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Athènes perd la liberté à Chéronée

dimanche 11 janvier 2026, par lucien jallamion

1er septembre 338 av. jc Athènes perd la liberté à Chéronée

Introduction : Le 1er septembre de 338 av. jc, Athènes [1] et Thèbes [2] se heurtent à l’armée macédonienne [3]. La bataille a lieu à Chéronée [4], en Béotie [5], région de Grèce centrale, non loin du défilé des Thermopyles [6].

C’en est fini à tout jamais de l’indépendance des cités grecques et de la plus prestigieuse d’entre elles, Athènes.


Un siècle plus tôt, Athènes dominait le monde grec sous le gouvernement du grand Périclès. Ses penseurs et ses artistes créaient des œuvres vouées à l’immortalité. Mais les guerres intestines ont affaibli les cités et le petit royaume semi barbare de Macédoine [7] en a profité pour se renforcer sous la poigne énergique du roi Philippe II.

À Athènes, Démosthène s’évertue à ouvrir les yeux de ses concitoyens sur le danger macédonien. Souffrant de bégaiement dans sa jeunesse, il a réussi à le surmonter à force de volonté et d’énergie et est devenu l’orateur le plus célèbre de la Grèce antique, consacrant toute sa vie à la lutte contre Philippe II et Alexandre le Grand.

Ses harangues dénommées Philippiques [8] et Olynthiennes [9], restent de remarquables témoignages de l’art oratoire. Mais elles ne suffisent pas à arrêter les phalanges macédoniennes. La langue française conserve leur souvenir sous la forme d’un nom commun, philippique, qui désigne encore aujourd’hui une harangue violente.


Fin de l’indépendance grecque

À Chéronée, le roi Philippe II de Macédoine et son fils Alexandre remportent une victoire complète grâce à leur infanterie, organisée en redoutables phalanges, et à leur cavalerie, que commande Alexandre, à peine âgé de 18 ans.

Le jeune prince emporte la décision en taillant en pièces le bataillon des Thébains. Son père, lui-même remarquable homme d’État et conquérant, lui aurait lancé, admiratif : “Mon fils, cherche-toi un autre royaume car celui que je te laisse est trop petit pour toi” !

Désormais, Athènes doit se soumettre comme le reste de la Grèce à un roi à demi barbare ou considéré comme tel.


Après la défaite de Chéronée et l’échec d’un ultime soulèvement, Athènes entre dans l’alliance macédonienne et participe avec Alexandre le Grand à la conquête de l’empire perse [10]. Démosthène se suicide par le poison 15 ans plus tard, à 62 ans, après avoir tenté de soulever une nouvelle fois sa cité contre Antipater, le général macédonien qui a succédé à Alexandre à la tête de la Grèce.

Ayant soumis la Grèce, Philippe II prend le titre d’hégémon [11]. Il s’apprête à se retourner contre les Perses de la dynastie achéménide [12], ceux-là même qui attaquèrent la Grèce 2 siècles plus tôt, à l’époque des guerres dites médiques [13].

Cette expédition est destinée à libérer les cités grecques d’Asie, que les Perses ont à nouveau occupées, ainsi qu’à rapprocher Grecs et Macédoniens en vue de mettre fin à leurs querelles fratricides.

Mais Philippe II est assassiné en 336 av. jc par l’un de ses hommes, qui craint à juste titre la perspective d’une guerre dans la lointaine et mystérieuse Asie. C’est donc son fils Alexandre III âgé de 20 ans qui reprend à son compte ce projet.

Avant de partir à la conquête de l’Asie, le nouveau roi de Macédoine Alexandre III établit la sécurité sur les frontières nord du royaume, en Illyrie [14] et le long du Danube [15].

Les cités grecques veulent en profiter pour s’émanciper mais Alexandre réagit avec célérité. Il détruit Thèbes au son des flûtes... À l’exception de la maison du poète Pindare et des temples. Par contre, il respecte Athènes, par amour de son passé prestigieux et par souci de se rallier ses élites.


Le nouveau généralissime des Grecs prépare avec soin l’expédition d’Asie. Fort d’une autorité charismatique sur ses hommes et entouré d’excellents généraux [16], il veille aussi à bien organiser ses lignes de ravitaillement et ses liaisons avec l’arrière.

