Son savoir encyclopédique, et la méthode rigoureuse et critique appliquée à ses recherches, en font un novateur en son temps. Charles Nodier l’a surnommé“ le Pausanias de notre temps”.
En même temps qu’il effectue des études classiques et de droit, Auguste Le Prévost se passionne pour l’histoire et l’archéologie, ce qui le conduit à apprendre, outre le latin et le grec, l’anglais, l’italien, l’allemand, le suédois, l’hébreu et le sanscrit. Également à l’origine, avec son ami, le Caennais Arcisse de Caumont , des recherches sur l’architecture romane et gothique en Normandie et en France, il a cofondé, en 1824, avec ce dernier, Charles de Gerville et l’ abbé Gervais de La Rue , la Société des antiquaires de Normandie [1], véritable école en mouvement de spécialistes de l’architecture. Élu à l’Académie de Rouen [2], en 1813, il présidera ensuite, à diverses reprises, diverses sociétés savantes de la Seine-Inférieure [3] et de l’Eure [4].
Durant le voyage en Normandie de Nodier et du baron Isidore Taylor , il a été leur guide et leur directeur. Non content de les conduire sur place pour tout leur expliquer, il a donné à Nodier toutes ses notes et même un premier texte qui devait donner lieu à la publication, en 1820,“ des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France”. Lors de la visite, vers la même époque, de Gisors [5], par le géologue et botaniste Antoine Passy , il herborise avec lui, dans la campagne locale.
Le 22 aout 1814, appelé par Stanislas de Girardin au poste de sous-préfet de Bernay [6], il en est révoqué en novembre 1815, après les Cent-Jours [7]. Bien décidé à ne plus engager sa liberté et à la consacrer reconquise à ses études, il rentre néanmoins en politique, lorsque l’ordonnance royale du 22 janvier 1831 instituant le conseil général de l’Eure l’y nomme.
Passionné d’histoire normande, il publie en 5 volumes l’œuvre du chroniqueur normand Orderic Vital, qui donne de précieux renseignements sur les mœurs féodales, monastiques et populaires et l’histoire des 11 et 12ème siècles. Parmi ses nombreuses communications scientifiques, son Discours sur la poésie romantique, paru en 1825, signale son éclectisme.
Membre assidu de la Commission des monuments historiques [8], il a obtenu la restauration du théâtre antique de Lillebonne [9] et de la salle capitulaire de Saint-Georges [10], puis l’achèvement de celle du palais de justice [11] et l’abbaye Saint-Ouen de Rouen [12]. Ses innombrables Notes historiques et archéologiques restées inédites ont par ailleurs fait l’objet d’une publication en plusieurs volumes entre 1866 et 1869 par Louis Passy et Léopold Delisle : largement utilisées par des générations de chercheurs, elles font toujours autorité.
Élu député, lors des élections législatives du 21 juin 1834, il sera constamment réélu jusqu’à la Révolution de 1848. Orléaniste, il voit disparaître ce régime, sans pour autant s’opposer au nouveau régime républicain.
Ami du ministre Guizot, membre libre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres depuis 1838 et de la Commission des monuments historiques.
Il se consacre alors à nouveau à ses recherches, qu’il n’a d’ailleurs jamais abandonnées et qui lui ont valu le surnom de Pausanias normand.
Il meurt en 1859, pratiquement aveugle, au château du Parquet à la Vaupalière.