Venceslas 1er de Bohême
Duc de Bohême (vers 907-929 ou 935)-Souverain tchèque
Fils du princeVratislav 1er de Bohême, de la dynastie des Premyslides [1], et de son épouse païenne Drahomíra de Stodor, fille d’un prince de la tribu slave des Vélètes [2] sur l’Elbe [3]. Il aurait été baptisé par un prêtre slave disciple de l’apôtre saint Méthode.
Après une enfance très chrétienne, notamment sous l’influence de sa grand-mère Ludmilla de Pšov, il est envoyé à l’école de l’église Saint-Pierre de Budeč [4], où l’on enseignait le latin.
Le prince Vratislav meurt au combat le 13 février 921. Vaclav, qui n’a pas 15 ans, est trop jeune pour régner, sa mère Drahomira assume la régence. Elle méprise le Christianisme de son fils et de sa belle-mère. Le jeune roi doit se réfugier chez sa grand-mère, qui est étranglée le 16 septembre 921 par des Varègues [5] de la garde sur ordre de sa belle-fille Drahomira. La pieuse Ludmila sera plus tard canonisée. Le chaos règne alors dans le duché de Bohême et le duc Arnulf de Bavière dit "Le mauvais" en profite pour envahir le pays au printemps 922 et restaurer l’ancienne tutelle germanique. Drahomira assume le pouvoir au moins jusqu’en 924.
Venceslas accède au trône 2 ans plus tard et fait emprisonner sa mère au château de Budeč. Le roi de Germanie [6], Henri 1er l’Oiseleur, menace alors d’envahir la Bohême mais Venceslav lui propose de signer un pacte de non-agression et achète cette paix pour un tribut annuel de 120 bœufs et de 500 talents d’argent, chose tout à fait inhabituelle à l’époque : Venceslav préfère la paix à la guerre. Beaucoup de compagnons du souverain, y compris Boleslav son propre frère, acceptent mal ce procédé qu’ils jugent humiliant.
Venceslas, que ses hagiographes [7] présentent comme un chrétien fervent, se distingue par sa piété, sa bienveillance et son pacifisme et transforme la société dans les domaines religieux et institutionnels.
Il modifie le système judiciaire en réduisant le recours à la peine capitale ou à la torture. Il laisse en vie et maintient dans ses fonctions Radislav, prince de Kouřim [8], qu’il a vaincu lors d’un duel mais selon la tradition ordonne la destruction des potences de son duché.
Il fait édifier vers 926 une rotonde préromane destinée à recevoir la relique du bras de Guy , saint patron de la Saxe [9], qu’Henri 1er l’Oiseleur lui avait offert. Cet édifice situé à l’emplacement de la chapelle Saint-Venceslas de l’actuelle cathédrale, qu’il fait consacrer par l’évêque de Ratisbonne [10] Tutto, dédié à Guy et non pas à Emmeran de Ratisbonne, patron de l’évêché bavarois, est à l’origine de la cathédrale Saint-Guy de Prague [11].
Boleslav, avide de pouvoir et aidé par plusieurs seigneurs, conspire contre son propre frère. Il l’invite à fêter la naissance de son 4ème enfant en l’attirant à la fête des patrons de l’église Saints-Côme-et-Damien de la ville de Stará Boleslav [12], non loin de Prague [13]. Venceslas vient sans arme. Attaqué par son frère et d’autres conspirateurs, il refuse de se défendre. Il est assassiné devant la porte de l’église le 28 septembre 929/935. Son frère devient duc de Bohême sous le nom de Boleslav 1er.
Trois ans plus tard le 4 mars 932 ou 938, Boleslav 1er de Bohême repentant fait transporter la dépouille de son frère à l’intérieur de la cathédrale Saint-Guy de Prague.
Notes
[1] Les Přemyslides forment une dynastie princière puis royale qui a régné sur la Bohême et la Moravie du 9ème siècle/11ème siècle à 1306 et sur la Pologne de 1300 à 1306 ainsi que sur des duchés en Silésie jusqu’en 1521
[2] Stororans
[3] L’Elbe est un fleuve d’Europe centrale qui prend sa source en République tchèque dans les monts des Géants et, après un parcours situé en majeure partie en Allemagne, se jette dans la mer du Nord par un long estuaire d’une centaine de kilomètres sur lequel se trouve Hambourg, premier port d’Allemagne. La longueur de ce fleuve est de 1 091 kilomètres.
[4] Zákolany est une commune du district de Kladno, dans la région de Bohême-Centrale, en Tchéquie. Elle se trouve à 12 km au nord-est de Kladno et à 20 km au nord-ouest du centre de Prague. La commune est limitée par Blevice et Otvovice au nord, par Holubice à l’est, par Svrkyně et Libochovičky au sud, et par Dřetovice et Koleč à l’ouest
[5] Varègues ou Varanges est le nom donné dans l’Empire byzantin et par les Slaves orientaux aux Vikings de Suède (ou d’autres pays scandinaves qui empruntaient la route de l’Est ou austrvegr) qui, entre le 9 et le 11ème siècle, ont fondé et gouverné l’État médiéval de la Rus’ de Kiev et qui, par la suite, formèrent la garde varangienne (garde varègue) des empereurs byzantins.
