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Narcisse de Jérusalem

lundi 24 novembre 2025, par lucien jallamion

Narcisse de Jérusalem (mort en 211 ou 216)

Evêque de Jérusalem

D’origine inconnue, il a dû succéder à l’évêque Dolichien vers 185. Ce devait être un homme déjà âgé, octogénaire selon la tradition.


On le voit, dans la dernière décennie du siècle conjointement avec Théophile de Césarée, réunir un synode [1] d’évêques palestiniens pour réaffirmer leur attachement à la tradition quartodécimaine, [2] face aux prétentions du pape Victor 1er qui voudrait imposer à toute la chrétienté la célébration dominicale de Pâques. Un court texte cité par Eusèbe de Césarée, où il est question de l’accord permanent entre Palestiniens [3] et Alexandrins [4] sur cette question, constitue peut-être un extrait de la réponse de Narcisse et de ses collègues à Victor.


Narcisse dut être un évêque populaire. On lui a prêté de nombreux miracles. Une année, au grand désespoir des fidèles, l’huile vint à manquer pour illuminer le sanctuaire lors de la veillée de Pâques. Narcisse commanda aux diacres d’aller puiser de l’eau, se mit en prière, puis, “avec une foi sincère dans le Seigneur”, fit verser l’eau dans les lampes. Elle se changea aussitôt en huile. Au temps d’Eusèbe encore, on conservait à Jérusalem [5] un peu de cette huile miraculeuse pour témoigner des vertus du saint évêque.

La légende a toute chance d’être d’origine locale, car l’usage de faire brûler de l’huile consacrée dans les lampes paraît être, à cette époque au moins, propre aux Églises palestiniennes.


Trois pécheurs invétérés, inquiets des mœurs austères et de la sévérité de leur évêque, l’accusèrent faussement de crimes épouvantables et, pour donner plus de force à leurs dires, lui souhaitèrent avec de grands serments, l’un de périr par le feu, l’autre d’être rongé par la lèpre et le troisième de devenir aveugle. Personne ne prêta attention à leurs calomnies. Mais Narcisse, qui en fut très affecté, choisit de disparaître. Il alla se cacher dans le désert pour y vivre en philosophe comme il en avait depuis longtemps le désir secret. Les évêques du voisinage, ne sachant ce qu’il est devenu, songèrent à le remplacer. Ils consacrèrent d’abord un certain Dios qui ne dura guère, puis Germanion qui mourut à son tour, enfin Gordios.

Pendant ce temps, les 2 premiers calomniateurs moururent de la mort qu’ils envisageaient pour Narcisse, l’un dans l’incendie de sa maison, l’autre frappé d’une maladie affreuse et soudaine. Le troisième, épouvanté, confessa leur machination et, dans son repentir, versa tant de larmes qu’il en perdit l’usage de ses yeux.


La justice de Dieu ayant passé, Narcisse peut reparaître. Sa popularité est plus grande que jamais et malgré son grand âge il reprend possession de son siège. Ses collègues doutent pourtant qu’il soit encore en état d’exercer ses fonctions.

Mais la Providence veille. Alexandre dit Alexandre de Jérusalem , déjà évêque (peut-être d’une ville de Cappadoce), vient en pèlerinage à Jérusalem.

Avertis par une série de songes, Narcisse, le peuple et les évêques des alentours le retiennent de force et le consacrent pour être le nouvel évêque de la cité. Narcisse devient alors une sorte d’évêque honoraire, se contentant de prier pour la communauté.

Alexandre le cite encore un peu plus tard, dans une lettre adressée aux chrétiens d’Antinoé [6] en Égypte. Il leur annonce que Narcisse a 116 ans et qu’il les exhorte comme lui à faire régner la concorde entre eux. Ce récit est évidemment légendaire.

Mais il est possible que l’aventure de Narcisse garde le souvenir d’un conflit grave qui serait alors survenu dans l’Église de Jérusalem et dont on ne sait rien. Quant à l’histoire d’Alexandre et de son accession miraculeuse au siège de Jérusalem, elle est intéressante comme témoignage à la fois de la translation d’un évêque d’un siège à un autre et de la présence simultanée de deux évêques à la tête d’une même cité, toutes choses qui, à la date où Eusèbe les transmet, sont condamnées par le concile de Nicée [7].

