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L’histoire pour le plaisir

La Retraite de Russie 1ère partie

vendredi 14 novembre 2025, par lucien jallamion

La Retraite de Russie 1ère partie

Le 13 septembre 1812 Napoléon entre à Moscou [1]. La bataille de la Moskova lui a ouvert les portes de la ville. Napoléon s’y installe.


Dans l’après-midi du 15 septembre 1812, après avoir pris possession de ses appartements du Kremlin [2] Napoléon monte à cheval et fait le tour de l’ancienne forteresse des Tsars, admirant au passage les palais, les sanctuaires, l’arsenal, les dépôts, les casernements bâtis à l’abri de ses murailles crénelées. Au loin, on aperçoit quelques volutes de fumée s’élevant vers le ciel. Ses compagnons le rassurent : il ne s’agit, selon eux, de rien de grave, simplement de quelques foyers que des imprudents ont allumés et que la troupe n’aura guère de mal à circonscrire.


Fatigué par cette longue journée et souffrant toujours de son rhume l’Empereur se couche de bonne heure. La nuit, le ciel s’illumine d’une sinistre couleur rouge. Dans tous les quartiers de la ville, des maisons s’enflamment, des palais flambent, des immeubles construits en bois pour la plupart, s’effondrent. À 4 heures du matin, la moitié de la ville est en feu et l’incendie, attisé par un vent qui souffle en tempête, continue à se propager.

Mais de toutes parts des incendies se déclarent. La ville brûle. Les Russes ont choisi de ne pas permettre que l’usurpateur occupe leur capitale.

Napoléon est réveillé par la lumière éclatante qui éclaire sa chambre. Il se lève, s’approche des fenêtres et constate l’étendue du sinistre. A cet instant, son valet de chambre pénètre dans la pièce. Ses officiers arrivés peu après, lui annoncent qu’une des tours du Kremlin est en feu, que des flammèches tombent déjà à l’intérieur de l’enceinte. Ils précisent que la troupe est débordée, que toutes les pompes à incendie de la ville ont été emmenées ou mises hors de service, que des criminels ont été libérés des prisons et se livrent aux pires sévices, que des hordes de pillards sont partout à l’ouvrage.

Napoléon est stupéfait : " Cela dépasse tout : c’est une guerre d’extermination, c’est une tactique horrible, sans précédent dans l’histoire de la civilisation ... Brûler ses propres villes !...

La matinée du 16 septembre se passe dans l’angoisse. Napoléon monte au sommet de la plus haute tour du Kremlin édifiée au 16ème siècle par Ivan III le Grand et d’où l’on jouit d’une vue très étendue sur l’agglomération moscovite afin de se rendre compte de l’ampleur du sinistre, puis se rend à l’arsenal dont l’explosion constituerait une véritable catastrophe et que les soldats s’efforcent de protéger. Le temps passe et la situation s’aggrave d’heure en heure. Les membres de son entourage, de plus en plus inquiets, et, au premier chef, le prince Eugène de Beauharnais et le maréchal Berthier prétendent que les Russes ont organisé l’incendie dans le but d’encercler le palais dans les flammes et de l’y faire périr. Il faut donc s’en éloigner au plus vite et gagner le palais Petrovski( [3], vaste demeure entourée de bois et de terrains vagues située à 2 lieues du Kremlin sur la route de Saint-Pétersbourg [4] où les souverains russes avaient l’habitude de passer la nuit avant de faire leur entrée solennelle dans l’ancienne capitale.

L’Empereur hésite. Il n’est pas venu à Moscou et ne s’est pas installé au Kremlin pour en être chassé aussitôt. Son départ serait interprété comme une fuite et aurait les plus regrettables conséquences sur le moral de l’armée. Pourtant, devant la montée du danger, il finit par s’y résigner. Vers 4 heures de l’après-midi, accompagné des membres de son état major, il se dirige vers la porte ouvrant sur la Place Rouge [5], mais les flammes rendent déjà toute sortie hasardeuse. Ses compagnons découvrent enfin une poterne ouvrant sur le quai de la Moskowa [6] et ordonnent qu’y soient amenés des chevaux. Napoléon et ses officiers la franchissent mais une épaisse fumée à laquelle se mêlent des cendres transportées par le vent ralentit leur progression. Guidés et encadrés par un peloton de la Garde, ils finissent cependant par trouver la bonne direction.

Vers 7 heures et demi, l’Empereur arrive enfin au palais Petrovski. Il va y demeurer 3 jours au cours desquels l’incendie continue à faire rage. C’est pendant ce séjour qu’on lui apporte une pancarte découverte devant les restes de la résidence que le général Rostopchine, gouverneur de Moscou, possédait aux environs de la ville. Elle est rédigée en français : “J’ai embelli pendant 8 ans cette campagne et j’y vivais heureux au sein de ma famille. Les habitants de cette terre au nombre de 1720 la quittent à votre approche et moi, je mets le feu de ma propre volonté à ma maison pour qu’elle ne soit pas souillée par votre présence. Français, je vous ai abandonné mes deux maisons de Moscou. avec un ameublement valant un demi-million de roubles. Ici, vous ne trouverez que des cendres”.

L’Empereur est consterné. Il mesure à cette lecture combien est profonde la haine que lui portent les Russes et combien il sera difficile, après une telle tragédie, de conclure la paix.

Le 18 septembre. le feu s’apaise enfin. Il est vrai que les deux tiers de la ville sont détruits, mais le Kremlin a pu être sauvé. Dans la soirée Napoléon décide donc de s’y installer à nouveau. Il parcourt les rues en ruines jonchées de débris de toute sorte, parmi lesquels on devine des cadavres à demi-calcinés. De temps à autres, on aperçoit des pillards qui s’enfuient, croulant sous le poids de leur butin.

