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L’histoire pour le plaisir

Alexis III Ange

mercredi 19 octobre 2022, par ljallamion

Alexis III Ange (vers 1153-1211/1212)

Empereur byzantin de 1195 à 1203

Deuxième fils d’ Andronic Doukas Ange et d’Euphrosyne Kastamonitissa. Frère aîné d’Isaac II, il parvint au pouvoir après avoir déposé celui-ci en 1195. Aussi peu doué que son frère pour l’administration, il épuisa avec son épouse le trésor public pour assurer la survie de son régime alors que se multipliaient les tentatives de sécession à l’intérieur de l’empire.

En 1199, Ivanko, neveu et assassin d’ Ivan Asen Ier , allié depuis lors à Byzance [1] et marié avec une petite-fille de l’empereur, se rebella et réussit à capturer le premier général envoyé contre lui, Manuel Camytzès, neveu de l’empereur. Après que l’armée byzantine [2] eut refusé un nouvel engagement contre Ivanko, l’empereur dut se résoudre à s’emparer de lui par traîtrise à la suite de quoi il le fit assassiner. En 1200, Michel Doukas, fils illégitime de l’oncle de l’empereur, se rebella avec l’aide des Turcs et pilla la vallée du Méandre [3] et dans le nord de la Grèce, pendant qu’au sud, un seigneur local, Léon Sgouros , se rebellait dans le Péloponnèse [4].

Il déploya une certaine activité diplomatique, entre autres en amorçant un dialogue avec la papauté qui devait le protéger des menaces de l’empereur Henri VI. Mais l’évènement marquant de son règne fut la conquête de Constantinople [5] par la quatrième croisade [6] en 1203/1204.

Bientôt Alexis dut faire face à un danger plus important encore, mais qu’il sous-estima : en 1202, diverses armées européennes s’assemblèrent à Venise [7] en vue de la quatrième croisade. À la même époque, Alexis III relâcha son neveu, Alexis Ange, le fils d’Isaac II déposé, pour que celui-ci prît part à ses côtés à une expédition en Thrace ; Alexis en profita pour s’enfuir à bord d’un bateau pisan et alla se réfugier à la cour de Philippe de Souabe où il rencontra le marquis Boniface de Montferrat qui venait d’être choisi pour diriger la quatrième croisade.

Malgré l’opposition formelle du pape Innocent III auprès duquel Alexis avait en vain plaidé sa cause et celle de son père, les croisés, dont l’objectif initial était l’Égypte, décidèrent de se diriger sur Constantinople où ils arrivèrent en juin 1203, après s’être emparé de Zara [8] et l’avoir remise aux Vénitiens, pour s’acquitter en partie des frais de transport.

Le prétendant Alexis avait de plus promis que, s’il était rétabli sur le trône, il reconnaîtrait l’autorité du pape sur l’Église orientale et paierait aux Vénitiens et aux autres croisés la somme de 800 000 hyperpères. À Constantinople, personne ne sembla s’être ému de leur arrivée.

Alexis III ne fit rien pour préparer la ville à l’assaut des croisés et dut fuir sa capitale de nuit avec l’une de ses filles. Réfugié à Mosynopolis, il tenta en vain de rallier ses partisans, faisant même alliance avec l’empereur déposé Alexis V Doukas à qui il donna la main d’une de ses filles.

Fuyant l’avance des croisés en Thessalie [9], il fut fait prisonnier par le marquis Boniface de Montferrat.

Sa rançon fut payée par Michel 1er, souverain d’Épire [10], qui l’envoya au sultan de Roum [11] avec lequel il tenta d’affronter Théodore Laskaris, empereur à Nicée [12], lequel comme Michel visait la reconquête de Constantinople.

Fait prisonnier lors de la bataille d’Antioche du Méandre [13] où le sultan perdit la vie, il fut envoyé par Théodore au monastère de Hyakinthos à Nicée où il mourut vers 1211.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Michael Angold, The Byzantine Empire, 1025–1204 : A Political History, Londres et New York, Longman, 1997 (ISBN 978-0-582-29468-4).

Notes

[1] Byzance est une ancienne cité grecque, capitale de la Thrace, située à l’entrée du Bosphore sous une partie de l’actuelle Istanbul. La cité a été reconstruite par Constantin 1er et, renommée Constantinople en 330, elle est devenue la capitale de l’Empire romain, puis de l’Empire romain d’Orient et enfin de l’Empire ottoman à partir de 1453 date de la prise de la ville par les Turcs. Elle fut rebaptisée Istanbul en 1930.

[2] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[3] La vallée du Grand Méandre est une vallée de Carie en Turquie. Il s’agit d’un immense fossé tectonique de plus de 250 km où coule le Méandre. Régions montagneuses à l’est puis les plaines à l’ouest où de nombreux vergers et jardins y sont cultivés. Ce qui en fait une région agricole. Son histoire est très riche avec de nombres sites archéologiques : Hierapolis près de Pamukkale, Aphrodisias. À l’époque ottomane, cette vallée, au sud d’İzmir, est empruntée par la route conduisant les caravanes vers le haut plateau anatolien.]. Théodore Mangaphas s’échappa de captivité et réussit à se rétablir dans le thème des Thracésiens. L’année suivante, Ivan Asen II de Bulgarie encouragea des révoltes en Thrace[[La Thrace désigne une région de la péninsule balkanique partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie ; elle doit son nom aux Thraces, la peuplade qui occupait la région dans l’Antiquité. Au 21ème siècle, la Thrace fait partie, à l’ouest, de la Grèce, Thrace occidentale, au nord, de la Bulgarie et, à l’est, de la Turquie, Thrace orientale.

