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Asclépiade de Bithynie

mercredi 15 octobre 2025, par lucien jallamion

Asclépiade de Bithynie (vers 124 av. jc- ?)

Médecin et philosophe grec

Il est l’un des premiers à introduire la médecine grecque dans le monde romain. Sa philosophie conçoit le monde comme matériel et constitué de corpuscules, et ses disciples ont eu une grande influence intellectuelle et sociale au début de l’Empire romain.


Asclépiade aurait d’abord été professeur de rhétorique [1], sans succès, avant de s’orienter vers la médecine. Il s’établit à Rome vers les années 120 av. jc, voire plus tôt. Il acquiert une très grande réputation, surclassant ses concurrents par son éloquence et la nouveauté de ses traitements. Il fonde une école privée en devenant le médecin le plus influent de Rome vers l’époque de Pompée le Grand. Il attire des élèves venant de toute la Méditerranée : Sicile [2], Épire [3], Syrie [4].

Il refusa de quitter Rome pour se rendre auprès de Mithridate qui le demandait.

Pline l’Ancien lui consacre 3 paragraphes dans son Histoire naturelle [5]. Il mentionne une résurrection opérée par Asclépiade, qui ramène à la vie un homme dont on emportait le cadavre au bûcher funéraire, anecdote reprise aussi par Apulée. Pline émet cependant des doutes sur les compétences d’Asclépiade qu’il présente plus comme un homme de bon sens que comme un savant ; et aussi un beau parleur. Le succès de ce dernier ne serait du qu’à la crédulité des romains et à la puissance de son éloquence.

Il était un proche de Caius Sergius Orata , le premier à utiliser des bains suspendus.

Toujours selon Pline l’Ancien, il se serait engagé à renoncer d’être médecin si jamais il tombait malade ; il gagna son pari, car arrivé à une extrême vieillesse, il se tua en tombant dans un escalier, soit en 40 av. jc, soit vers 65 av. jc.


Il ne reste de lui que quelques fragments cités dans Aétios d’Amida . Ce qu’il a fait, dit et enseigné n’est connu que de témoignages de 2ème ou 3ème main, et le plus souvent par des témoins critiques ou hostiles. Il écrivait en grec, même s’il s’adressait en majeure partie à un public romain.

Selon Asclépiade, le corps est composé de onchoi [6] en mouvement au travers de poros [7], dont l’équilibre réalise la santé. La maladie résulte d’une obstruction ou déperdition, insuffisance ou excès du flux corpusculaire, élargissement ou rétrécissement des pores.

Contrairement aux empiriques [8], il ne croit pas que l’on puisse observer sans théorie. Il retient d’Hippocrate les informations pratiques, mais il en rejette la théorie humorale, accusant aussi ses collègues contemporains de n’avoir pas compris le vocabulaire hippocratique. Il s’oppose aussi à Hippocrate qui pensait suivre la voie de la nature vers la guérison, la “Vis medicatrix naturae,” car il affirme que la nature peut tout aussi bien agir dangereusement.

Il refuse les explications téléologiques, préférant des explications mécanistes où les fonctions organiques sont des évolutions corpusculaires de variations d’état [9]. Sa pensée doit beaucoup à Érasistrate et Héraclide du Pont. On peut l’inclure parmi les partisans d’Épicure et les atomistes, quoique ses corpuscules soient sécables à l’infini, ce qui n’est pas exactement un atomisme. De même, s’il s’inspire du modèle d’Érasistrate, il contribue à le détruire en remplaçant le savoir anatomique par une théorie corpusculaire.


La réputation d’Asclépiade à Rome ne vient pas de sa doctrine, mais des méthodes thérapeutiques qui en découlent. Il se présente comme possédant la seule thérapie efficace permettant, selon sa formule, de guérir sûrement, promptement et agréablement. Il propose ainsi 5 thérapies de base : régime alimentaire et vins, massages, exercices de promenade à pied, à cheval, en voiture, balançoires et appareils à bascule, bains. Il propose la musique pour traiter les maladies mentales.