[6] Le Royaume de Germanie n’a pas réellement existé sous ce nom-là. Avec la fin des Carolingiens, les Ottoniens s’imposent et fondent une dynastie qui règne sur la Francie orientale. Pour marquer la différence avec le Royaume de France, on l’appelle Royaume Teutonique. Ce ne sont que les historiens allemands modernes qui lui donnent le nom de Royaume de Germanie. Ce Royaume correspondait au départ aux territoires de la Franconie, de la Saxe et de la Bavière. Mais avec les nombreuses modifications territoriales, le titre de roi de Germanie est devenu honorifique et s’est même pratiquement confondu avec celui de Roi des Romains.
[7] L’hagiographie est l’écriture de la vie et/ou de l’œuvre des saints. Pour un texte particulier, on ne parle que rarement d’« une hagiographie », mais plutôt d’un texte hagiographique ou tout simplement d’une vie de saint. Le texte hagiographique étant destiné à être lu, soit lors de l’office des moines soit en public dans le cadre de la prédication. Un texte hagiographique recouvre plusieurs genres littéraires ou artistiques parmi lesquels on compte en premier lieu la vita, c’est-à-dire le récit biographique de la vie du saint. Une fresque à épisode est également une hagiographie, de même qu’une simple notice résumant la vie du bienheureux. Par rapport à une biographie, l’hagiographie est un genre littéraire qui veut mettre en avant le caractère de sainteté du personnage dont on raconte la vie. L’écrivain, l’hagiographe n’a pas d’abord une démarche d’historien, surtout lorsque le genre hagiographique s’est déployé. Aussi les hagiographies anciennes sont parsemées de passages merveilleux à l’historicité douteuse. De plus, des typologies de saints existaient au Moyen Âge, ce qui a conduit les hagiographes à se conformer à ces modèles et à faire de nombreux emprunts à des récits antérieurs.
[8] Kouřim est une ville du district de Kolín, dans la région de Bohême-Centrale, en République tchèque. Kouřim se trouve à 17 km à l’ouest de Kolín et à 40 km à l’est de Prague
[9] Le duché de Saxe était un duché médiéval couvrant la plus grande partie du nord de l’Allemagne. Il s’étendait sur les états allemands contemporains de Basse-Saxe, Rhénanie-du-Nord-Westphale, Schleswig-Holstein, Saxe-Anhalt et des parties de la Saxe. Le duc Henri le Lion occupa la région déserte de Mecklembourg Poméranie occidentale. Les Anglo-Saxons avaient quitté cette dernière zone pour l’Angleterre
[10] Ratisbonne, est une ville allemande, située dans le Land de Bavière et baignée par le Danube. Elle est située à 88 kilomètres de Nuremberg et à 103 kilomètres de Munich, proche de la République tchèque. La ville est le chef-lieu du district du Haut Palatinat et du Landkreis de Regensburg. Après des troubles intérieurs en 1500, le Roi des Romains et futur empereur Maximilien 1er intervint et appliqua une constitution (la Regimentsordnung) à la ville. Modifiée en 1514, elle reste formellement valable jusqu’en 1803. En 1519, lors d’un pogrom, la communauté juive, la plus grande d’Allemagne à l’époque, fut chassée de la ville. Les habitants profitèrent de la transition de pouvoir après la mort de Charles Quint pour détruire l’ancien quartier juif.
[11] La cathédrale Saint-Guy est une cathédrale à Prague, capitale de la Tchéquie, et le siège de l’archevêché de Prague. Le nom complet de la cathédrale est Saint-Guy-Saint-Venceslas-et-Saint-Adalbert. Située à l’intérieur du château de Prague, elle est un excellent exemple d’architecture gothique.
[12] Stará Boleslav est un quartier de la ville de Brandýs nad Labem-Stará Boleslav, dans le district de Prague-Est, dans la région de Bohême-Centrale, en République tchèque.
[13] Prague est la capitale et la plus grande ville de la République tchèque, en Bohême. Située au cœur de l’Europe centrale, à l’ouest du pays, la ville est édifiée sur les rives de la Vltava. Capitale historique du royaume de Bohême, berceau du peuple tchèque, Prague connaît son apogée au 14ème siècle sous le règne du roi de Bohême et empereur germanique Charles IV qui en fait la capitale de l’Empire. Elle est alors un centre culturel et religieux de première importance, où naissent les balbutiements de la réforme protestante lorsque Jan Hus prêche contre les abus de la hiérarchie catholique et le commerce des indulgences. Brièvement redevenue capitale impériale et culturelle au tournant des 16ème et 17ème siècles sous le règne de Rodolphe II, Prague perd progressivement en importance jusqu’à la Renaissance nationale tchèque au 19ème siècle puis la création de la Tchécoslovaquie au lendemain de la Première Guerre mondiale, en 1918, dont elle devient la capitale.