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Menahem ou Menahem ben Juda ben Hizkiya ou Menahem ben Yaïr Sicaire

dimanche 2 août 2026, par lucien jallamion

Menahem ou Menahem ben Juda ben Hizkiya ou Menahem ben Yaïr Sicaire

Patriote de Judée

La Judée au 1er siècle de notre èreDirigeant des Sicaires [1] et un prétendant à la messianité [2] du 1er siècle de l’ère commune.


Selon Flavius Josèphe, seule source sur le personnage, Menahem est le fils de Juda ben Hizqiya le Galiléen dit Judas fils d’Ézéchias, fondateur du parti des Zélotes [3], dont les Sicaires sont originellement une branche.

Toutefois, certains critiques estiment plus vraisemblable qu’il ait été le fils de Yaïr ben Juda dit Jaïr fils de Judas le Galiléen. Il serait identique au Menahem ben Hizqiya mentionné dans le Talmud [4].


Rassemblant de nombreux hors-la-loi sous ses ordres, il envahit, en 66, la forteresse de Massada, exterminant la garnison romaine qui l’occupe et donnant le signal du déclenchement de la révolte. Il vient alors renforcer les insurgés de Jérusalem [5] et aide à prendre le palais d’Hérode [6]. Alliés à Eleazar ben Hanania , commandant du Temple [7], un des chefs zélote et fils de l’ancien grand prêtre [8] Ananias de Nébédée, ils assiègent la garnison romaine dans la forteresse Antonia [9].


Menahem n’assiste pas à la reddition des forces romaines qui intervient juste après sa mort. Les troupes romaines sont alors désarmées et autorisées à se replier vers le nord. Elles seront toutefois massacrées au cours de leur retraite, alors que les blessés et les faibles que les Romains ont abandonnés à Jérusalem sont achevés.

Ivre de succès, Menahem se réclame dirigeant de tous les Zélotes. Il se présente à Jérusalem et prend pendant une brève période la direction de tous les insurgés. Cela permet à ses partisans, aidés par certains Zélotes d’éliminer beaucoup de modérés, partisans d’un compromis avec les Romains.

Il fait ainsi tuer plusieurs personnalités de Jérusalem dont l’ancien grand-prêtre Ananias en août 66, père de son allié. Il pourrait s’être déclaré Messie et semble avoir suscité et déçu des espoirs dans la population.


Mais très vite Eleazar ben Hanania fomente une conspiration pour se débarrasser de son ennemi et rival. Ses anciens alliés du parti zélote le soupçonnent d’avoir des prétentions à la royauté d’un type plus ou moins messianique et veulent aussi probablement venger la mort du père et de l’oncle de leur chef. Ils attaquent par surprise Menahem et ses partisans à coup de pierres alors que celui-ci se rend en grande pompe au Temple. La lapidation était la manifestation d’un déni de légitimité. Il parvient toutefois à s’échapper et se cache sur le versant de l’Ophel [10] où il est capturé. Il est torturé et exécuté en même temps que ses gardes. Cet assassinat provoque l’émiettement de la révolte en plusieurs bandes rivales, ouvrant ainsi une guerre civile sans pitié entre les différentes sectes juives.

Les partisans de Menahem se réfugient alors dans la forteresse de Massada sous les ordres d’un petit-fils de Judas de Gamala, Eleazar Ben Yair devient le chef des Sicaires.

P.-S.

Source : Cet article est partiellement ou en totalité issu du texte de Simon Claude Mimouni, Le Judaïsme ancien du vie siècle avant notre ère au iiie siècle de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF

Notes

[1] Les Sicaires sont une faction de dissidents juifs extrémistes du 1er siècle qui tentèrent d’expulser les Romains et leurs partisans de la Judée. L’historien juif Flavius Josèphe utilise ce terme péjoratif, probablement d’origine romaine, pour désigner à partir des années 50 un groupe de révolutionnaires. Il existe un débat pour savoir si ce groupe est identique ou non au mouvement des Zélotes. Avant le déclenchement de la Grande révolte juive (66), ils se distinguent par la pratique d’assassinats contre les Juifs qui collaborent avec les Romains.

[2] Les prétendants juifs à la messianité, accomplissent, selon eux ou selon leurs disciples, une croyance juive ancrée dans la Bible hébraïque, principalement au chapitre 11 du Livre d’Isaïe. Cette croyance veut qu’un jour, un descendant de David se lèvera et mènera le peuple d’Israël à la victoire. Ce personnage est appelé le Messie, c’est-à-dire l’Oint (Daniel 9:25-26).

