Robert d’Arbrissel (1045-1116)
Fondateur de Fontevraud

Il naît vers 1045 à Arbrissel [1], au diocèse de Rennes [2]. Son père était curé du village. Après des études médiocres, il prend la succession de son père.
En 1076, il favorise l’élection au trône épiscopal de Rennes d’un guerrier, Sylvestre de La Guerche, lequel est déposé en 1078. Il part alors pour Paris et y reprend des études, en un moment marqué par la réforme grégorienne [3].
En 1089, Sylvestre de La Guerche, rétabli sur son siège et gagné à la cause réformatrice, appelle Robert à Rennes pour le seconder dans son effort de moralisation du clergé breton. L’archiprêtre lutte alors contre la simonie [4] et le nicolaïsme [5].
En 1093, à la mort de son protecteur, Robert, en butte à la vindicte des clercs du diocèse, doit se réfugier à Angers [6]. 2 ans plus tard, il part “au désert”, en forêt de Craon [7], et mène la vie ascétique de l’ermite. Une troupe de disciples se rassemble autour de lui, pour lesquels il fonde à La Roë [8] une abbaye de chanoines [9] réguliers. En 1096, il prêche devant Urbain II à Angers.
En 1098, il reprend la vie errante. Son talent de prédicateur attire à lui une troupe de pénitents des 2 sexes qui dorment en plein bois, ce qui attire au “maître” les reproches de l’évêque Marbode de Rennes. En 1100, il assiste au concile de Poitiers [10] en compagnie de Bernard de Tiron.
En 1101, il fixe sa troupe dans le vallon de Fontevraud [11], sur la rive gauche de la Loire, non loin de Saumur [12]. Le désordre qui régnait dans les premières années de l’institut vaut cette fois-ci au fondateur les reproches de Geoffroy, abbé de la Sainte Trinité de Vendôme. Robert organise alors de manière plus stricte sa fondation, la divisant entre hommes et femmes, vierges et continents, confiant l’administration de la communauté à une prieure.
En 1115, il décida de confier son ordre double, riche de nombreux prieurés et très centralisé, à une abbesse, puis nomma à ce titre Pétronille de Chemillé. Le 18 février 1116, il tombe gravement malade en Berry [13], au cours d’un déplacement. Il meurt le 25 février dans le prieuré fontevriste d’Orsan [14] à l’âge de 72 ans.
Robert d’Arbrissel, est une des figures les plus remarquables de la fin du 11ème siècle et du commencement du 12ème siècle.
Notes
[1] Arbrissel est une commune française, située dans le département d’Ille-et-Vilaine et la région Bretagne.
La région est habitée depuis plusieurs millénaires, comme le prouve l’allée couverte de "la roche aux fées" datant du néolithique, située à 10 km de la commune. Les premières sources écrites qui font mention de la commune apparaissent à la fin du 11ème siècle, il y a presque mille ans. C’est bien sûr grâce à Robert d’Arbrissel que la paroisse est mentionnée dès cette époque
[2] L’archidiocèse de Rennes est une église particulière de l’Église catholique en France. Érigé au 3ème siècle, le diocèse de Rennes est un des neuf diocèses historiques de Bretagne. À la veille de la Révolution française, il couvrait le pays de Rennes, un pays traditionnel de Haute Bretagne.
[3] Au Moyen Âge, la réforme grégorienne est une politique menée sous l’impulsion de la papauté. Si les historiens admettent que le pape Léon IX a commencé le redressement de l’Église, c’est pourtant le pape Grégoire VII qui a laissé son nom à la réforme. De plus, les efforts pour sortir l’Église catholique d’une crise généralisée depuis le 10ème siècle se poursuivent bien après le pontificat de Grégoire VII. Ainsi l’expression « réforme grégorienne » peut paraître impropre puisqu’elle ne s’est pas limitée à quelques années mais concerne au total près de 3 siècles.
[4] Commerce de biens religieux ou de choses spirituelles, qui fut courant jusqu’à sa condamnation formelle par le concile de Trente.
[5] Le nicolaïsme désigne, dans le christianisme, et particulièrement dans l’Église latine du Moyen Âge, l’incontinence (mariage, concubinage, etc.) des clercs astreints au célibat
[6] Angers est une commune de l’Ouest de la France située au bord de la Maine, préfecture du département de Maine-et-Loire. Capitale historique et place forte de l’Anjou, berceau de la dynastie des Plantagenêts, Angers est l’un des centres intellectuels de l’Europe au 15ème siècle sous le règne du « bon roi René ». La ville doit son développement comme son rôle politique et historique à sa position au niveau d’un point de convergence géologique, hydrographique, culturel et stratégique.
[7] Craon est une commune française située dans le département de la Mayenne. Craon est située au sud-ouest de la Mayenne, à 30 km au sud-ouest de Laval, 20 km à l’ouest de Château-Gontier, 20 km au nord de Segré et 23 km au nord-est de Pouancé. Ce fut une redoutable forteresse médiévale composée de 27 tours et de 1 600 mètres de murailles, servant à garder la frontière angevine face à la Bretagne. Ce fut une ville marchande très importante (connue pour son fil de lin blanchi) dotée de halles fondées au 12ème siècle et réputées parmi les plus grandes de France. Craon qui fut le siège de la première baronnie d’Anjou était une force politique, judiciaire et religieuse importante, gérant une quarantaine de paroisses. Au Moyen Âge puis sous l’Ancien Régime, le fief de la baronnie angevine de Craon dépendait de la sénéchaussée principale d’Angers et du pays d’élection de Château-Gontier.