Il franchit le détroit du Bosphore [17] avec environ 40.000 soldats macédoniens et grecs, dont 5.000 cavaliers qui lui seront très utiles au plus fort des combats, et se lance aussitôt à la poursuite de Darius III, le roi des Perses.

Au départ, il ne s’agit dans son esprit que d’une expédition punitive contre les Perses mais au fil des combats, elle va déboucher sur la plus fabuleuse épopée de tous les temps.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Isaulde Haymante/ herodote/1er septembre 338 avant JC-evenement—338090/Publié ou mis à jour le :28-08-2019

Notes

[1] Athènes est l’une des plus anciennes villes au monde, avec une présence humaine attestée dès le Néolithique. Fondée vers 800 av. jc autour de la colline de l’Acropole par le héros Thésée, selon la légende, la cité domine la Grèce au cours du 1er millénaire av. jc. Elle connaît son âge d’or au 5ème siècle av. jc, sous la domination du stratège Périclès

[2] Thèbes est une ville grecque de Béotie, siège d’un dème. Elle fut dans l’antiquité l’une des principales cités de Grèce, et était liée à de très nombreux mythes antiques.

[3] L’armée macédonienne est considérée comme l’une des meilleures armées civiques de l’Antiquité. Instrument de la conquête de la Grèce sous le règne de Philippe II, puis de l’Orient sous le règne d’Alexandre le Grand, elle a affronté victorieusement l’armée perse pour devenir le modèle sur lequel se sont formées les armées des royaumes antigonide, séleucide et lagide aux 3 et 2ème siècles av. jc.

[4] Chéronée est une cité grecque de Béotie située entre la Phocide et l’Attique, non loin du fleuve Céphise, patrie de Plutarque.

[5] La Béotie est une région de Grèce centrale. Elle est bordée par l’Attique au sud-est, par le golfe d’Eubée à l’est, par la Phthiotide au nord, par la Phocide à l’ouest et par le golfe de Corinthe au sud. La capitale moderne est Livadiá, mot qui signifie prairie, pâturage, une réalité économique emblématique de la région. La capitale antique était Thèbes (actuelle Thiva).

[6] Les Thermopyles sont un ancien passage de Grèce délimité par le golfe Maliaque au nord et le Kallidromo, un massif montagneux du Pinde, au sud. Dans l’Antiquité, le rivage se trouvait contre la falaise mais il a reculé, laissant la place à une plaine côtière étroite mais suffisamment large pour permettre le passage d’une route, d’une autoroute et d’un chemin de fer. Ce passage constituait un point stratégique dans la Grèce antique et de nombreuses batailles y ont été livrées dont la première en 480 av. jc qui a opposé les Grecs aux Perses, et la dernière en 1941

[7] Le royaume de Macédoine est un État antique situé au nord de la Grèce correspondant aujourd’hui principalement à la Macédoine grecque. Il est centré sur la partie nord-est de la péninsule grecque, bordé par l’Épire à l’ouest, la Péonie au nord, la Thrace à l’est et la Thessalie au sud. Royaume périphérique de la Grèce aux époques archaïque et classique, il devient l’État dominant du monde grec durant l’époque hellénistique. L’existence du royaume est attestée au tout début du 7ème siècle av. jc avec à sa tête la dynastie des Argéades. Il connaît un formidable essor sous le règne de Philippe II qui étend sa domination sur la Grèce continentale en évinçant Athènes et la ligue chalcidienne pour ensuite fonder la Ligue de Corinthe. Son fils Alexandre le Grand est à l’origine de la conquête de l’immense empire perse et de l’expansion de l’hellénisme en Asie à la fin du 4ème siècle av. jc. Après sa mort, la Macédoine passe brièvement sous la tutelle des Antipatrides dans le contexte des guerres des diadoques. En 277, la royauté échoit à Antigone II Gonatas qui installe la dynastie des Antigonides qui règne jusqu’en 168, date à laquelle la Macédoine est conquise par les Romains. En 146 la Macédoine devient une province romaine.