Le soir même, il écrit à l’impératrice MarieLouise : "... C’ est le gouverneur et les Russes qui, de rage d’être vaincus ont mis le feu à cette ville. Deux cent mille bons habitants sont au désespoir, dans la rue et /a misère. Il reste cependant assez pour l’armée et l’armée a trouvé bien des richesses de toutes espèces, car dans ce désordre, tout est au pillage. Cette perte est immense pour la Russie son commerce en sentira une grande secousse. Ces misérables avaient poussé la précaution jusqu’à enlever et détruire les pompes... ".

Dans un souci d’apaisement, il va également s’efforcer de faire renaître à la vie la malheureuse cité. Dans une proclamation affichée sur les murs des principaux édifices restés debout, le consul de France, Jean-Baptiste de Lesseps qui vient d’être nommé intendant de la province de Moscou, annonce à la population : " Vos malheurs sont cruels mais Sa Majesté l’ Empereur et Roi veut en arrêter le cours …. ".

Effectivement l’Empereur nomme un honorable commerçant maire de Moscou et désigne 6 adjoints et 32 conseillers pour l’assister dans sa tâche. En même temps il invite les habitants à retourner avec confiance dans leurs demeures, les artisans à reprendre leurs divers métiers, les paysans à sortir des bois où la peur les retient et à venir vendre en ville le surplus de leurs provisions et les produits de leurs terres.

Il ordonne à l’armée de rendre au culte les églises transformées en écuries et aux autorités civiles de faire procéder à la réouverture des théâtres, restaurants et lieux de plaisir qui n’ont pas disparu dans les flammes.

La plupart de ces efforts demeureront sans effet. Le nouveau maire de Moscou proteste hautement de sa ferme décision de ne rien faire contre la patrie ni contre le serment qu il a prêté au Tsar et à la proclamation de de Lesseps, Rostopchine répond du fond de sa retraite : " Gens des campagnes, habitants du gouvernement de Moscou, l’ennemi de toute société humaine, le fléau de Dieu pour nos péchés, le tentateur infernal, le scélérat français enfin, a pénétré dans Moscou et l’a livrée au fer et aux flammes ... Détruisez la vermine étrangère et jetez les cadavres en pâture aux loups et aux corbeaux ... Songez au Tsar : il est l’oint du Seigneur et nous lui avons juré fidélité ".


Napoléon déclarera un jour devant ses compagnons d’exil à Sainte-Hélène [7], qu’il avait songé, au lendemain de ce double désastre que constituait la destruction de la ville et l’hostilité de ses habitants à se retirer de Moscou et à revenir à Smolensk [8]. Il avait, disait-il, renoncé à exécuter ce projet parce qu’il espérait l’ouverture prochaine de négociations avec le gouvernement russe et qu’il lui avait semblé inopportun d’abandonner en un tel moment le gage que représentait à ses yeux l’ancienne capitale des Tsars. Il était donc resté, mais reconnaissait que ce faisant, il avait probablement commis une faute.

Tandis que Napoléon rêvait ainsi du retour à la paix, le Tsar continuait à demeurer silencieux. Il lui fallait donc trouver un messager acceptant de faire connaître ses intentions à la Cour de Saint-Pétersbourg. Les circonstances allaient lui en donner l’occasion.


L’Empereur avait à peine réintégré le Kremlin que le conseiller d’Etat Toutolmine, directeur de l’Hospice des Enfants Trouvés dans lequel étaient hébergés un millier de blessés russes, vint remercier le maréchal Mortier de la protection que lui avaient accordé ses soldats depuis leur entrée dans la ville. Averti de cette démarche, Napoléon avait demandé à le voir.

Toutolmine, après avoir rendu de nouveau hommage aux Français, sollicite de l’Empereur l’autorisation d’adresser un rapport à l’impératrice douairière Sophie-Dorothée de Wurtemberg-Montbéliard protectrice de l’institution qu’il dirige, dans lequel il se proposait de faire état de l’assistance que lui avaient apporté les troupes d’occupation. Non seulement, Napoléon l’encourage dans ses intentions mais lui demande d’ajouter de sa part un message d’estime pour la personne du Tsar


Quelques jours plus tard, Napoléon écrit à Alexandre 1er  : “Monsieur mon frère, la belle et superbe ville de Moscou n’existe plus. Rostopchine l’a fait brûler. Quatre cents incendiaires ont été arrêtés sur le fait ; tous ont déclaré qu’ils mettaient le feu par les ordres de ce gouverneur et du directeur de la police. Ils ont été fusillés.”

2 jours plus tard, le 20 septembre, 1’Empereur apprend qu’un riche aristocrate du nom de Iakolev venait d’être arrêté pour s’être attardé sans autorisation à Moscou auprès d’un oncle malade. Faisant état des bonnes relations qu’il avait entretenues autrefois à Paris avec le maréchal Mortier, il avait demandé non seulement d’être remis en liberté mais aussi un laissez-passer pour regagner Saint-Pétersbourg où il résidait habituellement.

Napoléon reçoit lui-même le visiteur. Après un long monologue au cours duquel il répète à plusieurs reprises qu’il n’avait jamais mené une lutte aussi cruelle, que ses soldats savaient combattre mais ne détruisaient pas les capitales conquises, il affirme son inébranlable amour de la paix et rappelle que la guerre présente était dirigée non contre la Russie, mais contre l’Angleterre. Il ajoute encore que si Alexandre veut vraiment poursuivre les hostilités, il est prêt pour sa part, à s’incliner, que ses troupes lui demandent avec insistance de les conduire à Saint-Pétersbourg et que cette capitale risque alors de partager le sort de Moscou.

