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L’histoire pour le plaisir

Guglielmo Grasso

lundi 21 septembre 2026, par lucien jallamion

Guglielmo Grasso (vers 1150-1201)

Marchand-Pirate puis amiral génois-Deuxième comte de Malte

Probablement d’origine génoise [1]. Jusque vers 1190, Guglielmo Grasso est un marchand génois. On trouve sa trace lors de 2 transactions dans le commerce de peaux, une à Ceuta [2] en 1186, l’autre en Roumanie en 1190.

Sans doute après des revers financiers, il devient un pirate redouté de la mer Égée [3], des côtes anatoliennes [4] et des environs de Rhodes [5]. En 1192, il s’attaque à un convoi vénitien [6] de retour d’Alexandrie [7]. Il libère les marchands italiens, mais tue les ambassadeurs byzantins [8] revenant d’une mission diplomatique en Égypte et les envoyés du sultan d’Égypte chargés de les accompagner à Constantinople [9] avec de riches cadeaux pour l’empereur Isaac II Ange. Le butin total est estimé à 6675 hyperpérions [10]. Il s’attaque ensuite à un autre convoi diplomatique byzantin se rendant à Chypre. Le gouvernement byzantin est furieux, il dénonce alors le traité signé quelques mois plus tôt avec Gênes.

Guglielmo Grasso s’associe ensuite avec un autre pirate génois, Gafforio, et ils poursuivent tous 2 leurs raids en mer Égée.

En 1194, il se rallie à l’empereur Henri VI du Saint Empire lors de son expédition en Sicile [11] contre le roi normand Tancrède de Lecce.

Margaritus de Brindisi, Grand Amiral du royaume siculo-normand [12], et 1er comte de Malte [13], avait combattu du côté de Tancrède de Lecce contre l’empereur Henri VI Hohenstaufen dit le Cruel. Après sa victoire, ce dernier fit aveugler Margaritus et lui retira son titre de Comte de Malte qu’il offrit le 22 novembre 1194 à Guglielmo Grasso pour le remercier de son soutien.

En mars 1196, un contrat de mariage est établi au monastère génois de San Siro entre Guglielmo Grasso et sa future épouse, Cara Campanaria, la fille de Richelda Campanaria.

À Malte, Guglielmo se rend vite impopulaire en raison de sa politique de pillage des ressources de l’île à son propre profit. Les Maltais adressèrent une pétition à la reine Constance de Sicile qui réintégra à perpétuité l’archipel dans le domaine royal en 1198 et nomme Guglielmo Notre ennemi. Il se retire à Gênes en 1199.

Il se rallie à Markward d’Anweiler , ancien sénéchal d’Henri VI, qui travaille désormais pour son frère Philippe de Souabe contre la nouvelle reine de Sicile, Constance de Sicile et son allié le pape Innocent III.

Grasso trahit Markward d’Anweiler après sa défaite à la bataille de Monreale en juillet 1200. Mais quelques mois plus tard, la situation se renverse et Markward d’Anweiler reprend le pouvoir en soutenant le jeune Frédéric II encore mineur. Guglielmo Grasso est alors capturé et meurt en prison en 1201.

La disgrâce des siens ne fut pas très longue puisqu’en 1203 c’est un gendre de Guglielmo, Enrico Pescatore qui est nommé 3ème comte de Malte. Il poursuivra les activités de piraterie et la politique de son beau père.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Matthew Donald, The Norman Kingdom of Sicily, Cambridge, Cambridge University Press, 1992.

Notes

[1] Gênes est une ville italienne, capitale de la Ligurie, premier port italien et deuxième port de la mer Méditerranée. Gênes est située sur le golfe de Gênes, partie septentrionale de la mer de Ligurie. La ville correspond à l’inclinaison de l’arc de cercle formé à cet endroit par la côte. Au nord de la ville commencent les Apennins, débouchant à proximité sur la plaine du Pô. Gênes offre une façade méditerranéenne au nord de l’Italie, à 193 km de Nice au sud-ouest, à 155 km de Milan au nord et à 518 km de Rome au sud-est.

[2] Ceuta est une ville autonome espagnole formant une encoche sur la côte nord du Maroc en Afrique. Située sur le côté méditerranéen du détroit de Gibraltar, en face de la péninsule Ibérique, à environ quinze kilomètres des côtes de la province espagnole de Cadix, elle est revendiquée par le Royaume du Maroc depuis 1956.

[3] La mer Égée est une mer intérieure du bassin méditerranéen, située entre l’Europe et la Grèce à l’ouest, et l’Asie et la Turquie à l’est. Elle s’étend de la côte thrace et du détroit des Dardanelles au nord jusqu’à la Crète au sud.

[4] L’Anatolie ou Asie Mineure est la péninsule située à l’extrémité occidentale de l’Asie. Dans le sens géographique strict, elle regroupe les terres situées à l’ouest d’une ligne Çoruh-Oronte, entre la Méditerranée, la mer de Marmara et la mer Noire, mais aujourd’hui elle désigne couramment toute la partie asiatique de la Turquie

[5] Rhodes est une île grecque, la plus grande île du Dodécanèse. Elle est située au sud-est de la mer Égée, à 17,7 km de la Turquie, entre la Grèce et l’île de Chypre. Le colosse de Rhodes, l’une des sept merveilles du monde, était une statue gigantesque, traditionnellement située à l’entrée du port de la ville de Rhodes.

