Il est l’un des premiers à introduire la médecine grecque dans le monde romain. Sa philosophie conçoit le monde comme matériel et constitué de corpuscules, et ses disciples ont eu une grande influence intellectuelle et sociale au début de l’Empire romain.
Asclépiade aurait d’abord été professeur de rhétorique [1], sans succès, avant de s’orienter vers la médecine. Il s’établit à Rome vers les années 120 av. jc, voire plus tôt. Il acquiert une très grande réputation, surclassant ses concurrents par son éloquence et la nouveauté de ses traitements. Il fonde une école privée en devenant le médecin le plus influent de Rome vers l’époque de Pompée le Grand. Il attire des élèves venant de toute la Méditerranée : Sicile [2], Épire [3], Syrie [4].
Il refusa de quitter Rome pour se rendre auprès de Mithridate qui le demandait.
Pline l’Ancien lui consacre 3 paragraphes dans son Histoire naturelle [5]. Il mentionne une résurrection opérée par Asclépiade, qui ramène à la vie un homme dont on emportait le cadavre au bûcher funéraire, anecdote reprise aussi par Apulée. Pline émet cependant des doutes sur les compétences d’Asclépiade qu’il présente plus comme un homme de bon sens que comme un savant ; et aussi un beau parleur. Le succès de ce dernier ne serait du qu’à la crédulité des romains et à la puissance de son éloquence.
Il était un proche de Caius Sergius Orata , le premier à utiliser des bains suspendus.
Toujours selon Pline l’Ancien, il se serait engagé à renoncer d’être médecin si jamais il tombait malade ; il gagna son pari, car arrivé à une extrême vieillesse, il se tua en tombant dans un escalier, soit en 40 av. jc, soit vers 65 av. jc.
Il ne reste de lui que quelques fragments cités dans Aétios d’Amida . Ce qu’il a fait, dit et enseigné n’est connu que de témoignages de 2ème ou 3ème main, et le plus souvent par des témoins critiques ou hostiles. Il écrivait en grec, même s’il s’adressait en majeure partie à un public romain.
Selon Asclépiade, le corps est composé de onchoi [6] en mouvement au travers de poros [7], dont l’équilibre réalise la santé. La maladie résulte d’une obstruction ou déperdition, insuffisance ou excès du flux corpusculaire, élargissement ou rétrécissement des pores.
Contrairement aux empiriques [8], il ne croit pas que l’on puisse observer sans théorie. Il retient d’Hippocrate les informations pratiques, mais il en rejette la théorie humorale, accusant aussi ses collègues contemporains de n’avoir pas compris le vocabulaire hippocratique. Il s’oppose aussi à Hippocrate qui pensait suivre la voie de la nature vers la guérison, la “Vis medicatrix naturae,” car il affirme que la nature peut tout aussi bien agir dangereusement.
Il refuse les explications téléologiques, préférant des explications mécanistes où les fonctions organiques sont des évolutions corpusculaires de variations d’état [9]. Sa pensée doit beaucoup à Érasistrate et Héraclide du Pont. On peut l’inclure parmi les partisans d’Épicure et les atomistes, quoique ses corpuscules soient sécables à l’infini, ce qui n’est pas exactement un atomisme. De même, s’il s’inspire du modèle d’Érasistrate, il contribue à le détruire en remplaçant le savoir anatomique par une théorie corpusculaire.
La réputation d’Asclépiade à Rome ne vient pas de sa doctrine, mais des méthodes thérapeutiques qui en découlent. Il se présente comme possédant la seule thérapie efficace permettant, selon sa formule, de guérir sûrement, promptement et agréablement. Il propose ainsi 5 thérapies de base : régime alimentaire et vins, massages, exercices de promenade à pied, à cheval, en voiture, balançoires et appareils à bascule, bains. Il propose la musique pour traiter les maladies mentales.
Aucune de ces thérapies n’est nouvelle, mais Asclépiade les aurait combinées de façon exclusive. Galien le critique sévèrement, en disant qu’il qualifiait toutes les autres méthodes de sollicitations à la mort. Asclépiade se méfie aussi des drogues puissantes comme l’hellébore [10], préférant un remède courant comme l’oxymel [11].
Selon les témoignages de ses successeurs, comme Caelius Aurelianus , ses moyens étaient plus diversifiés.