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Julien de Tolède ou Julien II de Tolède

mercredi 26 août 2026, par lucien jallamion

Julien de Tolède ou Julien II de Tolède (vers 642-690)

Archevêque de Tolède de 680 à sa mort-Théologien, poète et historien- Primat d’Espagne

Né dans une famille juive déjà convertie à sa naissance, il étudia à l’école épiscopale de Tolède [1] et fut le disciple de Eugène III de Tolède, poète renommé. Il avait pour compagnon le diacre [2] Gudila et les deux amis se consacrèrent à la prière et à l’étude mais leur zèle apostolique les amenèrent à retourner dans le monde pour tenter la conversion des pécheurs.

Julien approfondit ses connaissances biblique, théologique, philosophique, historique et poétique, et fut ainsi ordonné diacre en 669/670 et prêtre vers 674/675.

Sa connaissance approfondie de la patristique latine et surtout grecque, chose inhabituelle en Occident lui valut un tel prestige que le roi wisigoth [3] Wamba le nomma successeur de l’évêque Quiricus de Barcelone le 29 janvier 680.


Sous son gouvernement diocésain, le patrimoine de la bibliothèque épiscopale s’est considérablement accru.

Durant son mandat, il assiste à divers conciles [4] et notamment aux 12ème en 681, le 13ème en 683, 14ème en 684 et 15ème en 688, conciles du royaume wisigoth, qu’il préside. Lors du 15ème concile, il tient un rôle de premier plan puisque sa position théologique sur les deux volontés du Christ est confirmée, sujet auquel 17 canons sont consacrés. Elle a également obtenu la primauté sur tous les diocèses espagnols pour son siège ; c’est pourquoi il reçoit le titre d’archevêque de Tolède [5], bien que le terme n’ait pas été généralement utilisé à cette époque.

L’arianisme [6] y est une nouvelle fois condamnée ce qui peut montrer la difficulté de l’Église catholique romaine à faire disparaître complètement l’hérésie.


Il travailla également à la conversion des Juifs du royaume, mais avec une certaine conciliation, du fait de l’origine juive de sa famille. Il les qualifia d’importants instigateurs d’infidélité et de perfidie. Soutenu par le roi Wamba, il organisa l’enlèvement des enfants juifs pour les faire baptiser de force au christianisme nicéen [7] et leur donner des noms chrétiens.

Il était également proche du roi Ervige à qui il dédia 2 de ses œuvres, des traités antijudaïques, et auprès duquel il poursuivit son œuvre de conversion des Juifs. Ervige succéda à Wamba en 680, après sa déposition motivée par la pénitence qu’il avait reçue alors qu’il était inconscient. La participation à ce qui semble être un coup d’État de l’évêque Julien de Tolède, responsable du sacrement de pénitence ainsi que de l’onction royale, est tout à fait évidente. Il fut amplement critiqué pour ce type d’actions en tant que Primat [8] d’Espagne et pour d’autres controverses théologiques avec Rome, par des historiens catholiques ou des chercheurs protestants.


Mort le 6 mars 690, il est enterré en l’église Sainte-Leocadia de Tolède [9].

À sa mort, son successeur, Félix de Séville ou de Tolède, lui consacra une hagiographie [10] la Sancti Vita Iuliani


Selon son hagiographe, il est un auteur prolifique dans les domaines dogmatique, biblique, théologique dans un style littéraire raffiné bien supérieur à celui de son temps, liturgique et historique, et probablement aussi de la grammaire, soit 17 ouvrages, sans compter les épîtres et les prières attachées à certaines d’entre elles mais seulement la moitié de sa production a pu être conservée. Savant de premier plan pour son époque, son érudition est équivalente à celle d’Isidore de Séville qu’il dépasse en originalité.