[6] La république de Venise, parfois surnommée « la Sérénissime », est une ancienne thalassocratie d’Italie, progressivement constituée au Moyen Âge autour de la cité de Venise, et qui s’est développée par l’annexion de territoires divers en Italie du Nord, le long des côtes de la mer Adriatique et en Méditerranée orientale : les « Domini di Terraferma », l’Istrie, la Dalmatie, les bouches de Cattaro, l’Albanie vénitienne, les îles Ioniennes, la Crète, l’Eubée, Chypre et d’autres îles grecques, jusqu’à devenir une des principales puissances économiques européennes.

[7] Alexandrie est une ville en Égypte. Elle fut fondée par Alexandre le Grand en -331 av. jc. Dans l’Antiquité, elle a été la capitale du pays, un grand centre de commerce (port d’Égypte) et un des plus grands foyers culturels hellénistiques de la mer Méditerranée centré sur la fameuse bibliothèque, qui fonda sa notoriété. La ville d’Alexandrie est située à l’ouest du delta du Nil, entre le lac Maréotis et l’île de Pharos. Cette dernière était rattachée à la création de la ville par l’Heptastade, sorte de digue servant aussi d’aqueduc, qui a permis non seulement l’extension de la ville mais aussi la création de deux ports maritimes.

[8] L’Empire byzantin ou Empire romain d’Orient désigne l’État apparu vers le 4ème siècle dans la partie orientale de l’Empire romain, au moment où celui-ci se divise progressivement en deux. L’Empire byzantin se caractérise par sa longévité. Il puise ses origines dans la fondation même de Rome, et la datation de ses débuts change selon les critères choisis par chaque historien. La fondation de Constantinople, sa capitale, par Constantin 1er en 330, autant que la division d’un Empire romain de plus en plus difficile à gouverner et qui devient définitive en 395, sont parfois citées. Quoi qu’il en soit, plus dynamique qu’un monde romain occidental brisé par les invasions barbares, l’Empire d’Orient s’affirme progressivement comme une construction politique originale. Indubitablement romain, cet Empire est aussi chrétien et de langue principalement grecque. À la frontière entre l’Orient et l’Occident, mêlant des éléments provenant directement de l’Antiquité avec des aspects innovants dans un Moyen Âge parfois décrit comme grec, il devient le siège d’une culture originale qui déborde bien au-delà de ses frontières, lesquelles sont constamment assaillies par des peuples nouveaux. Tenant d’un universalisme romain, il parvient à s’étendre sous Justinien (empereur de 527 à 565), retrouvant une partie des antiques frontières impériales, avant de connaître une profonde rétractation. C’est à partir du 7ème siècle que de profonds bouleversements frappent l’Empire byzantin. Contraint de s’adapter à un monde nouveau dans lequel son autorité universelle est contestée, il rénove ses structures et parvient, au terme d’une crise iconoclaste, à connaître une nouvelle vague d’expansion qui atteint son apogée sous Basile II (qui règne de 976 à 1025). Les guerres civiles autant que l’apparition de nouvelles menaces forcent l’Empire à se transformer à nouveau sous l’impulsion des Comnènes avant d’être disloqué par la quatrième croisade lorsque les croisés s’emparent de Constantinople en 1204. S’il renaît en 1261, c’est sous une forme affaiblie qui ne peut résister aux envahisseurs ottomans et à la concurrence économique des républiques italiennes (Gênes et Venise). La chute de Constantinople en 1453 marque sa fin.

[9] Constantinople est l’appellation ancienne et historique de l’actuelle ville d’Istanbul en Turquie (du 11 mai 330 au 28 mars 1930). Son nom originel, Byzance, n’était plus en usage à l’époque de l’Empire, mais a été repris depuis le 16ème siècle par les historiens modernes.

[10] 30 kg d’or

[11] La Sicile est la plus grande île méditerranéenne. Avec une superficie de 25 708 km², c’est la région la plus étendue de l’Italie et son territoire est constitué de neuf anciennes provinces à leur tour partagées en 390 municipalités. Elle est également la seule région italienne à compter 2 des 10 villes les plus peuplées du pays : Palerme et Catane. Son chef-lieu est Palerme.

[12] Le royaume de Sicile, également appelé royaume normand de Sicile, est créé en 1130 par Roger II sur l’île de Sicile, la Calabre, les Pouilles, et Naples. Ce royaume traverse plusieurs phases marquées par les dominations successives des Normands, des Souabes (autre nom pour la dynastie des Hohenstaufen, descendants de Frédéric de Souabe), des Angevins et des Aragonais.

[13] Après la conquête de Malte par Roger de Hauteville en 1091, l’archipel devient un territoire de la couronne de Sicile en entre dans sa période féodale. En 1192 Malte est élevée en comté puis en marquisat en 1393. Jusqu’à l’arrivée des chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem en 1530, Malte sera tantôt sous l’autorité d’un comte, tantôt intégrée au domaine royal et directement administré par des fonctionnaires nommés par la cour de Palerme. Malte est souvent offerte en cadeau à des membres de la famille royale à des nobles pour services rendus à la couronne. Pour cette raison, la chronologie est complexe est parfois peu sûre.