Après quelques instants de silence, il dévoile enfin ses batteries :" Vous chargeriez-vous, demande t-il à son visiteur, de transmettre une lettre au Tsar ? A cette condition, je vous ferais donner un laissez-passer à vous et à toute votre famille ".

En dépit de toutes les mises en garde, il se veut toujours persuadé que la campagne en cours se réduit à une simple querelle entre deux souverains qui, après s’être affrontés sur le terrain, pourront de nouveau se réconcilier. Le sort s’étant prononcé en sa faveur, du moins il affecte de le croire, il juge donc venu le moment de tendre la main à son adversaire malheureux. Pas un instant, il ne veut ou ne peut admettre que le peuple russe dans sa quasi totalité s’est solidarisé avec son Tsar, que cette guerre est devenue une guerre nationale et qu’elle ne pourra prendre fin qu’avec le départ de l’envahisseur, quel que soit le prix a payer.

Ce sentiment largement partagé par les conseillers d’Alexandre, s’était trouvé encore renforcé par l’annonce de la destruction de Moscou. Certes, il existe bien à la Cour de Saint-Pétersbourg une poignée de défaitistes, au nombre desquels figurent fort curieusement l’impératrice douairière, la grande-duchesse Catherine ou Catherine II et le frère aîné du Tsar, le grand-duc Constantin Pavlovitch Romanov , qui se disent convaincus que la cause russe est perdue et qu’il vaut mieux, malgré leur hostilité profonde pour la personne de Napoléon, traiter avec lui plutôt que de poursuivre une lutte sans espoir.

Redoutant une marche de la Grande Armée en direction de la capitale, des ordres ont même été secrètement donnés pour que soient évacués, le cas échéant les archives, le trésor impérial et même la statue équestre de Pierre-le-Grand œuvre du sculpteur français Étienne Maurice Falconet qui orne une des principales place de la ville. Mais, en même temps et pour donner le change, la vie mondaine continue et les bals, réceptions, représentations théâtrales se déroulent comme à l’accoutumée.

Sachant pertinemment que la moindre faiblesse pourrait lui coûter son trône, peut-être même la vie, Alexandre, quant à lui, affiche la plus ferme résolution. A tous ceux qui le pressent de ne pas céder au mirage d’une paix conclue dans des conditions aussi humiliantes.

Il était donc fatal, dans de telles conditions, que le Tsar opposât un silence méprisant aux ouvertures de l’Empereur. Pourtant ce dernier, ancré dans ses llusions s’en étonne et, sans oser le reconnaître, commence à s’en inquiéter. Ses maréchaux eux-mêmes s’interrogent. Combien de temps va t-on rester dans cette ville désolée où les vivres ne vont pas tarder à manquer, menacé par les rigueurs de l’hiver qui peut à tout instant succéder à la douceur de l’automne, exposé aux attaques des troupes du maréchal Mikhaïl Koutouzov que l’on sait aux aguets quelque part au Sud de la capitale et à celles des colonnes de partisans qui s’enhardissent de plus en plus fréquemment à couper les lignes de communications avec l’arrière ? A plusieurs reprises, ils ont fait part de leur impatience, mais l’Empereur, manifestement agacé, a toujours refusé de prendre en compte leurs récriminations. En attendant des nouvelles de plus en plus improbables en provenance de Saint-Pétersbourg, il affecte la plus grande sérénité. Pour donner le change, il travaille, s’occupe des affaires de l’État comme s’il se trouvait aux Tuileries [9]. Il signe notamment le nouveau statut de la Comédie Française [10], passe ses troupes en revue, visite des cantonnements, des hôpitaux, des dépôts et des magasins situés à l’intérieur de la ville ou dans ses proches faubourgs : chaque soir, il assiste ostensiblement à un spectacle.

Pourtant, il ne cesse de réfléchir à la situation. Le 3 octobre, après une nuit d’insomnie, il convoque au Kremlin ses chefs de corps et leur expose son plan : il faut rassembler toutes les troupes disponibles, brûler ce qui reste de Moscou et, en empruntant la route de Tver [11] marcher sur Saint-Pétersbourg où l’armée du maréchal Macdonald , toujours aux prises avec les Russes aux abords de Riga [12], viendra les rejoindre.

Ses interlocuteurs objectent que l’on ne peut raisonnablement entreprendre une nouvelle campagne à la veille de l’hiver avec une armée diminuée et " les forces de Koutousov dans le dos ". Ils invoquent la fatigue, la disette, les routes stériles et déserte, l’obstination des Russes. Napoléon se tait et les congédie.

Quelques heures plus tard, il demande à Caulaincourt de se rendre auprès du Tsar et de discuter avec lui des conditions auxquelles on pourrait conclure la paix.

Ce dernier lui répond que cette nouvelle démarche est vouée à l’échec, comme l’ont été les 2 précédentes, et n’aurait pour seul résultat que d’apporter aux Russes la confirmation des difficultés au milieu desquelles se débattent les Français.

Jacques Alexandre Law de Lauriston , après avoir développé les mêmes arguments que Caulaincourt. accepte pourtant de se rendre auprès du maréchal Koutousov afin de lui demander un laissez-passer pour Saint-Pétersbourg. Napoléon le remercie et lui communique ses dernières consignes.

Lauriston s’incline et prend sur-le-champ les dispositions nécessaires à l’accomplissement de sa mission.


Après avoir traversé Moscou au cours de la journée du 14 septembre, les troupes du maréchal Koutousov s’étaient ostensiblement engagées sur la route de Riazan [13], en direction du Sud-Est. Sur l’ordre de l’Empereur, les cavaliers de Murat s’étaient aussitôt lancés à leurs trousses. Après une brève poursuite, ils les avaient rejointes et bousculées, mais à leur grande stupéfaction, l’armée ennemie estimée à 70 000 hommes avait disparu. Pendant plusieurs jours, Murat avait vainement battu la campagne pour tenter de la retrouver et était finalement rentré à Moscou pour rendre compte à l’Empereur de son échec.