Parmi ses œuvres, une Historia rebellionis Pauli adversus Wambam [11] figure une source d’informations sur le règne du roi Wamba et de Llivia [12], que le plus brillant prosateur du royaume qu’il était fut chargé d’exposer toute l’histoire dont celle des usurpateurs. Écrite vers 673-674, cette œuvre est destinée à exalter le patriotisme et la fidélité au roi Wamba. Ce dernier, qualifié le plus souvent de religiosus, incarne un idéal de sainteté et revêt des allures de prophète plus que d’homme de guerre. Le récit débute par la description de l’élection et du sacre de Wamba.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de J.C. Martín-Iglesias, V. Yarza Urquiola (eds.), Iulianus Toletanus, Felix Toletanus, Iulianus Toletanus (Ps.). Opera, II. Elogium Ildefonsi, Vita Iuliani (auctore Felice Toletano), Antikeimena, Fragmenta, Ordo annorum mund (= Corpus Christianorum. Series Latina, 115A-B), Turnhout : Brepols Publishers, 2014.

Notes

[1] Tolède est une ville qui se trouve dans le centre de l’Espagne, capitale de la province du même nom et de la communauté autonome de Castille-La Manche. Lors des Grandes invasions du 5ème siècle qui ravagèrent un Empire romain d’Occident déclinant, Tolède est pillée à plusieurs reprises par les Barbares (Vandales, Suèves et Alains) qui ont envahi la péninsule Ibérique à partir de l’an 409. À partir du milieu du 6ème siècle, Tolède devient la capitale des Wisigoths, devenus les nouveaux maîtres d’une grande partie de la péninsule. Au début du 8ème siècle, lors de la conquête musulmane de l’Espagne, le dernier souverain wisigoth, Rodrigue, est battu par le conquérant arabe Tariq ibn Ziyad à la bataille de Guadalete en 711. Tolède tombe aux mains des musulmans en 712. À partir de là, la ville fait partie du Califat omeyyade, puis de l’Émirat de Cordoue (755–929), et enfin du Califat de Cordoue. Le 25 mai 1085, en pleine Reconquista, les chrétiens dirigés par le roi Alphonse VI de Castille reprennent Tolède aux musulmans.

[2] Fonction créée par les Apôtres pour se décharger des soucis matériels. Ainsi, le diacre est chargé de distribuer les aumônes à leur place. Peu à peu, il assiste le prêtre dans des tâches spirituelles telles que la distribution de l’eucharistie et le baptême. Saint Etienne a été le premier diacre.

[3] Les Wisigoths entrent en Gaule, ruinée par les invasions des années 407/409. En 416 les Wisigoths et leur roi Wallia continuent leur invasion en Espagne, où ils sont envoyés à la solde de Rome pour combattre d’autres Barbares. Lorsque la paix avec les Romains fut conclue par le fœdus de 418, Honorius accorda aux Wisigoths des terres dans la province Aquitaine seconde. La sédentarisation en Aquitaine a lieu après la mort de Wallia. Les Wisigoths pénétrèrent en Espagne dès 414, comme fédérés de l’Empire romain. Le royaume des Wisigoths eut d’abord Toulouse comme capitale. Lorsque Clovis battit les Wisigoths à la bataille de Vouillé en 507, ces derniers ne conservent que la Septimanie, correspondant au Languedoc et une partie de la Provence avec l’aide des Ostrogoths. Les Wisigoths installèrent alors leur capitale à Tolède pour toute la suite. En 575 ils conquièrent le royaume des Suèves situé dans le nord du Portugal et la Galice. En 711 le royaume est conquis par les musulmans.

[4] Les conciles de Tolède sont une série de 18 assemblées politico-religieuses tenues à Tolède entre les années 400 et 702, tous, excepté le premier, datant de l’époque de la domination des Wisigoths. Ces assemblées politico-religieuses de la monarchie wisigothique sont convoquées par le roi et présidées d’abord par l’archevêque le plus ancien, postérieurement par l’archevêque de Tolède. La représentation est réduite aux hautes hiérarchies ecclésiastiques et à la noblesse. Pendant ces conseils, des décisions ont parfois été prises en ce qui concerne les limites du pouvoir royal ; mais beaucoup ont été utilisés pour légaliser des coups de force et des usurpations.

[5] L’archidiocèse de Tolède est une église particulière de l’Église catholique en Espagne. Son siège est la cathédrale Santa María de Tolède.

