Andrea Alciato ou Alciati dit André Alciat (1492-1550)
Jurisconsulte et écrivain italien de langue latine
Emule d’ Ulrich Zasius et de Guillaume Budé. Il est l’un des premiers représentants du courant dit de l’humanisme juridique.
Né à Milan [1] ou Alzate près de Côme [2], il enseigne à plusieurs reprises en France : engagé en tant que professeur de droit à Avignon [3] en 1521, il enseigne aussi à 2 reprises à Bourges [4], la première fois en 1529-1533, où il compte Jean Second et Jean Calvin parmi ses élèves, mais aussi à Milan, Pavie [5], Bologne [6] et Ferrare [7]. Son talent et ses innovations l’exposent à la jalousie et aux persécutions des autres professeurs.
Alciati fait partie des premiers jurisconsultes qui unissent l’étude de l’histoire à celle des lois, afin d’éclairer l’une par l’autre.
Humaniste en ce qu’il s’attache à un savoir textuel, en mouvement et en renouvellement des autorités, Alciati était un correspondant d’Érasme. Ses E“mblemata” s’inspirent des “Adages d’Érasme” pour leur composition en forme de collection et pour leur constante référence à l’Antiquité. Les 2 recueils connurent un vif succès dès leur parution et fournirent aux hommes de la Renaissance des modèles et des clés qu’ils allaient utiliser dans leur vie intellectuelle et sociale.
Ses ouvrages se composent principalement de cours de droit et traités de jurisprudence ; mais on y trouve aussi des travaux critiques et des ouvrages purement littéraires. Il écrivait en latin, la langue savante de son temps.
Le recueil d’Alciat lança la mode des recueils d’emblèmes, qui allaient devenir l’un des genres les plus féconds de la Renaissance européenne.
Il est le premier auteur à avoir traduit en latin la pièce “les Nuées” de l’auteur grec Aristophane.
Notes
[1] Milan est une ville d’Italie située au nord de la péninsule, à proximité des Alpes. Chef-lieu de la région Lombardie, située au milieu de la plaine du Pô.
[2] Côme est une ville italienne, chef-lieu de la province du même nom dans la région de Lombardie. Elle est particulièrement connue pour être située sur le lac qui porte son nom et pour être la cité d’origine des écrivains romains Pline l’Ancien et Pline le Jeune.
[3] Avignon est une ville du Sud de la France, située au confluent du Rhône et de la Durance. Surnommée la « cité des papes » en raison de la présence des papes de 1309 à 1423, elle est actuellement la plus grande ville et la préfecture du département de Vaucluse. C’est l’une des rares villes françaises à avoir conservé ses remparts et son centre historique, composé du palais des papes, de l’ensemble épiscopal, du rocher des Doms et du pont d’Avignon
[4] L’université de Bourges est une ancienne université française créée en 1463 et supprimée au moment de la Révolution française. L’université de Bourges a été créée par une ordonnance du roi Louis XI à la demande de son frère Charles, duc de Berry. Cette création a été autorisée le 12 décembre 1464 par le pape Paul II. Après que les lettres patentes ont été expédiées de Montilz-lèz-Tours le 6 décembre 1469, Louis de Laval-Châtillon, alors gouverneur de Champagne, intervient en février-mars 1470, sur l’ordre du roi, pour la création de l’Université de Bourges. Il servit dans cette affaire d’intermédiaire entre les Berruyers, le roi et le Parlement de Paris, qui se refusait à entériner les lettres de privilèges accordées à la nouvelle université. L’université s’installe initialement dans les anciens locaux de l’Hôtel-Dieu, près de la cathédrale, libérés par la construction d’un nouvel Hôtel-Dieu de Bourges édifié à l’autre bout de la ville à la suite de l’incendie de la Madeleine de 1487. La princesse Marguerite d’Angoulême, sœur du roi François 1er, manifeste son intérêt pour la jeune université. Puis Marguerite de France, fille de François 1er et sœur de Henri II, intéressée par les idées nouvelles, soutient à son tour l’université sur le conseil de Michel de l’Hospital. Elle incite notamment la municipalité à engager des professeurs de renom. Même si elle dispose de cinq facultés (arts, théologie, médecine, droit canon et droit civil), l’université de Bourges se spécialise surtout dans l’enseignement du droit romain, qui n’est alors pas assuré par l’université de Paris. Sous l’influence d’André Alciat se met en place une autre manière d’enseigner le droit romain, celle de l’humanisme juridique, qui emprunte plusieurs méthodes à la philologie (nécessité de lire le latin et le grec), à l’épigraphie archivistique, ainsi qu’à l’histoire et à l’étude rationnelle du droit. Parmi les principaux enjeux de l’humanisme juridique on trouve : l’établissement des textes du droit canon, les gloses, l’interprétation du corpus du droit civil et du droit canon à la lumière du renouveau des études de la littérature grecque et latine (ainsi que de leur traduction en français). La confrontation de ces travaux aux textes anciens, y compris les textes des pères de l’Église va ouvrir le champ au gallicanisme moderne.
[5] Pavie est une ville de la province de même nom en Lombardie (Italie). Pavie est située sur les rives du Tessin, à une dizaine de kilomètres en amont de son confluent avec le Pô. Milan, au nord, est distante de 35 km ; Gênes, au sud, de 90 km ; Turin, à l’ouest, de 110 km.
[6] Fondée en 1088, l’université de Bologne est considérée comme la première et la plus ancienne université européenne. Elle est la première institution à utiliser le terme université (en latin universitas) ainsi que la première université reconnue comme telle par le pape. Sa devise est Petrus ubique pater legum Bononia mater, « Saint Pierre est le père de tous les lieux et Bologne la mère de la loi ».
[7] Ferrare est une ville italienne de la province de Ferrare en Emilie Romagne. Située dans le delta du Pô sur le bras nommé Pô de Volano, la cité actuelle remonte au xive siècle, alors qu’elle était gouvernée par la famille d’Este.