La raison en était simple. A quelques kilomètres de l’ancienne capitale, le Russe avait donné l’ordre à ses arrière-gardes de continuer leur marche vers Riazan tandis que le gros de ses forces obliquait vers le Sud en direction de Kalouga [14]. Il s’était arrêté à une centaine de kilomètres à peine de Moscou, aux environs du village de Taroutino [15], en arrière des rives marécageuses de la rivière Nara [16]. Une fois de plus, le vieux troupier avait réussi à berner son impérial adversaire.

Koutousov allait profiter de ce répit pour faire souffler ses hommes, leur procurer des vivres frais, rassembler des vêtements d’hiver dont il savait qu’ils auraient bientôt besoin. Surtout il allait organiser cette lutte de partisans qui devait porter des coups cruels à l’ennemi et saper son moral.

En effet, arrivaient chaque jour à Taroutino des centaines, voire des milliers de paysans, certains ayant abandonné leurs maisons contre la volonté de leurs maîtres, pour venir se battre contre l’envahisseur. Koutousov, conscient du rôle important que ces volontaires pouvaient jouer pour l’aider à libérer la patrie, allait confier au colonel Denys Davidov , un ancien aide de camp du général Bagration , le soin de veiller à leur équipement et à leur instruction.


Soutenus bientôt par l’arrivée de 26 nouveaux régiments de Cosaques venus de leurs steppes lointaines pour apporter leur soutien à l’armée régulière, ces corps auxiliaires vont très rapidement semer la panique dans les rangs des armées de Napoléon en attaquant les convois, brûlant les ponts difficilement relevés par les hommes du génie, abattant des arbres sur les routes, exposant toute colonne partie à la recherche de ravitaillement ou de fourrage dans la campagne avoisinant la capitale à tomber dans une embuscade.

En apprenant la décision de Koutousov de s’arrêter à Taroutino, Alexandre, mal renseigné par les rapports fielleux du général Levin August von Bennigsen dont les relations avec son supérieur étaient de plus en plus tendues, avait violemment reproché au commandant en chef son inaction alors que Napoléon se prélassait au Kremlin et que la route de Saint-Pétersbourg demeurait dangereusement ouverte. Le vieux maréchal lui avait fait respectueusement remarquer qu’il avait pu ainsi reconstituer ses effectifs, qu’à la suite des actions de plus en plus audacieuses des bandes de partisans les Français étaient désormais encerclés et en quelque sorte prisonniers de leur victoire, qu’il leur interdisait la route de Kalouga et des riches provinces du Sud au cas où ils tenteraient de s’échapper dans cette direction et qu’enfin il demeurerait prêt à intervenir dès que les circonstances lui offrirait une occasion favorable. Le Tsar qui n’ignorait pas l’immense popularité dont jouissait Koutousov dans les rangs de l’armée qui ne disposait d’aucun général capable de le remplacer, s’était incliné.

On en était là lorsque le 4 octobre dans la soirée, le général Lauriston se présente aux avant-postes et demande à être conduit auprès du commandant en chef. Aussitôt avertis, tous ceux qui se veulent les plus acharnés à la poursuite de la guerre et que nous appellerions aujourd’hui les " faucons " s’agitent. A leur tête se trouve, bien entendu, le général Bennigsen, auquel se joint le commissaire anglais attaché au quartier général russe, sir Robert Thomas Wilson, et deux beaux-frères du Tsar, le duc de Wurtemberg et le duc d’Oldenbourg. Craignant sans doute que la " décrépitude du maréchal ne le rende plus ou moins enclin à la conciliation ", ils lui rappellent qu’il a reçu l’ordre formel de ne pas traiter avec l’ennemi et l’invitent, par conséquent, à éconduire l’importun.

" C’est moi qui commande l’armée, leur répond-il, et je sais mieux que quiconque ce qu’exigent les intérêts confiés à ma garde ".

Le lendemain matin à 10 heures, Koutousov reçoit le général Lauriston dans l’isba [17] qui lui sert de quartier général. D’entrée de jeu, il affecte une politesse exquise et évoque complaisamment les souvenirs que lui avaient laissé un séjour à Paris accompli quelques années auparavant. Au bout de quelques instants, le Français estime qu’il est temps d’aborder des problèmes plus sérieux.

Après avoir présenté au maréchal une première lettre écrite à son intention, il lui annonce que l’Empereur lui en a confiée une seconde adressée au Tsar devant être remise en mains propres à son destinataire. Koutousov lui répond qu’il ne dispose d’aucun pouvoir l’autorisant à lui accorder un laissez-passer lui permettant de se rendre à Saint-Pétersbourg.

Lauriston ne se laisse pas démonter. A défaut de pouvoir se rendre en personne dans la capitale russe, il serait désireux que la lettre soit acheminée le plus rapidement possible et offre même au courrier chargé de cette mission le libre passage à travers les lignes françaises afin d’abréger sa route. Koutousov remercie mais fait observer à son visiteur que les Russes connaissent assez bien leur pays pour savoir quel chemin il leur fallait emprunter. S’approchant de la fenêtre et montrant la pluie qui, depuis les premières heures de la matinée, ne cesse d’inonder le paysage, il ajoute qu’il serait inhumain de faire partir une estafette par un temps aussi exécrable.

Perdant patience, Lauriston en arrive à l’objet essentiel de sa mission. Le maréchal ne juge t-il pas qu’il est grand temps pour les Russes comme pour les Français qui, les uns et les autres ont fait preuve depuis le début de la campagne d’un courage exemplaire et subi de lourdes pertes, de terminer la guerre ? " Terminer la guerre, s’étonne Koutousov ? Mais elle n’est pas encore commencée ".