[3] Les Zélotes, sont les groupes qui combattent le pouvoir romain les armes à la main pendant la Première Guerre judéo romaine. Appelés aussi Galiléens, ils se révoltent initialement contre le recensement de Quirinius en 6 : le recensement viole d’une part un interdit biblique (seul Dieu est le comptable autorisé des âmes) mais d’autre part prépare l’institution de l’impôt « par tête ». En se radicalisant, ils finissent par s’attaquer aussi bien à leurs compatriotes jugés timorés ou soupçonnés de collaborer avec les Romains, qu’aux païens qui pensent-ils souillent la Terre promise par leur seule présence. Les Zélotes constituent un des courants actifs du judaïsme du premier siècle. Secte juive anti-romaine, ils sont les principaux instigateurs de la révolte contre Rome : ils se défendent contre Titus avec acharnement, pendant le siège et après la prise de Jérusalem, en 70. La répression romaine est sans appel : ceux qui sont faits prisonniers sont crucifiés. Beaucoup préfèrent mourir dans des suicides collectifs

[4] Le Talmud est l’un des textes fondamentaux du judaïsme rabbinique et la base de sa Halakha (« Loi »). Rédigé dans un mélange d’hébreu et de judéo-araméen et composé de la Mishna et de la Guemara, il compile les discussions rabbiniques sur les divers sujets de la Loi juive telle qu’exposée dans la Bible hébraïque et son versant oral, abordant entre autres le droit civil et matrimonial mais traitant au détour de ces questions de points d’éthique, de mythes, de médecine, de génie et autres. Divisé en six ordres (shisha sedarim, abrégé Sha"s), il existe deux versions du Talmud, dites Talmud de Jérusalem et Talmud de Babylone.

[5] Ville du Proche-Orient que les Israéliens ont érigée en capitale, que les Palestiniens souhaiteraient comme capitale et qui tient une place centrale dans les religions juive, chrétienne et musulmane. La ville s’étend sur 125,1 km². En 130, l’empereur romain Hadrien change le nom de Jérusalem en « AElia Capitolina », (Aelius, nom de famille d’Hadrien ; Capitolina, en hommage au dieu de Rome, Jupiter capitolin) et il refonde la ville. Devenue païenne, elle est la seule agglomération de la Palestine à être interdite aux Juifs jusqu’en 638. Durant plusieurs siècles, elle est simplement appelée Aelia, jusqu’en 325 où Constantin lui redonne son nom. Après la conquête musulmane du calife Omar en 638, elle devient Iliya en arabe, ou Bayt al-Maqdis (« Maison du Sanctuaire »), équivalent du terme hébreu Beit ha-Mikdash (« Maison sainte »), tous deux désignant le Temple de Jérusalem, ou le lieu du voyage et d’ascension de Mahomet, al-Aqsa, où se situait auparavant le temple juif

[6] Le palais d’Hérode à Jérusalem fut construit au cours du dernier quart du 1er siècle av. jc par le roi Hérode le Grand de Judée. C’était le 2ème édifice le plus important de Jérusalem , après le Temple , à l’époque d’Hérode. Il était situé contre le mur nord-ouest de la Ville Haute (la colline occidentale abandonnée après le sac de Jérusalem par les Babyloniens ). Hérode y résidait comme résidence principale, mais non permanente, car il possédait d’autres palais-forteresses, notamment à Massada , à l’Hérodion et à Césarée Maritime . De nos jours, il ne reste rien du palais de Jérusalem, hormis des portions de l’enceinte fortifiée, fortement remaniée et généralement connue sous le nom de « Citadelle ». L’emplacement de l’ancien palais est aujourd’hui occupé par le musée de la Tour de David , un commissariat de police et une ancienne caserne/prison turque appelée Kishle.

[7] a première guerre judéo-romaine, qui s’est déroulée entre 66 et 73., parfois appelée la Grande Révolte, fut la première des trois révoltes des juifs de la province de Judée contre l’Empire romain, telle que relatée principalement par Flavius Josèphe. Elle commença en 66, à la suite des tensions religieuses croissantes entre Grecs et Juifs. Elle s’acheva lorsque les légions romaines de Titus assiégèrent, pillèrent puis détruisirent Jérusalem et le temple d’Hérode en 70 (en 68 selon les sages du Talmud) puis les places fortes des Juifs (principalement Gamla en 67 et Massada en 73).

[8] Le grand prêtre est le titre que portait le premier des prêtres dans la religion israélite ancienne et dans le judaïsme classique, depuis l’émergence de la nation israélite jusqu’à la destruction du Second Temple de Jérusalem. Les grands prêtres, comme d’ailleurs tous les prêtres, appartenaient à la lignée d’Aaron. Pendant la période du Second Temple, le grand prêtre exerça souvent la charge de président du Sanhédrin. Son rôle déclina avec l’occupation romaine (à partir de 63 av. jc) puis la fonction de grand Prêtre disparut avec la destruction du Second Temple.

[9] La forteresse Antonia était une vaste caserne militaire située à Jérusalem, construite entre 37 et 35 av. jc par Hérode le Grand sur le site d’une ancienne citadelle hasmonéenne. Située dans l’angle nord-ouest de l’esplanade du Temple, son emplacement exact est encore inconnu.

[10] L’Ophel est une colline située au sud du mont du Temple à Jérusalem au Proche-Orient. Elle est notamment occupée par les ruines de la cité de David.