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Narcisse de Jérusalem/ Portail du christianisme/ Catégories  : Saint catholique et orthodoxe de Palestine/ Histoire de la Palestine/ Paléochristianisme/ Hagiographie byzantine/ Évêque du 2ème et 3ème siècle

Notes

[1] Dans le christianisme, un synode est une assemblée délibérative d’ecclésiastiques mais aussi, dans certains cas, de laïcs. Cette pratique remonte aux racines juives du christianisme : le judaïsme a puisé dans le Tanakh la tradition de convoquer des assemblées représentatives, composées de rabbins et de laïcs, afin de débattre de questions doctrinales, juridiques ou morales. Dans le catholicisme, les termes de « synode » et de « concile » ont longtemps été interchangeables, sauf au niveau local, où a toujours été employée l’appellation de synode diocésain et non pas de concile. Depuis la fin du 20ème siècle, l’Église catholique tend à réserver le terme de « concile » aux assemblées dites œcuméniques, c’est-à-dire mondiales. Chez les orthodoxes, le Saint-Synode est l’assemblée permanente des évêques qui, sous la présidence d’un primat, dirige l’une des Églises autocéphales de la communion orthodoxe. Dans le protestantisme, le synode est l’assemblée responsable du gouvernement d’une Église, dans la mesure où elle a adopté le régime presbytéro-synodal. Des laïcs font partie des synodes protestants aux côtés des pasteurs.

[2] La Pâque quartodécimaine est une fête religieuse qui a été pratiquée essentiellement jusqu’à la fin du 4ème siècle par les Églises chrétiennes d’Asie. Celles-ci célébraient la Pâque au soir du quatorze Nissan (qui débute au coucher du soleil comme tous les jours des calendriers hébraïques), c’est-à-dire la veille de la Pâque juive, alors que les Églises liées à Rome fêtaient Pâques le dimanche suivant. Nissan (dénommé Aviv avant l’exil à Babylone) est le premier mois du calendrier juif, dont les dates des jours commencent avec le coucher du soleil et se terminent avec le coucher du soleil suivant. Le premier jour du mois de Nissan était déterminé par l’observation du lever de la nouvelle lune visible par les prêtres du temple antique à Jérusalem, première nouvelle lune suivant l’équinoxe de printemps. La date de la Pâque du calendrier juif actuel peut différer de la Pâque des Hébreux antiques et des chrétiens du 1er siècle parce que, d’une part, le calendrier juif actuel est basé sur la nouvelle lune astronomique alors que le lever de la nouvelle lune ne peut être visible à Jérusalem que 18 à 30 heures plus tard, et que, d’autre part, la majorité des juifs actuels célèbrent la Pâque le 15 Nissan. De nos jours, les Églises chrétiennes célèbrent Pâques à une date indépendante du calendrier juif, selon les prescriptions du Concile de Nicée.

[3] habitants de la palestine

[4] habitants de Alexandrie

[5] Ville du Proche-Orient que les Israéliens ont érigée en capitale, que les Palestiniens souhaiteraient comme capitale et qui tient une place centrale dans les religions juive, chrétienne et musulmane. La ville s’étend sur 125,1 km². En 130, l’empereur romain Hadrien change le nom de Jérusalem en « AElia Capitolina », (Aelius, nom de famille d’Hadrien ; Capitolina, en hommage au dieu de Rome, Jupiter capitolin) et il refonde la ville. Devenue païenne, elle est la seule agglomération de la Palestine à être interdite aux Juifs jusqu’en 638. Durant plusieurs siècles, elle est simplement appelée Aelia, jusqu’en 325 où Constantin lui redonne son nom. Après la conquête musulmane du calife Omar en 638, elle devient Iliya en arabe, ou Bayt al-Maqdis (« Maison du Sanctuaire »), équivalent du terme hébreu Beit ha-Mikdash (« Maison sainte »), tous deux désignant le Temple de Jérusalem, ou le lieu du voyage et d’ascension de Mahomet, al-Aqsa, où se situait auparavant le temple juif

[6] Antinoupolis ou Antinoé est une cité de l’Égypte antique sur la rive orientale du Nil, en face d’Hermopolis Magna. Cette cité est créée par l’empereur romain Hadrien, qui la relie au port de Bérénice, sur la mer Rouge, par la via nova Hadriana, construite en 137.

[7] Le premier concile œcuménique se tint à Nicée, de la fin mai au 25 juillet 325. Il eut pour objectif principal de définir l’orthodoxie de la foi, à la suite de la controverse soulevée par Arius sur la nature du Christ.