Après quelques instants de silence, il reprend : " Je serais maudit par la postérité si l’on me regardait comme le premier moteur d’un accommodement quelconque, car tel est l’esprit actuel de ma nation" .

En quelques mots, et toujours sans élever la voix, il fait alors comprendre à son interlocuteur qu’il est parfaitement informé des difficultés croissantes que rencontrent chaque jour les Français, des échecs répétés qu’ils viennent d’essuyer en Espagne, du mécontentement qui ne cesse de grandir en Europe. Lauriston voudrait bien reprendre la maîtrise de la conversation. Il se plaint des " traitements barbares infligés par les paysans russes aux Français qui tombent entre leurs mains ". Toujours avec la même douceur, Koutousov réplique qu’il " était impossible de changer la mentalité de gens qui, depuis deux cents ans, n’avaient pas vu d’envahisseurs ".

L’entrevue dure depuis une demi-heure. Lauriston, comprenant enfin que cet échange de vues ne peut mener à rien, demande la permission de se retirer et Koutousov annonce qu’il va le faire accompagner jusqu’aux avant-postes. Le lendemain, le général est de retour à Moscou et va immédiatement se présenter au Kremlin.

Après avoir entendu son rapport, Napoléon veut encore se bercer d’illusions. Il reconnaît que Koutousov est un ennemi implacable, mais qu’il est également un homme d’honneur. Il ne va donc pas manquer de transmettre au Tsar ses offres de paix et n’ose penser qu’elles puissent être rejetées. " A la réception de ma lettre, prédit-il, on verra Pétersbourg allumer des Feux de joie ! " Hélas ! le temps passe et aucune réponse ne parvient de la capitale russe. L’Empereur, qui a enfin compris que l’adversaire n’a aucun désir d’ouvrir des pourparlers de paix, se pose une fois encore cette obsédante question : Que faire ?

Le secrétaire d’Etat Pierre Daru , chargé de l’administration de la Guerre, tente d’intervenir. Il propose de faire venir des renforts, de transformer Moscou en camp retranché, d’y passer l’hiver et de déclencher une nouvelle offensive au printemps.

" C’est un conseil de lion, tranche l’Empereur, mais il est irréalisable car son application consommerait la perte de l’armée ".

La seule solution serait évidemment de quitter Moscou avant l’arrivée de la mauvaise saison et de se replier sur Smolensk, peut-être même sur Vitebsk [18]. Mais comment s’en aller sans perdre la face ?

" Cela paraîtrait une fuite ... Cela aurait des répercussions en Europe ... Il ne faut jamais battre en retraite et reconnaître ses propres erreurs. Cela vous ferait perdre l’estime ", confie t-il aux membres de son entourage.

Le général Caulaincourt, toujours prudent, lui conseille de ne pas perdre de temps : l’hiver, répète t-il, " peut arriver comme une bombe ".

Le 13 octobre, la ville se réveille sous une mince couche de neige qui fondra d’ailleurs rapidement. Sans l’avouer, Napoléon prend cette première manifestation de l’hiver comme un avertissement. Pourtant, pendant plus de 10 jours encore, il va hésiter. Des nuits entières, il arpente ses appartements en proie à une vive agitation. A plusieurs reprises, il prend ses dispositions en vue d’une prochaine évacuation de la ville, mais au dernier moment, revient sur sa décision.

Cependant, il fait transporter des malades et des blessés à Mojaïsk [19], donne des ordres pour que des animaux de boucherie soient acheminés de Pologne vers Smolensk et que des stocks de vêtements chauds y soient entreposés. Il fait même descendre à grand renfort d’échafaudages la lourde croix en fer doré qui surmonte le clocher de la chapelle d’Ivan-le-Grand qu’il veut ramener à Paris et faire ériger au sommet du dôme des Invalides. Bien qu’elle se soit brisée au cours de la manœuvre, il en fait charger les morceaux sur un chariot qui prend lui aussi la direction de Smolensk. Malheureusement, cette relique, qui était objet d’une véritable vénération de la part des Moscovites, sera perdue en route et jamais retrouvée.

Dans l’après-midi du 18 octobre, alors qu’il passe en revue dans la cour du Kremlin les divisions du maréchal Ney , il perçoit dans le lointain le bruit d’une canonnade. Dans la soirée, il apprend que les troupes du maréchal Murat fortes d’une vingtaine de mille hommes et qui se trouvaient depuis plusieurs jours au contact des Russes aux environs de Taroutino, avaient été brusquement attaquées par l’ennemi et perdu plus de 2 000 soldats, 36 canons, 50 caissons de munitions et un drapeau.

Cet événement malheureux revêt aux yeux de Napoléon une importance considérable. Pour la première fois, en effet, depuis l’entrée des Français dans Moscou, les Russes venaient de passer à l’offensive et de remporter un succès. Il en déduit que le maréchal Koutousov, car il ignore que l’affaire avait été montée contre son gré par le général Bennigsen assisté de quelques généraux particulièrement pressés d’en découdre avec les Français, est parvenu à reconstituer ses forces et pourrait, s’il s’attardait davantage à Moscou, réussir à lui barrer la route de Kalouga qu’il compte emprunter pour gagner Smolensk, de préférence à celle de Mojaïsk qu’il sait dévastée et sans cesse menacée par les Cosaques.

Aussitôt, sa décision est prise : " il faut laver l’affront de cette surprise s’écrie t-il, et surtout qu’on ne puisse pas dire qu’un échec nous a forcés à nous retirer".

Marchons sur Kalouga et malheur à ceux qui se trouveront sur mon passage !