[6] L’arianisme est un courant de pensée théologique des débuts du christianisme, due à Arius, théologien alexandrin au début du 4ème siècle. La pensée de l’arianisme affirme que si Dieu est divin, son Fils, lui, est d’abord humain, mais un humain disposant d’une part de divinité. Le premier concile de Nicée, convoqué par Constantin en 325, rejeta l’arianisme. Il fut dès lors qualifié d’hérésie par les chrétiens trinitaires, mais les controverses sur la double nature, divine et humaine, du Christ (Dieu fait homme), se prolongèrent pendant plus d’un demi-siècle. Les empereurs succédant à Constantin revinrent à l’arianisme et c’est à cette foi que se convertirent la plupart des peuples germaniques qui rejoignirent l’empire en tant que peuples fédérés. Les wisigoths d’Hispanie restèrent ariens jusqu’à la fin du 6ème siècle et les Lombards jusqu’à la moitié du 7ème siècle.

[7] Le christianisme nicéen, selon la terminologie des historiens modernes, est le christianisme ancien de l’Église du 1er millénaire tel qu’il fut défini au premier concile de Nicée en 325. Il est généralement (et anachroniquement) appelé « christianisme orthodoxe » dans les écrits issus du monde orthodoxe moderne, et « Église catholique » dans les écrits issus du monde catholique moderne : les deux Églises reconnaissent le premier concile de Nicée et le symbole proclamé en 325, mais la culture historique de chaque auteur l’amène à considérer la continuité de l’Église nicéenne d’avant la séparation de 1054 comme maintenue par « son » Église, plutôt que par l’autre. Trinitaire, le christianisme nicéen définit son orthodoxie en opposition à l’arianisme, forme homéenne du christianisme

[8] La primatie est la dignité d’un « primat », évêque qui possède une suprématie, au moins honorifique, sur tous les évêques et archevêques d’une région. Le terme désigne aussi l’étendue du ressort de la juridiction ecclésiastique du primat, et le siège de cette juridiction. L’église cathédrale du primat reçoit le titre d’église « primatiale ». La primatie, généralement due à l’ancienneté du siège épiscopal, s’exerçait sur d’autres métropolitains ainsi que sur leurs suffragants. En France, jusqu’en 1801, certains primats avaient une officialité primatiale qui jugeait les appels interjetés de l’official métropolitain. En France, au 21ème siècle, seul le titre honorifique de primat des Gaules est reconnu par Rome.

[9] L’église Sainte-Léocadie est une église de style mudéjar située à Tolède, capitale de la province espagnole du même nom et de la communauté autonome de Castille-La Manche. Elle est dédiée à sainte Léocadie de Tolède qui est fêtée le 9 décembre.

[10] L’hagiographie est l’écriture de la vie et/ou de l’œuvre des saints. Pour un texte particulier, on ne parle que rarement d’« une hagiographie », mais plutôt d’un texte hagiographique ou tout simplement d’une vie de saint. Le texte hagiographique étant destiné à être lu, soit lors de l’office des moines soit en public dans le cadre de la prédication. Un texte hagiographique recouvre plusieurs genres littéraires ou artistiques parmi lesquels on compte en premier lieu la vita, c’est-à-dire le récit biographique de la vie du saint. Une fresque à épisode est également une hagiographie, de même qu’une simple notice résumant la vie du bienheureux. Par rapport à une biographie, l’hagiographie est un genre littéraire qui veut mettre en avant le caractère de sainteté du personnage dont on raconte la vie. L’écrivain, l’hagiographe n’a pas d’abord une démarche d’historien, surtout lorsque le genre hagiographique s’est déployé. Aussi les hagiographies anciennes sont parsemées de passages merveilleux à l’historicité douteuse. De plus, des typologies de saints existaient au Moyen Âge, ce qui a conduit les hagiographes à se conformer à ces modèles et à faire de nombreux emprunts à des récits antérieurs.

[11] Histoire de la rébellion de Paul contre Wamba

[12] Llívia est une ville espagnole située en Cerdagne, dans la partie orientale des Pyrénées. Son territoire de 12,83 km2 présente la particularité d’être une enclave en France, dans le département des Pyrénées-Orientales. Elle fait partie de la province de Gérone et de la comarque de Basse-Cerdagne.