Waltheof de Melrose dit Saint Waltheof (vers 1095-1159)
Noble anglo-normand-Abbé de Melrose de 1148-1159
Fils du croisé anglo-normand Simon 1er de Senlis, comte de Northampton [1] et de Huntingdon [2], et de Maud , comtesse de Huntingdon. Sa grand-mère maternelle est Judith de Lens, fille d’Adélaïde de Normandie et nièce de Guillaume le Conquérant, et son grand-père maternel, est Waltheof de Northumbrie.
Waltheof est également le beau-fils du roi David 1er d’Écosse que sa mère épouse en secondes noces. À la mort de son père, lui est son frère aîné Simon II sont mineurs, et sont donc élevés dans la maison comtale puis royale de leur beau-père, avec Henri et le très jeune Aelred de Rievaulx .
Il entre au prieuré de Nostell [3], entre 1128 et 1131, pour devenir chanoine [4] de l’ordre de St Augustin [5]. Il est dit qu’il entre dans cette maison pour échapper aux plans de son beau-père de faire de lui un évêque.
Grâce à ses contacts dans la noblesse, il réussit à s’élever rapidement dans la hiérarchie, devenant prieur de Kirkham [6]. Après la mort en 1140 de Thurstan, l’archevêque d’York [7], son oncle Guillaume le Gros, comte d’Aumale [8] et de York [9] lui offre de s’assurer du siège épiscopal pour lui, mais Waltheof refuse.
Le roi Étienne rejette la proposition, probablement en raison des liens trop forts entre Waltheof et David 1er d’Écosse, et par conséquent Mathilde l’Emperesse. Guillaume FitzHerbert est finalement choisi pour la succession. Waltheof comptait notablement parmi ceux s’opposant à l’élection de FitzHerbert. En 1143, il abandonne ses alliés et son prieuré et devient moine de l’Ordre cistercien à l’Abbaye de Rievaulx [10] dans le Yorkshire du Nord [11]. En 1148, il est promu abbé de Melrose [12], alors dépendant de Rievaulx.
Waltheof reste à ce poste jusqu’à sa mort, et l’on suppose qu’il aurait donc rejeté les offres émanant d’autres évêchés. Il décède à l’abbaye en 1159.
Notes
[1] Le titre de comte de Northampton fut créé pour la première fois dans la pairie d’Angleterre en 1070, par Guillaume le Conquérant pour le comte Waltheof. Ce dernier était déjà comte de Northampton avant la conquête normande, car il était comte de Huntingdon.
[2] Aux 11ème et 12ème siècle, le titre de comte d’Huntingdon comprenait les comtés d’Huntingdon, Northampton, Bedford et Cambridge.
[3] Le prieuré est une fondation augustinienne du 12ème siècle, dédiée à St Oswald, soutenue initialement par Robert de Lacy de Pontefract et Thurstan d’York. Vers 1114, Aldulf, confesseur d’Henri 1er d’Angleterre, est prieur d’un groupe de chanoines réguliers à Nostell. Sir John Field, le premier astronome copernicien de renom en Angleterre, aurait étudié à Nostell dans sa jeunesse sous la tutelle du prieur Alured Comwn. Dans le cadre de la Dissolution des monastères, le prieuré est saisi en 1540 et cédé au Dr Thomas Leigh. Nostell est acheté en 1567 par Sir Thomas Gargrave, un haut shérif du Yorkshire, président de la Chambre des communes et président du Conseil du Nord à James Blount, 6ème baron Mountjoy, pour 3 560 £
[4] Un chanoine est un clerc (voire laïc) appartenant à un chapitre ou à une congrégation, et consacré à la prière liturgique au chœur, voire à l’enseignement, à la prédication, au secours des pauvres, au chœur professionnel (le « bas-chœur ») et à la maîtrise, etc. Au haut Moyen Âge, le mot pouvait désigner certains membres du personnel laïc des églises. Aujourd’hui, il existe des chanoines ecclésiastiques (séculiers ou réguliers), des chanoines laïcs et des femmes religieuses régulières (chanoinesses).
[5] Les augustins et augustines sont les religieux et religieuses vivant selon la règle de saint Augustin. Cette règle est une lettre authentique d’Augustin d’Hippone donnant des normes de vie religieuse communes à une communauté d’hommes (non identifiée), mais qui n’a rien à voir avec les amis groupés autour de lui, dont il parle dans ses Confessions. Augustin lui-même n’a jamais eu l’intention de fonder un ordre religieux au sens institutionnel du terme.
[6] Les ruines du prieuré de Kirkham sont situées sur les rives de la rivière Derwent, à Kirkham, dans le Yorkshire du Nord, en Angleterre. Le prieuré augustinien a été fondé dans les années 1120 par Walter l’Espec, seigneur de la ville voisine de Helmsley, qui a également construit l’abbaye de Rievaulx. Le prieuré fut cédé le 8 décembre 1539 lors de la dissolution des monastères. La légende raconte que Kirkham a été fondée en souvenir du fils unique de l’Espec qui était mort à proximité des suites d’un effroi de son cheval par un sanglier.
