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L’histoire pour le plaisir

Philippe de Sidè

vendredi 28 novembre 2025, par lucien jallamion

Philippe de Sidè

Homme d’Église et historien grec de la première moitié du 5ème siècle

Philippe, dont le surnom indique qu’il était originaire de Sidé [1] en Pamphylie [2], apparaît à Constantinople [3] dans le proche entourage de Jean Chrysostome qui l’ordonna diacre [4]. Une lettre de Jean Chrysostome semble même montrer que le patriarche le tenait en amitié. Il brigua 3 fois de suite le siège épiscopal de Constantinople, contre Sisinnius 1er en 426, contre Nestorius en 428 et contre Maximien en 431. Bien qu’il eût des partisans, il échoua à chaque tentative et mourut simple prêtre. Nestorius lui aurait interdit de prêcher.


D’après Socrate le Scolastique, il a entrepris une réfutation des traités de l’empereur Julien contre les chrétiens et surtout une vaste Histoire chrétienne en 36 livres qui allait de la création du monde jusqu’à son époque.

Socrate lui reproche des digressions fastidieuses, son style ornementé et ses confusions historiques.

Ces jugements qui paraissent avoir été partagés, joints aux proportions hors normes de l’ouvrage, expliquent peut-être sa disparition quasi complète.

Il n’en reste que quelques traces dans un manuscrit unique et sans grande autorité, le Codex Baroccianus [5], qui contient une collection d’extraits divers formant un épitomé d’histoire ecclésiastique qui remonte sans doute au 7ème siècle. Philippe s’y trouve nommé à propos de deux extraits, l’un concernant l’école théologique d’Alexandrie [6], l’autre Papias d’Hiérapolis. Le premier a été imprimé dès 1689 par Henry Dodwell à la suite de ses“ Dissertationes in Irenaeum”. Le second est largement dépendant d’Eusèbe de Césarée, mais rapporte aussi la tradition du meurtre de saint Jean et de son frère Jacques par les Juifs.

Deux manuscrits au moins [7] donnent un court fragment sur Adam et Ève tiré de cette Histoire chrétienne.

Philippe est mêlé à la discussion d’un texte assez mystérieux contenu dans un manuscrit de Vienne et intitulé “De Christi Nativitate et de Magis”, que les érudits allemands qui en ont débattu citent plus volontiers sous le nom de “Religionsgespräch am Hof der Sassaniden”. Il s’agit d’une dispute qui aurait eu lieu entre chrétiens et Persans à la cour d’un roi sassanide [8] ; Philippe y aurait personnellement assisté et un oracle sur l’étoile des Mages serait de sa plume.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de J. Quasten, Initiation aux Pères de l’Église, (trad. française), Paris, 1963 – Tome II

Notes

[1] Sidé est un port de la côte de Pamphylie sur le golfe d’Antalya (actuellement Side ou Selimiye) fondé aux environs du 7ème siècle av. jc par des Grecs originaires d’Éolie, de la cité de Kymé. Sidé est actuellement un important site touristique.

[2] La Pamphylie est le nom donné dans l’Antiquité à une région historique du sud de l’Asie Mineure située entre la Lycie au sud, la Cilicie à l’est, la Pisidie au nord et la Phrygie à l’ouest.

[3] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[4] Fonction créée par les Apôtres pour se décharger des soucis matériels. Ainsi, le diacre est chargé de distribuer les aumônes à leur place. Peu à peu, il assiste le prêtre dans des tâches spirituelles telles que la distribution de l’eucharistie et le baptême. Saint Etienne a été le premier diacre.

[5] Baroccianus est un adjectif appliqué aux manuscrits indiquant une origine dans le Baroccianum, une collection vénitienne rassemblée par l’humaniste Francesco Barozzi (Barocius). Une grande partie de cette collection fut vendue après la mort d’Iacopo Barozzi ou Barocci, neveu et héritier de Francesco ; et l’achat par William Herbert, 3ème comte de Pembroke, conduisit à son tour à faire don en 1629 d’une importante collection de manuscrits grecs du Baroccianum à la bibliothèque Bodléienne. La désignation Codex Baroccianus suivie d’un numéro indique qu’un manuscrit figure dans le catalogue Bodléienne et que sa provenance provient de ce don.

[6] L’École théologique d’Alexandrie, dite aussi le Didascalée, est l’une des grandes écoles théologiques des premiers siècles du christianisme. Sa méthode d’exégèse biblique est symbolico-allégorique. L’influence de Platon et du néoplatonisme y est manifeste. Elle s’est opposée à l’École théologique d’Antioche, qui prônait une méthode historico-littérale. Elle a eu des ramifications en Palestine et en Pamphylie. L’École théologique d’Alexandrie fut probablement instituée vers 180 par Pantène d’Alexandrie, mais ses origines sont probablement antérieures. Elle a formé un grand nombre de théologiens et de Pères de l’Église.

[7] le Bodleianus Miscell. et le Parisinus suppl.

[8] Les Sassanides règnent sur le Grand Iran de 224 jusqu’à l’invasion musulmane des Arabes en 651. Cette période constitue un âge d’or pour la région, tant sur le plan artistique que politique et religieux. Avec l’Empire romano byzantin, cet empire a été l’une des grandes puissances en Asie occidentale pendant plus de quatre cents ans. Fondée par Ardashir (Ardéchir), qui met en déroute Artaban V, le dernier roi parthe (arsacide), elle prend fin lors de la défaite du dernier roi des rois (empereur) Yazdgard III. Ce dernier, après quatorze ans de lutte, ne parvient pas à enrayer la progression du califat arabe, le premier des empires islamiques. Le territoire de l’Empire sassanide englobe alors la totalité de l’Iran actuel, l’Irak, l’Arménie d’aujourd’hui ainsi que le Caucase sud (Transcaucasie), y compris le Daghestan du sud, l’Asie centrale du sud-ouest, l’Afghanistan occidental, des fragments de la Turquie (Anatolie) et de la Syrie d’aujourd’hui, une partie de la côte de la péninsule arabe, la région du golfe persique et des fragments du Pakistan occidental. Les Sassanides appelaient leur empire Eranshahr, « l’Empire iranien », ou Empire des Aryens.