Poros roi (mort entre 321 et 317 av. jc)
Roi du royaume des Paurava au 4ème siècle av. jc
Le royaume des Pauravas [1] se situe dans l’actuel Pendjab [2] pakistanais, entre les rivières Jhelum [3] et Chenâb [4]. Poros est vaincu par le conquérant macédonien Alexandre le Grand durant la bataille de l’Hydaspe [5] en 326 av. jc et tient une place importante dans le Roman d’Alexandre.
L’existence de Poros n’est connue que par des sources grecques dont principalement Diodore de Sicile et Arrien.
Cependant, certains historiens, notamment indiens, se fondent sur ce nom grec et sur l’emplacement du royaume pour émettre l’hypothèse que le roi Poros pourrait avoir été un descendant de la tribu des Pûru mentionnée à plusieurs reprises dans le Rigveda [6].
En 327 av. jc, le roi de Macédoine [7] Alexandre le Grand poursuit sa conquête de l’Asie en faisant mouvement vers la vallée de l’Indus [8], où règnent des râja [9] anciennement tributaires des Achéménides [10]. Il vainc d’abord les Assacènes [11], une peuplade apparentée aux Sakas [12] et aux Massagètes [13], qui ont levé une grande armée.
Puis au cours du printemps 326, Alexandre franchit l’Indus et séjourne ensuite à Taxila [14], la capitale du roi Taxilès , qui appelle à lutter contre son voisin menaçant, Poros. Celui-ci s’est retranché sur la berge opposée d’un affluent de l’Indus, l’Hydaspe [15] en attendant des renforts en provenance du Cachemire [16]. Mais il dispose d’une armée déjà si nombreuse qu’Alexandre décide de l’attaquer immédiatement.
Fort de 30 000 fantassins (dont de nombreux archers), 4 000 cavaliers, 300 chars de guerre et surtout 200 éléphants de guerre, Poros oppose une résistance farouche à Alexandre, mais, cerné et gravement blessé, il finit par se rendre avec les honneurs. Les pertes lors de la bataille de l’Hydaspe en juillet 326 sont nombreuses dans les 2 camps et la victoire est chèrement payée par les Macédoniens, sans être réellement déterminante. Les Macédoniens la présentent cependant comme un exploit surhumain car ils n’ont encore jamais affronté d’éléphants de guerre. Alexandre laisse néanmoins Poros sur son trône et s’allie avec lui dans l’espoir de faire de l’Hydaspe la nouvelle frontière de l’empire. Cependant, cela revient pour Alexandre à s’aliéner d’autres rois indiens ennemis de Poros dans l’est du Pendjab. L’armée macédonienne s’avance ensuite jusqu’à un autre affluent de l’Indus, l’Hyphase, pour venir en aide à Poros ; mais les soldats refusent de s’aventurer plus loin et Alexandre doit entamer un lent chemin du retour jusqu’en Macédoine. Alexandre confie à Poros l’administration des régions conquises jusqu’à la rivière Beas [17].
Après le départ d’Alexandre en 325, Poros rencontre des difficultés croissantes avec les représentants d’Alexandre. Il est tué par l’un des généraux d’Alexandre, Eudamos, entre 321 et 317 av. jc.
Notes
[1] Les Pauravas sont une ancienne tribu indienne qui se situait dans la vallée de l’Indus et de laquelle le roi Poros était membre. Celui-ci a été défait par Alexandre lors de la bataille de l’Hydaspe en 326 av. jc.
[2] Le Pendjab ou Panjab est une région du sous-continent indien comprenant une grande partie de l’est du Pakistan (province du Pendjab pakistanais) et du nord-ouest de l’Inde (État du Pendjab indien et parties de l’Haryana, l’Himachal Pradesh, Chandigarh, Jammu et Delhi). Le Pendjab a une longue histoire. Il a été habité par les Harappéens, les proto-Dravidiens et les Indo-Aryens et envahi par les Perses, les Grecs, les Kouchans, les Ghaznévides, les Timourides, les Moghols, les Afghans et les Britanniques. En 326 av. jc, Alexandre le Grand envahit une partie du Pendjab à partir du nord et défait le roi Porus. Ses armées entrent dans la région par l’Hindu Kush et son empire s’étend jusqu’à la ville de Sagala. En 305 av. jc, le Pendjab fait partie de l’empire Maurya puis du Royaume indo-grec vers 200 av. jc. Ménandre 1er, qui règne d’environ 160 à 135 av. jc, se convertit probablement au bouddhisme. La région est envahie plusieurs fois, notamment par les Scythes et les Yuezhi. Ces derniers fondent l’Empire kouchan au 1er siècle.