[8] La Roë est une commune française, située dans le département de la Mayenne et la région Pays de la Loire. La commune de La Roë fait partie de la Mayenne angevine et du Haut-Anjou historique.Au Moyen Âge puis sous l’Ancien Régime, le fief de la baronnie angevine de Craon dépendait de la sénéchaussée principale d’Angers et du pays d’élection de Château-Gontier.
[9] Un chanoine est un clerc (voire laïc) appartenant à un chapitre ou à une congrégation, et consacré à la prière liturgique au chœur, voire à l’enseignement, à la prédication, au secours des pauvres, au chœur professionnel (le « bas-chœur ») et à la maîtrise, etc. Au haut Moyen Âge, le mot pouvait désigner certains membres du personnel laïc des églises. Aujourd’hui, il existe des chanoines ecclésiastiques (séculiers ou réguliers), des chanoines laïcs et des femmes religieuses régulières (chanoinesses).
[10] Ce concile s’inscrit dans la continuité de la réforme grégorienne : il vise à purger l’Église de pratiques jugées contraires au droit canon (simonie, nicolaïsme, abus ecclésiastiques) et à renforcer l’autorité papal. L’année 1100 est aussi marquée par un conflit politique : le roi Philippe 1er de France, ayant répudié sa première épouse et épousé Bertrade de Montfort déjà mariée, est visé par une seconde excommunication
[11] Fontevraud l’Abbaye est une commune située dans le département de Maine-et-Loire. Anciennement appelée Fontevrault, elle est connue pour abriter l’abbaye de Fontevraud, l’un des complexes abbatiaux les plus importants d’Europe, au carrefour des départements de Maine-et-Loire, d’Indre-et-Loire et de la Vienne. Le site mère de l’ordre de l’Ordre de Fontevraud, un haut lieu monastique s’étend dans une vallée, à la confluence de trois rus dont le principal s’appelle l’Arceau qui se jette en aval directement dans la Loire. En 1096, Robert d’Arbrissel reçoit du pape Urbain II en visite à Angers, une mission de prédication. Il s’installe entre 1099 et 1101, avec l’aide de Pierre II, évêque de Poitiers, dans un vallon nommé Fons Ebaudi et entreprend les fondations de l’abbaye. Le premier protecteur est le seigneur de Montsoreau, Gautier II de Montsoreau ; puis Ermengarde d’Anjou, membre de la famille comtale angevine. Fille de Foulques IV d’Anjou dit le Réchin, elle fait ratifier par son frère, Foulques V d’Anjou, ses dons à l’abbaye de Fontevraud. Elle s’y retire vers 1112. En 1115, Robert d’Arbrissel fixe les statuts de Fontevraud avec les moniales. La même année, il fait nommer la première abbesse, issue de la noblesse angevine, Pétronille de Chemillé
[12] Saumur est une commune française sous-préfecture du département de Maine-et-Loire. Au temps de la Fronde, Saumur resta fidèle au roi. Mazarin et toute la cour y vinrent, en 1652, pour agir contre Angers, un moment révolté. Turenne, abandonnant la Fronde, y rejoignit la cour et y fit sa réconciliation avec elle. La révocation de l’édit de Nantes, en 1685, frappa cruellement Saumur. C’est la plus grande calamité dont cette ville ait été atteinte dans tout le cours de son histoire. Les protestants émigrèrent en masse et la population tomba à 6 000 habitants, c’est-à-dire qu’elle diminua dans la proportion des deux tiers, ces deux tiers renfermant la partie prépondérante par ses lumières, son activité, son industrie et ses richesses. L’édifice de prospérité élevé par Duplessis-Mornay s’écroula complètement.
[13] Le Berry est une province historique de la France de l’Ancien Régime, ayant pour capitale Bourges, mais dont toute structure administrative disparaît définitivement avec la Révolution française. Le Berry est érigé en duché en 1360, que le roi de France Jean II le Bon confie en apanage à son fils Jean 1er de Berry (1340-1416). Le duché de Berry revient dans le domaine royal à la mort du Duc Jean, en 1416, avant de passer entre les mains de deux fils du roi Charles VI : d’abord à Jean puis à Charles, le futur Charles VII. Le duché de Berry est de nouveau concédé à Jeanne de France, fille de Louis XI en 1498. Le titre de duc de Berry sera ensuite épisodiquement donné à plusieurs princes de la famille royale, dont les plus célèbres sont Charles de France (1686-1714), cadet des petit-fils de Louis XIV, le futur Louis XVI et le second fils du roi Charles X. Le 31 décembre 1661, Philippe de Clérembault, comte de Palluau fut nommé gouverneur du Berry.
[14] Le prieuré Notre-Dame d’Orsan est un prieuré de moniales fontevristes, situé à Maisonnais, canton de Châtelet, arrondissement de Saint-Amand-Montrond, dans le Cher. Il fut fondé au début du 12ème siècle par Robert d’Arbrissel, dans une enclave bocagère verte et humide, le Berry.