[8] Les Philippiques sont une série de 14 discours prononcés par Cicéron en 44 et 43 av. jc, attaquant de plus en plus violemment Marc Antoine, qui se pose en successeur de Jules César. Il les nomme ainsi en avril 43 en l’honneur des Philippiques de Démosthène, qu’il admirait beaucoup. Toutefois sous l’Empire, les rhéteurs continuent à les désigner sous leur appellation initiale Antonianae

[9] du nom d’Olynthe, une cité portuaire conquise par Philippe II

[10] La formule Empire perse désigne une série d’États qui se sont développés à partir du territoire de l’actuel Iran, dont le centre politique et culturel se trouve dans ce qu’il est convenu d’appeler la Perse, exonyme tiré du mot iranien Pārs ou Fārs désignant la région du centre-sud de l’Iran. Le plus vaste de ces États est entre 520 et 333 avant notre ère l’Empire achéménide, qui s’étend de la Thrace au nord-ouest à l’Inde au sud-est et de l’Égypte au sud-ouest à l’Asie centrale au nord-est, dont les souverains Cyrus le Grand, Darius 1er et Xerxès 1er sont les plus connus.

[11] guide ou protecteur des Grecs

[12] L’Empire achéménide est le premier des Empires perses à régner sur une grande partie du Moyen-Orient. Il s’étend alors au nord et à l’ouest en Asie Mineure, en Thrace et sur la plupart des régions côtières de la mer Noire ; à l’est jusqu’en Afghanistan et sur une partie du Pakistan actuels, et au sud et au sud-ouest sur l’actuel Iraq, sur la Syrie, l’Égypte, le nord de l’Arabie saoudite, la Jordanie, Israël et la Palestine, le Liban et jusqu’au nord de la Libye. Le nom « Achéménides se rapporte au clan fondateur qui se libère vers 556 av. jc de la domination des Mèdes, auparavant leurs suzerains, ainsi qu’au grand empire qui résulte ensuite de leur fusion. L’empire fondé par les Achéménides s’empare de l’Anatolie en défaisant la Lydie, puis conquiert l’Empire babylonien et l’Égypte, unissant les plus anciennes civilisations du Moyen-Orient dans une seule entité politique de façon durable. L’Empire achéménide menace par 2 fois la Grèce antique et prend fin, vaincu par Alexandre le Grand, en 330 av. jc.

[13] Les guerres médiques opposent les Grecs aux Perses de l’Empire achéménide au début du 5ème siècle av.jc. Elles sont déclenchées par la révolte des cités grecques asiatiques contre la domination perse, l’intervention d’Athènes en leur faveur entraînant des représailles. Les deux expéditions militaires des souverains achéménides Darius 1er et Xerxès 1er constituent les principaux épisodes militaires de ce conflit ; elles se concluent par la victoire spectaculaire des cités grecques européennes conduites par Athènes et Sparte. Elles marquent traditionnellement le passage de l’époque archaïque à l’époque classique.

[14] L’Illyrie est un royaume des côtes de la rive orientale de l’Adriatique, correspondant à peu près à l’Ouest de la Croatie, de la Slovénie et de l’Albanie actuelle. Les Illyriens apparaissent vers le 20ème siècle av. jc. C’est un peuple de souche Indo-Européenne qui comprenait des Dalmates et des Pannoniens. Vers 1300 av. jc ils s’établissent sur les côtes Nord et Est de l’Adriatique. Les Illyriens sont les premiers avec les Grecs, à s’installer dans les Balkans et constituent un immense Royaume. Au 7ème siècle av. jc et 6ème siècle av. jc, l’Illyrie subit une forte héllénisation du fait de ses relations avec les Grecs, qui y ont fondé des comptoirs.

[15] Le Danube est le deuxième fleuve d’Europe par sa longueur (après la Volga qui coule entièrement en Russie). Il prend sa source dans la Forêt-Noire en Allemagne lorsque deux cours d’eau, la Brigach et la Breg, se rencontrent à Donaueschingen où le fleuve prend le nom de Danube. La longueur du Danube dépend du point de départ considéré : 2 852 km pour la confluence de Donaueschingen mais 3 019 km à partir de la source de la Breg. Il coule vers l’est et baigne plusieurs capitales de l’Europe centrale, orientale et méridionale

[16] Parménion, Séleucos, Ptolémée, Antigone...

[17] Le Bosphore, est un passage maritime de la mer de Marmara qui relie cette dernière à la mer Noire et marque, avec les Dardanelles, selon certaines conventions, la limite méridionale entre les continents asiatique et européen. Long de 32 kilomètres pour une largeur allant de 698 à 3 000 mètres, il sépare les deux parties anatolienne (Asie) et rouméliote (Europe) de la province d’Istanbul.