[3] La rivière de Jhelum est la plus occidentale des cinq rivières de la région historique du Pendjab au nord de l’Inde et au Pakistan. Elle est un affluent de la Chenab, donc un sous-affluent de l’Indus par le Sutlej. La rivière est coupée par le barrage de Mangla situé à la limite du Pakistan et du Jammu-et-Cachemire.
[4] La Chenab est une rivière formée par la confluence de la Chandra et de la Bhaga à Tandi, dans l’Himalaya, dans le district de Lahul et Spiti dans l’Himachal Pradesh (Inde)
[5] La bataille de l’Hydaspe oppose Alexandre le Grand à Poros, raja indien du royaume de Paurava, en juillet 326 av. jc sur les rives de l’Hydaspe (actuelle Jhelum au Pakistan). Les soldats macédoniens sont confrontés pour la première fois à un nombre important d’éléphants de guerre. Alexandre remporte difficilement la bataille ; Poros se rend mais il est maintenu sur son trône.
[6] Le Rig-Veda ou Ṛgveda est une collection d’hymnes (sūkta) sacrés ou encore d’hymnes de louanges de l’Inde antique composés en sanskrit védique. Il fait partie des quatre grands textes canoniques (Shruti) de l’hindouisme qui sont connus sous le nom de Veda. C’est l’un des plus anciens textes existant en langue indo-européenne. Sa composition remonte entre 1500 et 900 av. jc. selon les indologues, les philologues et les linguistes. Le texte du Rig-Véda contient 10 462 strophes, 153 826 mots et sa récitation continue (sařhitā) dure deux ans. Le Ṛgveda comprend 1 028 stances organisées en dix recueils et est transmis par deux recensions majeures.
[7] Le royaume de Macédoine est un État antique situé au nord de la Grèce correspondant aujourd’hui principalement à la Macédoine grecque. Il est centré sur la partie nord-est de la péninsule grecque, bordé par l’Épire à l’ouest, la Péonie au nord, la Thrace à l’est et la Thessalie au sud. Royaume périphérique de la Grèce aux époques archaïque et classique, il devient l’État dominant du monde grec durant l’époque hellénistique. L’existence du royaume est attestée au tout début du 7ème siècle av. jc avec à sa tête la dynastie des Argéades. Il connaît un formidable essor sous le règne de Philippe II qui étend sa domination sur la Grèce continentale en évinçant Athènes et la ligue chalcidienne pour ensuite fonder la Ligue de Corinthe. Son fils Alexandre le Grand est à l’origine de la conquête de l’immense empire perse et de l’expansion de l’hellénisme en Asie à la fin du 4ème siècle av. jc. Après sa mort, la Macédoine passe brièvement sous la tutelle des Antipatrides dans le contexte des guerres des diadoques. En 277, la royauté échoit à Antigone II Gonatas qui installe la dynastie des Antigonides qui règne jusqu’en 168, date à laquelle la Macédoine est conquise par les Romains. En 146 la Macédoine devient une province romaine.
[8] L’Indus connu sous le nom de Sindh ou Sindhu dans l’Antiquité est un fleuve d’Asie qui a donné son nom à l’Inde. Il coule depuis l’Himalaya en direction du sud-ouest et se jette dans la mer d’Arabie. L’Indus fait partie des sept rivières sacrées de l’Inde.
[9] Un raja ou rajah ou radja est un titre de monarque en Asie du Sud et du Sud-Est. Rana est un titre équivalent. Le féminin est rani.