Aucune de ces thérapies n’est nouvelle, mais Asclépiade les aurait combinées de façon exclusive. Galien le critique sévèrement, en disant qu’il qualifiait toutes les autres méthodes de sollicitations à la mort. Asclépiade se méfie aussi des drogues puissantes comme l’hellébore [10], préférant un remède courant comme l’oxymel [11].

Selon les témoignages de ses successeurs, comme Caelius Aurelianus , ses moyens étaient plus diversifiés.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia Asclépiade de Bithynie/ Portail de la médecine/ Catégories  : Médecin de la Grèce antique/ Médecin de la Rome antique/ Philosophe de la Grèce antique

Notes

[1] la rhétorique est d’abord l’art de l’éloquence. Elle a d’abord concerné la communication orale. La rhétorique traditionnelle comportait cinq parties : l’inventio (invention ; art de trouver des arguments et des procédés pour convaincre), la dispositio (disposition ; art d’exposer des arguments de manière ordonnée et efficace), l’elocutio (élocution ; art de trouver des mots qui mettent en valeur les arguments → style), l’actio (diction, gestes de l’orateur, etc.) et la memoria (procédés pour mémoriser le discours).

[2] La Sicile est la plus grande île méditerranéenne. Avec une superficie de 25 708 km², c’est la région la plus étendue de l’Italie et son territoire est constitué de neuf anciennes provinces à leur tour partagées en 390 municipalités. Elle est également la seule région italienne à compter 2 des 10 villes les plus peuplées du pays : Palerme et Catane. Son chef-lieu est Palerme.

[3] Région montagneuse des Balkans, partagée entre la Grèce et l’Albanie. Épire se traduit par "Continent" en français. Ses habitants sont les Épirotes. Le terme peut désigner plus particulièrement :
- la périphérie d’Épire, l’une des 13 périphéries de la Grèce. Elle est bordée à l’ouest par la Mer Ionienne ; elle est limitrophe au sud-ouest de l’Albanie, au nord de la région de Macédoine de l’Ouest, à l’est de la région de Thessalie. La périphérie (capitale Ioannina (57 000 habitants) est divisée en 4 préfectures : Thesprotie, Ioannina, Arta et Preveza.
- l’Épire du Nord, une région d’Albanie La dynastie des rois éacides du peuple des Molosses y fonda un royaume puissant au 5ème siècle av. jc, avec les autres peuples Chaones, et Thesprôtes. Pyrrhus est un des membres de cette dynastie, ainsi qu’Olympias, la mère d’Alexandre le Grand.

[4] La Syrie fut occupée successivement par les Cananéens, les Phéniciens, les Hébreux, les Araméens, les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Grecs, les Arméniens, les Romains, les Nabatéens, les Byzantins, les Arabes, et partiellement par les Croisés, par les Turcs Ottomans et enfin par les Français à qui la SDN confia un protectorat provisoire pour mettre en place, ainsi qu’au Liban, les conditions d’une future indépendance politique.

[5] L’Histoire naturelle (en latin Naturalis historia) est une œuvre en prose de 37 livres de Pline l’Ancien, qui souhaitait compiler le plus grand nombre possible d’informations et de culture générale indispensables à l’homme romain cultivé. Publiée vers 77, du vivant de son ami l’empereur Vespasien, elle est dédiée à son camarade de camp Titus, Pline étant alors un officier de cavalerie

[6] particules inaccessibles à la vue

[7] canaux ou pores théoriques

[8] L’empirisme désigne un ensemble de théories philosophiques qui font de l’expérience sensible l’origine de toute connaissance ou croyance et de tout plaisir esthétique. L’empirisme s’oppose en particulier à l’innéisme et plus généralement au rationalisme « nativiste » pour lesquels nous disposerions de connaissances, idées ou principes avant toute expérience. L’empirisme est à l’origine de la théorie associationniste de l’esprit en psychologie, qui explique la formation des représentations mentales par la conjonction d’idées simples

[9] densité, chaleur, vitesse.

[10] Hellébore ou Ellébore est un terme vernaculaire désignant certaines plantes de la famille des Renonculacées, principalement du genre Helleborus

[11] mélange de vinaigre et de miel