Sœur de l’électeur Maximilien II de Bavière, de l’archevêque électeur de Cologne [1] Joseph-Clément de Bavière et de Violante-Béatrice de Bavière épouse de Ferdinand de Médicis, grand prince de Florence [2], elle épouse en 1680 le dauphin Louis de France, fils de Louis XIV.
Fille aînée de l’électeur Ferdinand-Marie de Bavière et d’Henriette de Savoie, Marie-Anne de Bavière, dès ses 8 ans, est promise à son cousin Louis de France dit le Grand Dauphin, qui en a 7.
En vue d’une si brillante destinée, la future reine de France reçoit une éducation fort soignée. Outre sa langue maternelle, l’allemand, elle parle couramment le français et l’italien, et sait le latin. Elle manifeste très tôt sa joie et sa fierté de devenir dauphine de France, pays dont elle se sent déjà très proche, n’oubliant pas que sa mère Henriette-Adélaïde de Savoie, fille de Christine de France et petite-fille du roi Henri IV, était elle-même une cousine germaine du roi Louis XIV.
Elle épouse donc le Grand Dauphin le 7 mars 1680. Elle reçoit un accueil très solennel et chaleureux dans son nouveau pays. Son français parfait impressionne très favorablement. Dès son arrivée à Strasbourg, qui n’est pas encore française, accueillie en allemand par les autorités de la ville, elle les interrompt : Messieurs, parlez-moi français !
Les chroniqueurs s’accordent sur sa beauté très médiocre : bien qu’elle soit sa parente, étant issue d’autre branche de la Maison de Bavière [3], la princesse Palatine Élisabeth-Charlotte de Bavière, épouse de Monsieur, frère du roi, dit la trouver horriblement laide. Plus nuancée,madame de Sévigné reconnaît qu’elle n’est pas jolie, mais qu’elle le compense par ce qu’on appellerait aujourd’hui beaucoup de charme.
Rapidement, malgré ses débuts prometteurs les relations de la princesse avec la cour se dégradent. Son beau-père, Louis XIV, comptait fortement sur sa belle-fille pour remplacer dans ses fonctions officielles la reine, Marie-Thérèse d’Autriche, très effacée et qui mourut en 1683. Si elle en avait les capacités, le goût de la représentation manquait à Marie-Anne.
La princesse essaiera cependant de conserver l’amitié du roi en flattant son épouse secrète notamment en lui rapportant les médisances de sa cousine et tante la princesse palatine. Madame de Maintenon se servira de cette correspondance pour humilier Madame 10 ans après la mort de la dauphine.
Les relations avec son époux se détériorèrent, la dauphine préfère la compagnie de Barbara Bessola . Le Grand Dauphin, en effet, commençant une liaison avec Mlle de Rambures, propre fille d’honneur de la dauphine, future marquise de Polignac, qui restera sa maîtresse jusqu’en décembre 1686, date à laquelle il rompit en découvrant que dans ses lettres, elle le surnommait le gros giflard. D’autres amours la remplacèrent.
La princesse, du reste, était consciente que sa laideur était un handicap, aussi bien détestait-elle poser pour un portrait, car les peintres la flattaient toujours.
Il apparaît clair aujourd’hui que si la dauphine s’est autant coupée du monde, c’est aussi en raison de sa mauvaise santé.
La naissance de son dernier fils se passa mal, et la santé de la dauphine se détériora encore davantage à compter de cette époque. Aussi mourut-elle persuadée que sa dernière couche lui avait donné la mort.
Elle en était si persuadée qu’en donnant sa dernière bénédiction à ses enfants, peu avant de rendre l’âme, elle soupira, en embrassant le petit duc de Berry âgé de 3 ans, le vers de l’Andromaque de Racine : “Ah ! mon fils, que tes jours coûtent cher à ta mère !”.
Il est vrai que l’abcès au bas-ventre qui sembla être la cause immédiate de son trépas pouvait amener à faire le lien avec son dernier accouchement. Toutefois, il est probable que c’est des suites de la tuberculose que mourut la dauphine, le 20 avril 1690, avant ses 30 ans. Elle léguait à Barbara Bessola son prie-Dieu, son secrétaire, et 40 000 francs, tout en la recommandant au roi, qui lui alloua une pension de 4000 livres.
L’évêque de Nîmes, Valentin Esprit Fléchier , prononçant l’oraison funèbre de la dauphine, interprète de façon plus charitable et plus édifiante que ses contemporains, l’isolement volontaire où se confina cette princesse : On la vit renoncer insensiblement aux plaisirs, et se faire une solitude où elle pût se dérober à sa propre grandeur, et jouir d’une paix profonde au milieu d’une cour tumultueuse.