[10] L’Empire achéménide est le premier des Empires perses à régner sur une grande partie du Moyen-Orient. Il s’étend alors au nord et à l’ouest en Asie Mineure, en Thrace et sur la plupart des régions côtières de la mer Noire ; à l’est jusqu’en Afghanistan et sur une partie du Pakistan actuels, et au sud et au sud-ouest sur l’actuel Iraq, sur la Syrie, l’Égypte, le nord de l’Arabie saoudite, la Jordanie, Israël et la Palestine, le Liban et jusqu’au nord de la Libye. Le nom « Achéménides se rapporte au clan fondateur qui se libère vers 556 av. jc de la domination des Mèdes, auparavant leurs suzerains, ainsi qu’au grand empire qui résulte ensuite de leur fusion. L’empire fondé par les Achéménides s’empare de l’Anatolie en défaisant la Lydie, puis conquiert l’Empire babylonien et l’Égypte, unissant les plus anciennes civilisations du Moyen-Orient dans une seule entité politique de façon durable. L’Empire achéménide menace par 2 fois la Grèce antique et prend fin, vaincu par Alexandre le Grand, en 330 av. jc.
[11] Les Assacènes ou Assakéniens, en sanskrit Açvaka sont une peuplade antique du Gandhara dans l’actuel Cachemire pakistanais. Ils ont été soumis par Alexandre le Grand en 326 av. jc.
[12] Les Sakas ou Saces sont un ensemble mal délimité de peuples indo-européens qui vivaient dans l’Antiquité en Asie centrale, dans une région couvrant le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, l’Afghanistan, et une partie du Pakistan et de l’Iran, et parfois étendue jusqu’aux monts Altaï et à la Sibérie méridionale en Russie selon les auteurs. Il s’agit des branches orientales des peuples Scythes, ceux qui sont le plus souvent mentionnés dans les sources perses sous le terme "saka". Les Scythes étaient un vaste ensemble de peuples indo-européens d’Eurasie centrale parlant des langues iraniennes
[13] Les Massagètes étaient un peuple nomadisant entre la mer d’Aral et la mer Caspienne pendant l’Antiquité. Ils devaient être apparentés aux Scythes, puisque les Anciens les ont parfois confondus. Le fondateur de l’empire perse, Cyrus, s’est battu contre les Massagètes selon Hérodote et contre les Saces selon Strabon. Leur culte du Soleil, mentionné par Hérodote, semble tout à fait iranien. En vérité, sur ces immenses territoires, il devait y avoir une nébuleuse de peuples apparentés, mais qui se donnaient des noms divers et dont les cultures variaient localement.
[14] Taxila est une ville et un important site archéologique de l’ancien Gandhara. Il est situé dans le district de Rawalpindi, dans la province pakistanaise du Pendjab, à sa frontière avec la Province de Khyber Pakhtunkhwa, à l’ouest d’Islamabad et près de l’extrémité de la Grand Trunk Road. Il s’agit certainement de la Taxiala de Ptolémée. Taxila abrite aujourd’hui les vestiges de trois villes antiques successives et de nombreux sites monastiques témoignant du raffinement des époques où la cité connut son apogée à la fin de l’Antiquité. De chaque côté de la rivière Tamrā Nalā se trouvent les sites de l’antique Taxila, au Sud, et de Sirkap, au Nord ; le monastère de Jaulian étant à l’est de ces deux sites.
[15] actuel Jhelum au Pendjab pakistanais
[16] Le Cachemire est une région montagneuse du sous-continent indien. On désigne sous ce vocable, depuis la partition des Indes et la disparition de la principauté du Jammu-et-Cachemire, l’ensemble du territoire qui constituait cette dernière. Le Cachemire était autrefois un pays d’apprentissage du bouddhisme, peut-être avec l’école dominante de Sarvāstivādan. Les moines bouddhistes d’Asie centrale ont visité le royaume. À la fin du 4ème siècle de notre ère, le célèbre moine Kuchanese Kumārajīva, né d’une famille noble indienne, a étudié Dīrghāgama et Madhyāgama au Cachemire sous Bandhudatta. Il est devenu plus tard un traducteur prolifique qui a aidé à répandre le bouddhisme en Chine. Sa mère Jiva semble avoir pris sa retraite au Cachemire. Vimalākṣa, un moine bouddhiste, s’est rendu à Kucha au Cachemire. Il a modifié Kumārajīva en Vinayapiṭaka.
[17] La Beas est une rivière du Pendjab située dans le bassin versant de l’Indus. Elle prend sa source dans l’Himalaya, plus précisément dans l’État indien de l’Himachal Pradesh. Après un parcours de 470 km, elle se jette dans une autre rivière, la Sutlej. Son bassin versant est de 20 303 km2.