Le 19 octobre à 7 heures du matin, par un beau soleil d’automne, les premiers Français commencent à quitter la ville. De nombreuses unités ont toujours fière allure, mais beaucoup d’hommes sont mal vêtus, mal chaussés, bien des chevaux paraissent incapables de soutenir un long effort. Napoléon constate lui-même que " sa cavalerie et son artillerie se trament plutôt qu’elles ne marchent ". De plus, un nombre incalculable de voitures chargées de butin entravent considérablement la marche de 1’armée. " Bah, dit-il, le premier raid de Cosaques et la fatigue auront raison de tout cela ".

A 10 heures, il quitte à son tour le Kremlin. Le lendemain et le surlendemain, le morne défilé se poursuit sans interruption. Le 22 octobre, à 1’heure du coucher de soleil, près de 100 000 hommes, Français et alliés, ont abandonné la ville martyre. Seuls sont demeurés sur place les 8 000 hommes du maréchal Mortier auquel l’Empereur a donné l’ordre de miner le palais et les principaux édifices publics encore debout et de les faire sauter avant de se retirer.

A l’heure où les derniers Français franchissent la porte de Kalouga, un Moscovite qui a réussi à tromper leur surveillance, galope dans la nuit et à travers les fondrières en direction du quartier-général de l’armée russe où il parvient au début de la matinée du lendemain. Aussitôt introduit auprès du maréchal Koutousov, il lui annonce la nouvelle.

Le maréchal, assis sur son lit, ne peut en croire ses oreilles. L’homme recommence son récit. Très ému, Koutousov essuie une larme, puis, tombant à genoux devant l’icone du Sauveur, dit d’une voix étouffée : " Seigneur, Créateur de toutes choses, enfin tu as écouté mes prières.

Le 23 octobre 1812, Napoléon évacue Moscou brûlée, où il est resté plus d’un mois. Les armées de Koutouzov le contraignent à reprendre la même route qu’à l’aller. Mais celle-ci n’est plus que ruines et terres brûlées. Qui plus est, un autre ennemi attend la Grande Armée, l’hiver russe.

Pour barrer la route à Napoléon, Koutousov a massé 85 000 fantassins et 35 000 cavaliers derrière la ville de Malo-Iaroslavets [20] située à une cinquantaine de kilomètres au Nord de Kalouga. La bataille s’engage le 24 octobre. Toute la journée, les combats sont acharnés. La ville va changer de mains à 7 reprises et reste enfin en possession des forces du maréchal Davout et du prince Eugène. 10 000 hommes, tués ou blessés, sont tombés au cours de cette effroyable mélée, 4 000 Français et Italiens, 6 000 Russes. Napoléon va coucher dans une masure délabrée, non loin du champ de bataille.

Aux premières heures de la matinée du 25 octobre des éclaireurs lui rapportent que les forces de Koutousov s’étaient concentrées aux portes de la citadelle. Aussitôt, il décide de partir en reconnaissance afin d’apprécier la solidité des positions ennemies. De ses constatations dépendront sa décision : passer à l’attaque ou changer de direction et se porter vers Mojaïsk, c’est-à-dire vers la route par laquelle il est arrivé à Moscou.

Entouré d’une suite peu nombreuse, il se dirige vers Malo-Iaroslavets en ruines. Soudain, un détachement de cavaliers s’élance aux cris de " Hourrah ! " " Sire, ce sont des Cosaques, retirez-vous, hurle le général Rapp .

Parfaitement calme, l’Empereur a déjà porté la main à son épée. Heureusement, les dragons de la Garde, alertés par le bruit, chargent et dégagent la petite troupe.

Au cours de la journée, Napoléon poursuit l’inspection du champ de bataille. De retour à sa cabane, il réfléchit et à 10 heures du soir demande à ses maréchaux de venir le rejoindre. La réunion qui va se tenir présente d’étranges similitudes avec celle qu’avait présidée le général Koutousov dans l’isba de Fili le jour où il s’était résigné à abandonner Moscou.

Autour d’une mauvaise table, ont pris place les maréchaux Berthier, Murat, Bessières , Davout et le prince Eugène. L’Empereur, très abattu, expose la situation. La discussion s’engage : faut-il livrer une nouvelle bataille pour tenter d’opérer une percée en direction de Kalouga d’où l’on pourra gagner Smolensk en traversant une région jusqu’alors épargnée par la guerre, ou se replier sans combattre sur Mojaïsk et reprendre la route suivie lors de la marche vers Moscou, plus courte que la précédente mais que l’on sait transformée en désert et constamment attaquée par des bandes de partisans. La plupart des participants se disent très impressionnés par la détermination des Russes et évoquent l’épuisement de l’armée. Sans oser se prononcer trop ouvertement, tous pensent que la sagesse serait d’éviter un nouvel affrontement. L’Empereur, qui n’a rien dit, relève la tête et déclare : " C’est bien, Messieurs, je déciderai ".

En réalité, sans oser encore le reconnaître, il est déjà résolu : il ne restera pas à la portée de Koutousov et reprendra en vaincu la route qu’il avait suivie en conquérant. Mais, tirant la leçon du raid des Cosaques et en prévision d’un nouveau coup de main de leur part, il demande à son chirurgien, le docteur Yvan, de lui procurer un flacon de poison qu’il portera dorénavant toujours sur lui.

