D’origine inconnue, il a dû succéder à l’évêque Dolichien vers 185. Ce devait être un homme déjà âgé, octogénaire selon la tradition.
On le voit, dans la dernière décennie du siècle conjointement avec Théophile de Césarée, réunir un synode [1] d’évêques palestiniens pour réaffirmer leur attachement à la tradition quartodécimaine, [2] face aux prétentions du pape Victor 1er qui voudrait imposer à toute la chrétienté la célébration dominicale de Pâques. Un court texte cité par Eusèbe de Césarée, où il est question de l’accord permanent entre Palestiniens [3] et Alexandrins [4] sur cette question, constitue peut-être un extrait de la réponse de Narcisse et de ses collègues à Victor.
Narcisse dut être un évêque populaire. On lui a prêté de nombreux miracles. Une année, au grand désespoir des fidèles, l’huile vint à manquer pour illuminer le sanctuaire lors de la veillée de Pâques. Narcisse commanda aux diacres d’aller puiser de l’eau, se mit en prière, puis, “avec une foi sincère dans le Seigneur”, fit verser l’eau dans les lampes. Elle se changea aussitôt en huile. Au temps d’Eusèbe encore, on conservait à Jérusalem [5] un peu de cette huile miraculeuse pour témoigner des vertus du saint évêque.
La légende a toute chance d’être d’origine locale, car l’usage de faire brûler de l’huile consacrée dans les lampes paraît être, à cette époque au moins, propre aux Églises palestiniennes.
Trois pécheurs invétérés, inquiets des mœurs austères et de la sévérité de leur évêque, l’accusèrent faussement de crimes épouvantables et, pour donner plus de force à leurs dires, lui souhaitèrent avec de grands serments, l’un de périr par le feu, l’autre d’être rongé par la lèpre et le troisième de devenir aveugle. Personne ne prêta attention à leurs calomnies. Mais Narcisse, qui en fut très affecté, choisit de disparaître. Il alla se cacher dans le désert pour y vivre en philosophe comme il en avait depuis longtemps le désir secret. Les évêques du voisinage, ne sachant ce qu’il est devenu, songèrent à le remplacer. Ils consacrèrent d’abord un certain Dios qui ne dura guère, puis Germanion qui mourut à son tour, enfin Gordios.
Pendant ce temps, les 2 premiers calomniateurs moururent de la mort qu’ils envisageaient pour Narcisse, l’un dans l’incendie de sa maison, l’autre frappé d’une maladie affreuse et soudaine. Le troisième, épouvanté, confessa leur machination et, dans son repentir, versa tant de larmes qu’il en perdit l’usage de ses yeux.
La justice de Dieu ayant passé, Narcisse peut reparaître. Sa popularité est plus grande que jamais et malgré son grand âge il reprend possession de son siège. Ses collègues doutent pourtant qu’il soit encore en état d’exercer ses fonctions.
Mais la Providence veille. Alexandre dit Alexandre de Jérusalem , déjà évêque (peut-être d’une ville de Cappadoce), vient en pèlerinage à Jérusalem.
Avertis par une série de songes, Narcisse, le peuple et les évêques des alentours le retiennent de force et le consacrent pour être le nouvel évêque de la cité. Narcisse devient alors une sorte d’évêque honoraire, se contentant de prier pour la communauté.
Alexandre le cite encore un peu plus tard, dans une lettre adressée aux chrétiens d’Antinoé [6] en Égypte. Il leur annonce que Narcisse a 116 ans et qu’il les exhorte comme lui à faire régner la concorde entre eux. Ce récit est évidemment légendaire.
Mais il est possible que l’aventure de Narcisse garde le souvenir d’un conflit grave qui serait alors survenu dans l’Église de Jérusalem et dont on ne sait rien. Quant à l’histoire d’Alexandre et de son accession miraculeuse au siège de Jérusalem, elle est intéressante comme témoignage à la fois de la translation d’un évêque d’un siège à un autre et de la présence simultanée de deux évêques à la tête d’une même cité, toutes choses qui, à la date où Eusèbe les transmet, sont condamnées par le concile de Nicée [7].