[4] Le Péloponnèse est une péninsule grecque, qui couvre 21 379 km². Elle a donné son nom à la périphérie du même nom qui couvre une part importante de la péninsule, regroupant cinq des sept nomes modernes qui la divisent. Seuls deux nomes (l’Achaïe et l’Élide) situés au nord-ouest de celle-ci sont rattachés à la périphérie de Grèce-Occidentale.

[5] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[6] La quatrième croisade est une campagne militaire qui fut lancée de Venise en 1202. Levée à l’origine en vue de reconquérir les lieux saints sous domination musulmane, elle aboutit en fait à la prise et au pillage de la ville chrétienne de Constantinople par les croisés, et à la fondation de l’Empire latin de Constantinople qui dura de 1204 à 1261.

[7] Venise est une ville portuaire du nord-est de l’Italie, sur les rives de la mer Adriatique. Elle s’étend sur un ensemble de 121 petites îles séparées par un réseau de canaux et reliées par 435 ponts. Située au large de la lagune vénète, entre les estuaires du Pô et du Piave, Venise est renommée pour cette particularité, ainsi que pour son architecture et son patrimoine culturel

[8] Zadar (Zara en italien) est une ville et une municipalité de Croatie située au nord de la Dalmatie. Elle est le chef-lieu du comitat de Zadar.

[9] La Thessalie est une région historique et une périphérie du nord-est de la Grèce, au sud de la Macédoine. Durant l’antiquité cette région a, pour beaucoup de peuples, une importance stratégique, car elle est située sur la route de la Macédoine et de l’Hellespont. Elle possédait un important port à Pagases. Le blé et le bétail sont les principales richesses de la région et une ressource commerciale vitale. La Thessalie est aussi l’une des rares régions de Grèce où l’on peut pratiquer l’élevage des chevaux, d’où l’importante cavalerie dont disposaient les Thessaliens.

[10] Le Despotat d’Épire fut l’un des États successeurs de l’Empire byzantin après la conquête de Constantinople et la mise en place de l’Empire latin d’Orient sur les terres principales de l’Empire Byzantin par la quatrième croisade en 1204. Fondé par Michel Comnène Doukas, le nouvel État se voulut, à l’instar de l’Empire de Nicée et de l’Empire de Trébizonde, le successeur légitime de l’Empire byzantin. Centre de résistance et havre pour les réfugiés grecs contre les envahisseurs latins après la défaite, il ne réintégra l’empire restauré qu’en 1323. Grec par ses origines, puis italien, serbe et albanais par conquête, il tenta de maintenir son identité jusqu’à sa chute aux mains des Ottomans en 1479. Centré sur la province d’Épire et l’Acarnanie, au nord-ouest de la Grèce, et sur la partie occidentale de la Macédoine grecque, il s’étendait également en une mince bande sur la Thessalie et de la Grèce occidentale jusqu’à Naupacte (aujourd’hui Lépante) au sud. Sous Théodore Comnène Doukas et l’éphémère Empire de Thessalonique, le despotat s’étendit pour incorporer brièvement la partie centrale de la Macédoine ainsi que la Thrace jusqu’à Didymotique et Andrinople (aujourd’hui Edirne).

[11] Le sultanat de Roum (c’est-à-dire du « pays des Romains ») ou sultanat d’Iconium est un sultanat seldjoukide établi de 1077 à 1307 en Anatolie à la suite de la bataille de Mantzikert. Le sultanat est établi à la suite d’un accord entre l’Empire byzantin et le chef seldjoukide Süleyman 1er Shah. Son nom se réfère aux “romains” au sens où l’entendaient les Arabes puis les Turcs entre les 7ème et 15ème siècles : les anciens citoyens de l’Empire romain d’Orient (que l’on nomme communément, à partir du 16ème siècle donc a posteriori : « Empire byzantin ») devenus sujets (dhimmis) des seldjoukides.

[12] Vestige de l’Empire byzantin ayant résisté à la prise de Constantinople par les croisés en 1204, l’Empire de Nicée était le plus étendu des États impériaux successeurs : l’Empire de Nicée, le despotat d’Épire et l’Empire de Trébizonde. Il occupait, en Asie Mineure occidentale, une large bande de terre s’étendant de la mer Égée à la mer Noire. Si Nicée demeura sa capitale et le siège du patriarcat pendant toute sa brève histoire (1204-1261), les empereurs établirent leur résidence et le siège du gouvernement à Nymphaion (aujourd’hui Kemalpaşa), ville de Lydie, moins exposée aux armées ennemies. Se défendant à la fois contre les États successeurs et le sultanat seldjoukide, Théodore 1er Laskaris réussit à édifier un État politiquement stable et économiquement viable en Asie Mineure. Ses successeurs, Jean III Doukas Vatatzès et Théodore II Laskaris, étendirent le territoire de l’empire en Europe, encerclant progressivement Constantinople. Après avoir écarté Jean IV Lascaris, le successeur légitime de Théodore II, Michel VIII Paléologue n’eut plus qu’à reprendre la ville en 1261 grâce à un concours de circonstances. L’Empire de Nicée redevint ainsi une partie constituante de l’Empire byzantin rénové.

[13] La bataille d’Antioche du Méandre (aussi appelé bataille d’Alaşehir) est un engagement militaire près d’Antioche du Méandre entre les forces de l’empire de Nicée et les Seldjoukides du sultanat de Roum. La défaite turque assure à l’empire de Nicée son hégémonie sur la côte occidentale de l’Asie Mineure. Le sultan Kay Khusraw 1er est tué dans la bataille.