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Notes

[1] Moscou est la capitale de la Russie et la ville la plus peuplée à la fois du pays et d’Europe. Sur le plan administratif Moscou fait partie du district fédéral central et a le statut de ville d’importance fédérale qui lui donne le même niveau d’autonomie que les autres sujets de la Russie. Elle est quasiment enclavée dans l’oblast de Moscou, mais en est administrativement indépendante. Moscou se situe dans la partie européenne de la Russie au milieu d’une région de plaine. Sa latitude élevée lui vaut un climat froid et continental. Le Kremlin, son cœur historique, est édifié sur une colline qui domine la rive gauche de la rivière Moskova. Moscou a joué un rôle central dans l’histoire de la Russie. Petit point d’appui militaire créé en 1147 dans le nord de la Rus’ de Kiev, elle prend progressivement le relais de Kiev, après la décomposition politique de cet État et les invasions mongoles du 13ème siècle. Elle devient la capitale du grand-duché de Moscou, tsarat de Russie puis de l’Empire russe qui étend progressivement son territoire jusqu’à la frontière avec la Pologne à l’ouest, la Crimée au sud et l’océan Pacifique à l’est. Elle perd son rôle de capitale au profit de Saint-Pétersbourg lorsque Pierre le Grand au début du 18ème siècle décide de moderniser son pays à marche forcée. Néanmoins, au cours des 18 et 19ème siècles, Moscou devient un centre industriel majeur et le cœur du réseau de communications ferré et routier d’un pays qui compte désormais parmi les grandes puissances européennes. La révolution d’Octobre en 1917 redonne le rôle de capitale à Moscou et met en place un régime communiste qui accélère en deux décennies l’industrialisation de la ville et quadruple la population

[2] Un kremlin est un ensemble de fortifications des villes de l’ancienne Russie. Les kremlins, abritant à la fois les infrastructures militaires, les centres de pouvoir et les lieux de culte, avaient une dimension défensive, spirituelle et politique. Les villes anciennes ont chacune leur kremlin, comme celui de Novgorod ou celui de Kazan. Celui de Moscou est depuis plusieurs siècles le centre du pouvoir russe.

[3] aujourd’hui occupé par l’Académie des cosmonautes

[4] Saint-Pétersbourg a été fondée en 1703 par le tsar Pierre le Grand dans une région disputée depuis longtemps au royaume de Suède. Par son urbanisme résolument moderne et son esthétique d’origine étrangère, la nouvelle ville devait permettre à la Russie d’« ouvrir une fenêtre sur l’Europe » et contribuer, selon le souhait du tsar, à hisser la Russie au rang des grandes puissances européennes. Le centre-ville, construit sur des directives des souverains russes, présente une architecture unique qui mélange des styles architecturaux (baroque, néoclassique) acclimatés de manière originale par des architectes souvent d’origine italienne. Sa beauté alliée à l’existence de nombreux canaux lui ont valu le surnom de « Venise du Nord » ou « de la Baltique ». De sa fondation jusqu’au début du 20ème siècle, Saint-Pétersbourg a été le principal centre intellectuel, scientifique et politique du pays. Au 19ème siècle, la ville devient le principal port commercial et militaire de la Russie ainsi que le deuxième centre industriel du pays, après Moscou. C’est d’ailleurs à Saint-Pétersbourg qu’éclate la Révolution russe de 1917 et où les bolcheviks triomphent. Saint-Pétersbourg a changé plusieurs fois d’appellation : elle a été rebaptisée Pétrograd de 1914 à 1924, puis Léningrad de 1924 à 1991, avant de retrouver son nom d’origine à la suite d’un référendum en 1991.

[5] La place Rouge est une place de Moscou, dont elle marque le centre. Elle est bordée à l’ouest par le Kremlin, à l’est par Kitaï-gorod ; la cathédrale Basile-le-Bienheureux est située au sud de la place.

[6] La Moskova est une rivière de Russie et un affluent de l’Oka, donc un sous-affluent du fleuve la Volga. Elle traverse Moscou. Le cours de la rivière est long de 502 km. Le bassin hydrographique de la Moskova s’étend sur 17 600 km2. La rivière gèle vers novembre-décembre et dégèle vers la fin du mois de mars. La Moskova arrose aussi les villes de Mojaïsk, Zvenigorod, Joukovski, Bronnitsy, Voskressensk et, à la jonction de la Moskova et de l’Oka, Kolomna.

[7] Sainte-Hélène est une île volcanique de 122 km2, située dans l’océan Atlantique sud, à 1 859 km à l’ouest des côtes de l’Angola méridional, à proximité de Tomboa, et à 3 280 km à l’est-sud-est de la ville brésilienne de Cabo de Santo Agostinho (État de Pernambouc), et faisant partie de Sainte-Hélène, Ascension et Tristan da Cunha, territoire britannique d’outre-mer. Elle est découverte par le navigateur galicien João da Nova le 21 mai 1502 et nommée en l’honneur d’Hélène, mère de Constantin 1er. Dès 1657, elle devient possession de la Compagnie britannique des Indes orientales. Essentiellement connue comme lieu d’exil de Napoléon 1er du 14 octobre 1815 à sa mort le 5 mai 1821, l’île lui doit son intérêt touristique qui repose, du moins en très grande partie, sur l’attrait des lieux qu’il a fréquentés. En 1890, le chef zoulou Dinuzulu y est détenu, avant que les Britanniques y emprisonnent le général Piet Cronjé et 6 000 Boers durant la seconde guerre des Boers.

[8] Smolensk est une ville de Russie et la capitale de l’oblast de Smolensk. Cette ville fortifiée fut détruite plusieurs fois durant l’Histoire. Au 12ème siècle, Smolensk était la capitale d’une principauté indépendante de Russie et développa une activité commerciale et culturelle importante, comme en témoignent au 13ème siècle la vie d’Abraham de Smolensk et la chronique qui en fut tirée. Elle fut pillée par les Tataro-Mongols en 1238. En 1404, la région de Smolensk tomba sous la domination du Grand-duché de Lituanie, puis de la République des Deux Nations. L’expansion de la Moscovie vers l’ouest amena de nombreux conflits avec l’État polono-lituanien et souleva donc la question de Smolensk. En 1667, la ville redevint russe, puis accéda au rang de ville-siège du gouvernement de Smolensk en 1708.