[7] L’archevêque d’York est le troisième personnage de l’Église d’Angleterre, après le gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre (c’est-à-dire le monarque) et l’archevêque de Cantorbéry (le primus inter pares de tous les primats anglicans).
[8] Aumale est une actuelle commune du département français de la Seine-Maritime. Son histoire est marquée par le long usage des titulaires de son nom. Vers 1055 ou peu après, Aumale est définitivement rattaché à la Normandie. En 1194, Philippe II Auguste, roi de France, confisque Aumale à Guillaume des Forts. Il confie le comté en 1204 à Renaud de Dammartin, ancien comte de Boulogne. Le système de pairie d’Angleterre continuera à attribuer des titres de comte et duc liés à Aumale, mais en utilisant sa forme latine : Albemarle. Les « honneurs d’Aumale », un ensemble de terres dans le Yorkshire anciennement associé au titre normand, constituera le fief des comtes et ducs anglais
[9] York est une ville du nord de l’Angleterre. Située à la confluence de deux rivières, l’Ouse et la Foss, elle donne son nom au comté du Yorkshire. Fondée par les Romains sous le nom d’Eboracum, elle est l’une des villes majeures du royaume anglo-saxon de Northumbrie, puis la capitale du royaume viking de Jórvík. Elle est également le siège d’un archevêché de l’Église d’Angleterre. Après l’arrivée des Anglo-Saxons, York devint l’une des principales villes du royaume de Northumbrie sous le nom vieil anglais Eoforwic. Le roi Edwin y fut baptisé en 627. Elle devint le siège d’un évêché, puis d’un archevêché en 735. Tombée aux mains de la Grande Armée en 866, elle fut la capitale d’un royaume viking de 876 à 954 sous le nom de Jórvík, date de sa conquête définitive par le royaume d’Angleterre. Le 20 septembre 1066, Harald Hardrada s’empara de la ville, mais fut tué cinq jours plus tard par le roi Harold Godwinson à la bataille de Stamford Bridge, vainqueur qui devait périr à son tour à la bataille de Hastings peu de temps après. En 1190, Richard de Malbis et d’autres nobles d’York qui envisageaient de se joindre à Richard dans la troisième croisade profitèrent d’un incendie qui avait éclaté en ville pour faire courir une rumeur contre les Juifs. Les maisons de Benoît et Joce furent attaquées et ce dernier obtint la permission du gardien du château d’York d’y évacuer sa famille et l’ensemble des Juifs, probablement dans la tour de Clifford. Assaillis par la foule, les Juifs prirent peur et ne laissèrent pas rentrer le gardien qui avait quitté la tour. Il en appela au shérif, qui fit venir la milice du Comté. La tour de Clifford fut assiégée plusieurs jours. Un moine fit la cérémonie de sacrement chaque matin autour des murs comme pour sacraliser la lutte. Il fut écrasé d’une pierre jetée par les Juifs assiégés ; la colère de la foule devint alors une folie forcenée. Quand les Juifs de la tour de Clifford virent qu’ils n’avaient aucune alternative autre que de se soumettre au baptême ou périr aux mains de la foule, Yom-Tob ben Isaac de Joigny, tossafiste français et nouveau chef de la communauté, les exhorta à se tuer eux-mêmes plutôt que de succomber à la cruauté de leurs ennemis. Ceux qui étaient en désaccord furent autorisés à se retirer. Les autres se donnèrent la mort, après avoir mis le feu à leurs vêtements et marchandises pour éviter que ceux-ci ne tombent dans les mains de la foule.
[10] L’abbaye de Rievaulx est une ancienne abbaye cistercienne située dans le village de Rievaulx, près de Helmsley dans le Yorkshire du Nord en Angleterre.
[11] Le Yorkshire du Nord est un comté du nord de l’Angleterre. Créé en 1974, il couvre une superficie de 8 654 km2, ce qui en fait le plus grand comté d’Angleterre. Comme son nom l’indique, il correspond à la partie nord du comté traditionnel de Yorkshire. Il est bordé à l’est par la mer du Nord. Du nord au sud, il est entouré par le Durham, la Cumbria, le Lancashire, le Yorkshire de l’Ouest, le Yorkshire du Sud et le Yorkshire de l’Est.
[12] L’abbaye de Melrose, située à Melrose en Écosse a été fondée en 1136 par des moines cisterciens venus de l’abbaye de Clairvaux (France) à la demande du roi David 1er, roi d’Écosse. Aujourd’hui l’abbaye est sous la tutelle de l’organisme Historic Scotland. L’aile Est de l’abbaye a été achevée en 1146, les autres parties de l’édifice ayant été ajoutées dans les 50 années qui ont suivi. L’abbaye est construite sous la forme d’une croix de Saint-Jean (un style architectural gothique). La plupart des bâtiments sont aujourd’hui en ruines. Cependant une partie, datant de 1590, est toujours debout et est devenue un musée ouvert au public. Alexandre II et les autres rois écossais sont enterrés à l’abbaye de Melrose. Le cœur embaumé de Robert le Bruce serait également enterré dans l’abbaye.