminius Nepos refuse.
En 216 av. jc, il est nommé préteur* urbain, avec pour collègue Marcus Pomponius Matho. Il obtint la charge de juger les procès entre citoyens romains, tandis que son collègue obtint celle de juger les procès entre citoyens et pérégrins*.
En 214 av. jc, il devient censeur [4], avec Marcus Atilius Regulus. Durant leur censure, ils refusèrent, avec le Sénat, de payer la rançon des sénateurs qui s’étaient rendus à la bataille de Cannes en 216 av. jc [5] et sanctionnèrent les Romains qui avaient osé demander la paix à Carthage [6] après la défaite. Le plus célèbre fut Lucius Caecilius Metellus, qui fut déchu du Sénat, et dégradé de son rang équestre [7]. Quand il fut élu tribun de la plèbe [8] en décembre 214 av. jc, il tenta de poursuivre les censeurs pour l’avoir dégradé. Mais les censeurs n´étaient pas responsables de leurs actes accomplis dans le cadre de leur fonction.
Les censeurs prirent également des mesures adéquates en ces temps troublés où Hannibal Barca combattait à Tarentum [9], Capoue [10], Venesia [11] et d’autres villes stratégiques en Italie méridionale.
En 213 av. jc, durant le lustrum [12] il meurt en fonction dans un guet-apens alors qu’il commandait la cavalerie romaine. C’est peut-être le premier censeur romain à mourir sur un champ de bataille durant le recensement. Le recensement est alors interrompu et son collègue Regulus est obligé de démissionner.
Notes
[1] Un patricien est durant la période romaine un citoyen qui appartient, par sa naissance, à la classe supérieure ancienne et traditionnelle, et par ce rang détient diverses prérogatives politiques et religieuses. La classe des patriciens se distingue à Rome du reste de la population dite plébéienne.
[2] La gens Furia est l’une des plus anciennes et des plus nobles familles patriciennes de Rome. Ses membres atteignent régulièrement les plus hautes fonctions de l’État pendant toute la période de la République romaine. Elle est originaire de Tusculum comme l’indiquent de nombreuses inscriptions sépulcrales.
[3] L‘augure est, dans la religion romaine, un prêtre chargé d’interpréter les phénomènes naturels considérés comme des présages. Les augures étaient les interprètes des volontés de Jupiter, maître des signes ; il était hors de question de partir à la guerre, de choisir l’emplacement d’un temple, de désigner un homme pour une fonction politique, sans consulter les augures. Par exemple, en 63 av. jc, Marcus Calpurnius Bibulus tenta de s’opposer à l’une des actions de Jules César en affirmant que les augures étaient défavorables.
[4] Le censeur est un magistrat romain. Deux censeurs sont élus tous les cinq ans parmi les anciens consuls par les comices centuriates. Le pouvoir des censeurs est absolu : aucun magistrat ne peut s’opposer à leurs décisions, seul un autre censeur qui leur succède peut les annuler. Après 18 mois de mandat, ils président une grande cérémonie de purification, le lustrum, à la suite de laquelle ils abdiquent. La censure est la seule magistrature romaine qui n’autorise pas la réélection. Les censeurs ne sont plus élus à partir de la dictature de Sylla, et leurs pouvoirs sont repris par les empereurs romains.
[5] La bataille de Cannes est une bataille majeure de la Deuxième Guerre punique qui eut lieu le 2 août 216 av. jc près de la ville de Cannes située dans la région des Pouilles au sud-est de l’Italie.
[6] Carthage est une ville tunisienne située au nord-est de la capitale Tunis. L’ancienne cité punique, détruite puis reconstruite par les Romains qui en font la capitale de la province d’Afrique proconsulaire, est aujourd’hui l’une des municipalités les plus huppées du Grand Tunis, résidence officielle du président de la République, regroupant de nombreuses résidences d’ambassadeurs ou de richissimes fortunes tunisiennes et expatriées. La ville possède encore de nombreux sites archéologiques, romains pour la plupart avec quelques éléments puniques,
[7] Les chevaliers romains sont une classe de citoyens de la Rome antique organisés en ordre équestre, venant dans la hiérarchie sociale immédiatement après l’ordre sénatorial. Choisis par les censeurs, les chevaliers sont les plus fortunés et les plus honorables des citoyens en dehors des sénateurs. Bien que cette appartenance puisse théoriquement être remise en cause à chaque censure, elle est héréditaire en pratique. Le chevalier se reconnaît par ses ornamenta, dont la bande de pourpre étroite cousue sur sa tunique, et le port de l’anneau d’or. Sous la République, les chevaliers se voient attribuer un poids électoral privilégié et un rôle militaire, mais restent en dehors de la carrière des honneurs (cursus honorum). Sous l’Empire, les empereurs leur accordent une place croissante dans l’administration impériale, qui culmine dans la seconde moitié du 3ème siècle, entre les règnes de Gallien et Dioclétien. Au début du 4ème siècle, l’empereur Constantin inverse cette tendance en intégrant les chevaliers de rang élevé dans l’ancien Sénat, tandis le nombre de chevaliers de rang inférieur augmente et dévalue le prestige du titre, jusqu’à sa disparition au 5ème siècle.
[8] Dans la Rome antique, les tribuns de la plèbe sont les représentants de la plèbe, élus pour une durée d’un an par le concile plébéien.
[9] Tarente
[10] Capoue est une commune, située dans la province de Caserte en Campanie, dans l’Italie méridionale. Rattachée à Salerne par le traité de 849 entre Salerne et Bénévent, elle parvient à s’en affranchir vers 861.
[11] Venise
[12] Dans la Rome antique, le lustre (du latin lustrum) ou la lustration (de lustratio) est le nom de la cérémonie de purification précédant les recensements qui avaient lieu tous les 5 ans, lors de l’élection des censeurs