[9] Le palais des Tuileries est un ancien palais parisien, aujourd’hui détruit, dont la construction commença en 1564 sous l’impulsion de Catherine de Médicis, à l’emplacement occupé auparavant par l’une des trois fabriques de tuiles établies en 1372 à côté de l’hôpital des Quinze-Vingts, non loin du vieux Louvre. Agrandi au fil du temps et unifié avec le palais du Louvre en 1860, il disposait d’une immense façade (266 mètres de long pour le palais disparu, et environ 328 mètres si on compte les pavillons de Flore et de Marsan qui subsistent) et il était le point focal du grand axe historique de Paris conçu à partir de ce palais. Il a été la résidence royale à Paris de nombreux souverains (Henri IV, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI mais aussi Louis XVIII, Charles X puis Louis Philippe), et impériale (Napoléon 1er puis Napoléon III). Entretemps il a aussi été le siège de la Première République et du Consulat. Son rôle de siège officiel du pouvoir français fut interrompu par sa destruction par un incendie volontaire le 23 mai 1871, allumé par les communards Jules-Henri-Marius Bergeret, Victor Bénot et Étienne Boudin. Les ruines du palais des Tuileries furent abattues en 1883, les présidents de la Troisième République étant alors installés dans le palais de l’Élysée.

[10] La Comédie-Française ou Théâtre-Français est une institution culturelle française fondée en 1680 et résidant depuis 1799 salle Richelieu au cœur du Palais Royal dans le 1er arrondissement de Paris. Établissement public à caractère industriel et commercial depuis 1995, c’est le seul théâtre d’État en France disposant d’une troupe permanente de comédiens, la Troupe des Comédiens-Français. Bien que mort depuis sept ans quand la troupe a été créée, Molière est considéré comme le « patron » de l’institution, surnommée la « Maison de Molière ».

[11] aujourd’hui Kalinin

[12] Riga est la capitale de la Lettonie. Construite sur la mer Baltique au fond du golfe de Riga, dans lequel se jette la Daugava, c’est un centre industriel, commercial, culturel et financier majeur de la région de Vidzeme. Elle a été fondée officiellement en 1201, par Albert de Buxhoeveden, évêque de Livonie et fondateur de l’ordre des chevaliers Porte-Glaives, sur une île fluviale formée par un bras de la Daugava. Dès lors des colons allemands viendront en masse, les germano-baltes qui feront eux aussi la spécificité de la ville, avec leurs églises, leurs commerces, etc. jusqu’à la Première Guerre mondiale.

[13] Riazan (jusqu’en 1778 Pereïaslavl-Riazanski) est une ville de Russie et la capitale administrative de l’oblast de Riazan. Riazan est arrosée par la rivière Oka, et se trouve à 185 km au sud-est de Moscou. En 1521 la principauté fut rattachée à l’Empire russe. Pereslavl-Riazanski obtint le statut de ville en 1719 et fut rebaptisée Riazan en 1778.

[14] Kalouga est une ville de Russie centrale et la capitale de l’oblast de Kalouga. Kalouga est arrosée par les rivières Oka et Ougra et se trouve à 159 km au sud-ouest de Moscou, à 178 km au nord d’Orel, à 189 km au nord-est de Briansk, à 222 km à l’ouest de Riazan et à 274 km à l’est de Smolensk.

[15] Taroutino est un village du raïon de Joukov dans l’oblast de Kalouga, en Russie, arrosé par la rivière Nara, à 35 km de Maloïaroslavets. Le village est essentiellement connu pour avoir été le théâtre de la bataille de Winkowo opposant le 18 octobre 1812 une armée russe commandée par le général Koutouzov à un corps franco-polonais commandé par le maréchal et roi de Naples Joachim Murat.

[16] La Nara est une rivière de Russie et un affluent gauche de l’Oka, dans le bassin hydrographique de la Volga. La Nara arrose les oblasts de Moscou et de Kalouga. Elle a une longueur de 158 km et draine un bassin d’une superficie de 2 030 km2. La Nara est gelée de novembre-décembre jusqu’à avril. Elle arrose les villes de Naro-Fominsk et de Serpoukhov.

[17] Une isba est une maison russe traditionnelle construite en bois, semblable à un chalet. Il s’agit de l’habitation traditionnelle des paysans russes. Généralement construite près d’une route, elle dispose d’une cour dans laquelle se trouve souvent un jardin potager, un fenil et un hangar agricole entourés d’une simple barrière de bois

[18] Vitebsk est une ville de Biélorussie et le chef-lieu de la voblasc de Viciebsk. Vitebsk se trouve dans la région la plus septentrionale du pays, près de la frontière russe. Elle est située à 126 km à l’ouest-nord-ouest de Smolensk, à 223 km au nord-est de Minsk, à 472 km à l’ouest de Moscou et à 529 km au sud de Saint-Pétersbourg. La ville de Vitebsk est assise sur les bords de la rivière Dvina et de la Vitba, petit cours d’eau qui la traverse et a donné son nom à la ville de Vitebsk et qui se jette dans la Dvina. Les historiens grecs citent cette ville dès le 10ème siècle, car les peuples du nord se déplaçaient en descendant le Dniepr pour aller jusqu’en Grèce

[19] Mojaïsk est une ville de l’oblast de Moscou, en Russie. Mojaïsk est située à 110 km à l’ouest de Moscou, sur la voie historique la reliant à Smolensk puis à la Pologne.

[20] Maloïaroslavets est une ville de l’oblast de Kalouga, en Russie, et le centre administratif du raïon de Maloïaroslavets. Maloïaroslavets est située sur la rive droite de la Louja, un affluent de l’Oka, à 14 km au sud-ouest d’Obninsk, à 53 km au nord-est de Kalouga et à 110 km au sud-ouest de Moscou